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 [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian

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MessageSujet: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Dim 7 Déc - 22:57




Somebody that I used to know

Appuyé contre le mur, à la sortie arrière du bar dans lequel je bossais, je tirais longuement sur ma cigarette, inspirant la fumée avant de la souffler dans le froid d’un soir d’hiver. Je regardais le petit nuage se dissiper dans l’air tout en repensais à ces dernières semaines. Il s’était passé beaucoup de choses dans ma vie. Tout d’abord, j’avais revu Juliet, au théâtre, et j’avais compris que j’avais fait une énorme erreur en l’abandonnant. Par je ne sais quel miracle, elle m’avait pardonné, et nous étions de nouveau ensemble comme un peu plus de deux ans auparavant. Enfin, je n’habitais pas officiellement chez elle, mais c’était là-bas que je passais le plus clair de mon temps libre, avec elle. Je commençais à me réhabituer à son appartement d’ailleurs, même si parfois j’avais encore un peu du mal quand les souvenirs de Charlie se faisaient trop présents. Je n’avais plus mis les pieds dans sa chambre depuis le soir où j’étais revenu dans l’appartement pour la première fois depuis le drame. Je ne pouvais pas encore, je n’étais absolument pas prêt pour ça. Juliet l’avait bien compris et nous n’avions plus parlé de cet endroit depuis lors. Elle ne me posait plus non plus de questions sur mon passé, et j’en étais sincèrement soulagé. Je m’efforçais de reconstituer la confiance qu’elle portait en moi avant tout ça et je ne voulais pas risquer de la perdre à cause de mes erreurs passées. Si je devais vraiment lui en parler, je préférais attendre encore. Et j’espérais franchement que plus jamais nous n’aborderions ce sujet.

Puis, il y avait eu cette fois où j’étais allé retrouver Juliet chez elle et que je l’avais trouvée avec des ecchymoses sur le visage. Elle n’avait rien voulu me dire, et je m’étais énervé devant son silence. Au début elle avait voulu me faire croire qu’il s’agissait d’un accident, qu’elle était tombée ou qu’elle s’était cognée mais évidemment je ne l’avais pas crue. Elle s’était faite agresser, c’était évident ! Elle ne m’avait toujours pas dit la vérité, mais je savais que ça ne saurait tarder. Cela remontait à un petit moment, j’avais décidé de lui laisser le temps de s’en remettre parce que je ne savais que trop bien que parfois les souvenirs sont difficiles à affronter. Mais je ne laissais certainement pas tomber, elle allait finir par me dire ce qu’il lui était arrivé et je retrouverai le responsable pour lui faire payer ça. Je pris une nouvelle bouffée et la regardais à nouveau s’envoler, comme fasciné par la manière dont elle disparaissait. Une voix provenant de l’intérieur m’appela et j’écrasais ce qu’il me restait de cigarette contre le mur avant de rentrer dans la chaleur du bar.

Ce soir-là, il y avait deux absents dans le personnel et beaucoup de monde dans l’établissement, je venais de prendre ma première pause depuis le début de l’après-midi et je commençais doucement à en avoir marre. Je n’avais qu’une envie, planter tout là et courir retrouver Juliet qui avait terminé son boulot depuis bien longtemps. Je détestais devoir faire la fermeture, on ne savait jamais à quelle heure les derniers piliers de bar allaient quitter l’endroit pour cuver.  Seulement, je n’avais pas vraiment le choix, j’avais besoin de cet argent. En plus, le patron était plutôt sympa et me laissais m’arranger avec les autres pour les horaires, comme ça c’était plutôt flexible ce qui me convenait parfaitement. Après quelques heures qui me semblèrent durer des années, le bar s’était enfin vidé et avec l’aide de Florent, le second serveur présent ce soir-là, je chassais les derniers clients qui trainaient là depuis des heures et essuyais les tables et le bar. Une fois cela terminé, je laissais mon collègue ranger les chaises sur les tables alors que j’allais m’occuper de la caisse dans la petite pièce à l’arrière. Je comptais l’argent plusieurs fois pour être sûr, inscrivais tout ce qu’il fallait dans la petite comptabilité papier que tenait encore le gérant et rangeait le tout dans le coffre à combinaison qui se trouvait là avant de sortir les pourboires de mes poches pour voir combien j’avais gagné en bonus cette nuit-là.

« Adrian ? Je te laisse fermer, j’y vais. Y’a un quelqu’un qui veut te parler il t’attend à côté. Bonne soirée ! »

J’avais relevé la tête vers Florent et lui fit un signe pour le saluer et fronçais légèrement les sourcils. Quelqu’un qui voulait me parler ? Ca ne pouvait pas être Juliet, elle aurait essayé de m’appeler au lieu de passer ici. Et puis il avait dit qu’il m’attendait. J’avais beau fouiller dans mes connaissances à Toronto, je ne voyais absolument pas qui pouvait bien vouloir me parler, surtout à cette heure de la nuit. Je fourrais les quelques billets dans ma poche et attrapais ma veste avant de refermer la porte et d’éteindre les lampes. Je me stoppai immédiatement en arrivant dans la pièce principale et en voyant la personne qui m’y attendait. Même s’il me tournait le dos, adossé contre le bar, les coudes posés sur celui-ci, j’aurai reconnu cet homme entre mille.

« Flavio ? »

Ma voix reflétait mon étonnement. Je ne l’avais pas vu depuis quinze ans ! Comment m’avait-il retrouvé ? J’avais changé de nom, de pays pour échapper à mon passé, et voilà qu’il venait me voir en personne ! Le type se retourna et effectivement, je reconnu bien ces cheveux bruns aux mèches blondes et cet air sur de lui. J’y croyais à peine. Jamais je n’aurais cru le revoir un jour, et d’ailleurs je n’en avais pas spécialement envie. Il faisait partie de mon passé, ce même passé que je tentais de cacher à tout le monde et l’idée qu’il soit dans la nature à Toronto ne me disait rien qui vaille. Mais alors là rien du tout. Je m’approchais prudemment de lui, le fixant comme si il s’agissait d’un mirage.

« Bordel, qu’est-ce que tu fous là ?! »

Cette fois, on sentait un peu d’énervement dans ma voix. Ce n'était certainement pas la réaction à laquelle il s'attendait. Au fond, je n’avais pas vraiment à lui en vouloir pour quoique ce soit, c’était même plutôt le contraire. Après tout je m’étais barré comme un voleur quand lui et James s’étaient fait arrêter pour la bombe que nous avions été trois à confectionner. Mais l’idée qu’il puisse à lui seul réduire en pièce tout ce que je m’étais efforcé de construire depuis me faisait profondément peur. D’autant plus que je le connaissais bien, et que je savais l’influence qu’il pouvait réussir à avoir sur les gens. Comme celle qu’il avait sur moi une vingtaine d’années plus tôt.


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Dernière édition par Adrian Alpert le Mer 28 Jan - 15:41, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Mer 10 Déc - 21:16

Somebody that I used to know
Adrian Alpert & Flavio Cavaletti
Avec un long soupir, je poussai la porte d’entrée de mon hôtel, prêt à braver le froid torontois. Pourquoi avait-il fallu que je me retrouve tant au nord ? Je n’avais jamais habité ailleurs qu’en Californie de toute ma vie. Jamais je n’avais vécu autre chose que chaleur tout l’année. Et maintenant, je me retrouvai avec des températures sous les 30°F. Je n’étais même pas assez bien habillé pour ça ! Je me les gelais et la seule perspective de devoir sortir de ma chambre d’hôtel chauffée m’avait fait y aller à reculons et avec toute la mauvaise volonté du monde. Et pourtant, j’étais désormais dehors, frottant mes mains ensemble, soufflant dessus pour me les réchauffer. D’un pas résolu pour ne pas me congeler sur place, je partis chercher un taxi.
Il ne me fallut pas longtemps pour en trouver un et je lui tendis l’adresse que j’avais noté à la va-vite sur un bout de papier. Ma destination était toute trouvée ce soir et malgré l’heure tardive, j’étais sûr de trouver la personne que je cherchais. Mes informations étaient fiables et je faisais confiance en mon ami. S’il me disait que Sal’ travaillait dans ce bar et qu’ils fermaient habituellement à cette heure-ci, alors je ne me posais pas de question, j’y allais. Le taxi démarra et je m’installai un peu plus au fond de mon siège, fixant d’un regard vide l’extérieur par ma fenêtre. Mes pensées étaient tournées vers l’homme que j’allais revoir d’un moment à l’autre, un ami que je n’avais pas vu depuis quinze longues années. Quinze ans depuis le jour où il avait disparu, nous laissant James et moi aux mains de la justice. Il était parti comme un voleur quand la situation s’était envenimée. Et depuis, je me languissais d’être le jour où il réapparaîtrait dans ma vie. Et ce jour était enfin arrivé…
Inconsciemment, je fronçai les sourcils et je serrai mes mains sur mes cuisses, froissant le tissu de mon pantalon au passage. La trahison et sa fuite était encore bien présente dans mon esprit, marquée au fer blanc, me torturant sans relâche depuis. J’avais eu le temps d’y réfléchir, seul dans mes pensées dans cette cellule trop petite. Les bons jours je l’avais pardonné, compris. Les mauvais, je l’avais maudit, pestant contre lui. Mais au final, toujours la même conclusion, il fallait que je le revois un jour. Et bien sûr comme je m’en étais douté, à ma sortie de prison, il avait disparu dans la nature. Plus une trace de l’homme avec qui un jour j’avais été très proche. Les premiers mois, j’avais tenté, en vain, de trouver ne serait-ce qu’un indice me montrant qu’il était vivant. Mais rien. Niente. Ma vie reprit alors un cours normal, à défaut de le qualifier de normal… Aussi normal pour un homme comme moi sortant de prison quoi.
Je soupirai, sachant parfaitement que je ne devais pas penser à tout cela, si près du but. J’étais parfois instable émotionnellement quand mes pensées dérivaient sur ce sujet. Je passais alors par tous les sentiments contradictoires existants et finissais par m’arracher les cheveux avant de tout détruire dans la pièce. Je savais pourtant que je ne devrais pas me mettre dans ces états pour un mec que je n’avais connu que quelques mois, et certainement pas au bout de plus de cinq ans. Mais il était devenu mon obsession.

Une tape sur la vitre entre le chauffeur et moi me fit revenir parmi les vivants et je fixai l’homme avec un de mes sourires gênés. Je lui tendis sa commission et sortit. Un vent glacial m’accueillit et un énorme frisson parcourut mon corps de part en part. Je regardai autour de moi tandis que la voiture démarra derrière moi. Je ne reconnaissais pas l’endroit, bien sûr… Mais l’enseigne du bar m’annonçait que j’étais au bon endroit. Et il y avait toujours de la lumière à l’intérieur. D’un pas assuré, j’avançai et poussai la porte d’entrée, découvrant une salle vide. Un serveur, qui n’était pas Saldszar se trouvait un peu plus loin et finissait de ranger des chaises. Il ne releva même pas la tête quand il s’adressa à moi.

« - On va fermer.
- Je ne viens pas pour consommer, j’aimerais parler avec Adrian, s’il est là, répondis-je poliment. »

L’homme se tourna dans ma direction et je vis dans son regard que j’avais vu juste, qu’il était là. L’anticipation étreint mon cœur, le tordant délicieusement. Je ne saurai jamais comment mon informateur avait eut le nouveau nom de Saldszar, mais il avait fait des miracles. Et désormais, j’étais à quelques secondes de revoir son visage souriant. Il allait être surpris, très surpris. J’espérais seulement que mon arrivée serait prise comme une bonne surprise. Au fond de moi, je savais qu’au bout de quinze ans, tout aurait changé, il n’avait eu aucun scrupule pour m’abandonner une fois, mais au fond, je devais m’attendre à tout. Le serveur m’indiqua le comptoir en me disant qu’il allait chercher son collègue et je m’accoudai, tandis que je l’entendais s’adresser à lui. Je sentais le sang taper contre mes tempes, des sueurs froides me prenaient et un frisson me prit comme si je n’étais pas rentré à l’intérieur d’un bâtiment. Le temps se ralentit et j’entendis tout. Le serveur d’avant quittant le bar d’un pas pressé, le bruit d’un interrupteur que l’on pressait, une porte qui se fermait. Mon estomac se tordait au fur et à mesure que les secondes passaient. Je me retins de me retourner, pour lui laisser le bénéfice du doute. Je voulais voir s’il me reconnaissait de dos, même après tout ce temps. Est-ce que je me faisais des désillusions ? Certainement. Mais le temps, ce temps précieux qui m’avait filé entre les doigts, je l’avais désormais rattrapé et il ralentissait, se moquant de moi au fur et à mesure que l’échéance approchait. Puis sa voix, qui n’avait pas changé d’un poil, s’éleva, brisant le silence.

« Flavio ? »

Un énorme sourire s’étira sur mon visage et je me retournai pour voir enfin cet homme qui avait occupé la plupart de mes pensées. Mon souffle se bloqua et mon regard le balaya de haut en bas avant de scruter son visage. Il avait peu changé et en même temps, ce n’était plus le jeune homme de vingt ans que j’avais connu. Il avait muri et il était plus beau que jamais, et sa petite barbe me fit défaillir un instant et je faillis oublier un instant ce pourquoi j’étais venu à la base. Lentement, comme s’il voyait un fantôme, il s’approcha de moi et je continuai de lui sourire, heureux. Je penserai à sa trahison plus tard, pour l’instant, nous avions du temps à rattraper.

« Bordel, qu’est-ce que tu fous là ?! »

Progressivement, mon sourire s’effaça de mon visage, remplacé par une expression peinée. Il ne m’avait jamais adressé la parole de la sorte, pas dans ces circonstances. Alors qu’est-ce qu’il lui prenait ? Il le savait tout aussi bien, ce que je foutais là. Je n’avais jamais quitté San Francisco et me cailler le cul dans le Nord n’était pas ce qui m’attirait le plus. J’haussai alors un sourcil, parlant avec un ton posé et calme, non sans une touche de railleries.

« Je me suis trompé d’embranchement à un croisement dans San Francisco. Et tadaaa je me suis retrouvé ici, raillais-je en écartant les bras. Du coup je cherche quelqu’un pour me donner la direction… ? »

Il ne parut pas amuser par ma bêtise et je soufflai par le nez en levant les yeux au ciel. N’avais-je donc plus d’humour ? Ou alors il n’était tout simplement pas réceptif, et à la vue de son regard, je penchai pour cette proposition. Je croisai alors mes bras sur mon torse, le regardant avec insistance avant d’enchainer.

« A ton avis … ? Je ne viens pas faire du tourisme. Et tu t’en doutes. »

Je le regardai de manière appuyé. S’il doutait encore que j’avais fait ces milliers de kilomètres pour lui, alors je pouvais penser à deux trois choses qui le feraient arrêter. Un silence pesant de quelques secondes suivi ma déclaration et je secouai la tête, éberlué par la froideur qu’il m’accordait.

« Alors ? C’est comme ça qu’on accueille un vieil ami Sal’ ? Ou devrais-je dire Adrian ? finis-je en plissant légèrement les yeux. »

En une fraction de seconde, ma joie de le revoir avait fait place à l’amertume que je ressentais par moment, par période. Ça passerait, je le savais, mais en attendant, mon humeur allait être décuplée en présence de l’homme qui en était la cause.
electric bird.


Dernière édition par Flavio Cavaletti le Sam 13 Déc - 0:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Jeu 11 Déc - 18:00




Somebody that I used to know
Comment avait-il fait ? Parmi la multitude de questions qui se bousculaient tout à coup dans mon esprit, c’était celle qui me faisait le plus peur dans un premier temps. Si Flavio avait pu me retrouver, alors qui pouvait savoir qui d’autre le pouvait ? J’avais pourtant tout fait pour disparaître, j’avais changé de pays, changé de nom ! Le voir devant moi signifiait que ma nouvelle identité n’était pas sans failles et je n’aimais pas ça du tout. Il n’était plus question que je change à nouveau de nom, maintenant ! Quelques semaines plus tôt, j’aurai peut-être pu, mais maintenant que j’avais retrouvé Juliet c’était totalement inconcevable. L’espace d’un instant, je me demandais comment elle réagirait si je lui annonçais que nous devions absolument partir. Si je lui disais que j’étais recherché aux États-Unis. Si je lui expliquais toute l’histoire. Est-ce qu’elle l’accepterait ? Je voulais le croire, mais ça me semblait plutôt impossible. Forcément, elle ne penserait qu’au fait que je lui aie menti, alors que l’important n’était pas là ! De toute façon, je ne pourrais jamais deviner quelle serait sa réaction. Et j’espérais bien ne jamais avoir à le découvrir. Après tout, je ne voyais pas comment on pourrait me retrouver, à moins de chercher vraiment ! Et cette histoire datait d’il y avait plus de vingt ans, alors la police était certainement occupée ailleurs à présent. Il ne fallait pas que je commence à paniquer. Tout allait bien. L’italien était juste un ancien ami.

Si Flavio affichait un énorme sourire en se tournant vers moi, celui-ci s’effaça rapidement quand il comprit que je n’étais pas exactement enchanté de le voir débarquer et il laissa place à un air sincèrement blessé. Ce n’était pas mon intention, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’être un peu agressif. J’avais refait ma vie, j’avais oublié mon passé, je n’étais plus la même personne que celle qu’il avait connu, alors pourquoi fallait-il qu’il vienne me retrouver maintenant, quand tout avait l’air de se remettre en place dans ma vie ? Ne se rendait-il pas compte de ce que ça impliquait pour moi qu’il soit là ? Il devait savoir que j’avais changé de nom, il avait bien remarqué que j’avais quitté les États-Unis, n’en avait-il pas déduit que je ne voulais plus entendre parler du passé ? Que j’avais fait une croix sur cette partie de ma vie ?  Il haussa légèrement le sourcil, sans doute quelque peu désarçonné par l’hostilité que je devais afficher, avant de prendre la parole. Je ne pus m’empêcher de noter qu’elle n’avait absolument pas changé, même après toutes ces années.

« Je me suis trompé d’embranchement à un croisement dans San Francisco. Et tadaaa je me suis retrouvé ici. Du coup je cherche quelqu’un pour me donner la direction… ? »

Il ne passa même pas l’ombre d’un sourire sur mon visage. J’étais bien trop préoccupé pour pouvoir apprécier cette touche d’humour. Je n’avais absolument pas envie de rire. En fait, je voulais juste qu’il me dise ce qu’il voulait me dire et qu’il s’en aille pour ne jamais revenir. Qu’il retourne à San Francisco et qu’il me laisse tranquille avec ma nouvelle vie. Evidemment, ce n’était pas comme ça qu’on accueillait quelqu’un que l’on avait bien connu. Très bien connu même. Mais pour le moment, ça m’était absolument égal. Il constituait un danger pour l’équilibre déjà instable de ma nouvelle vie. Visiblement agacé par mon manque de réceptivité, il leva les yeux au ciel en soufflant avant de croiser les bras pour me fixer à nouveau.  

«  A ton avis … ? Je ne viens pas faire du tourisme. Et tu t’en doutes. »

Encore une fois, je restais de glace face à sa déclaration. Forcément, il n’était pas ici pour la beauté des paysages. J’étais même sûr qu’il devait détester le froid qui régnait dans cette ville. J’avais moi-même eu beaucoup de mal au début, la neige ce n’était pas mon truc. C’était froid, humide et en plus ça glissait. Mais, en cinq ans, j’avais fini par m’habituer au climat Torontois. Flavio me scrutait toujours, le regard insistant. Je savais que j’avais changé un peu, physiquement, depuis qu’on s’était vu la dernière fois et c’était d’ailleurs plutôt volontaire. Ma coiffure, ma barbe, et même ma façon de m’habiller avait changé. L’italien, par contre, était tel qu’il était resté dans mes souvenirs, ce qui me perturbait au plus haut point. Ce n’était peut-être qu’une impression, quinze années avaient passé après tout, mais pour moi il s’agissait d’un véritable bond en arrière. Et je n’avais pas spécialement envie de le faire, ce bond.

« Alors ? C’est comme ça qu’on accueille un vieil ami Sal’ ? Ou devrais-je dire Adrian ? »

Je tiquais à l’évocation de mon ancien surnom, tout droit sorti d’une autre vie. Ca faisait tellement longtemps que je ne l’avais pas entendu. Il ne me manquait pas le moins du monde, pourtant. J’avais toujours détesté mon prénom de toute façon. L’amertume dans la voix de Flavio était palpable et je me demandais un instant si je n’aurai pas mieux fait de l’accueillir à bras ouverts. Je lui aurais expliqué tout ce qu’il s’était passé, il aurait compris et serait retourné à San Francisco pour y vivre sa vie alors que j’aurai continué la mienne ici, avec Juliet. Fin de l’histoire. Mais je savais très bien que les choses ne se seraient pas passées de cette façon, de toute manière. Si l’italien avait fait tout ce chemin, ce n’était surement pas pour partir si vite. Ce dernier m’observait toujours, attendant une réponse les bras croisés, alors que j’étais toujours autant sur la défensive, comme si je redoutais qu’il me frappe… ou pire.

« Adrian, répondis-je finalement. Plus personne ne m’appelle Sal’.»

Ma voix était un peu moins froide que précédemment mais elle n’était pas pour autant amicale et on pouvait quand même facilement entendre de l’anxiété dans mon intonation. Flavio ne passerait certainement pas à côté de ça. Je tentais de me détendre, soupirant en secouant légèrement la tête de gauche à droite. Je ne voulais pas qu’il pense que j’aie peur de lui, ni qu’il avait encore de l’influence sur moi. Il fallait que je lui montre que je n’avais plus rien du garçon naïf qu’il avait connu, et comme ça il s’en irait aussi vite qu’il était venu.

« J’ai une nouvelle vie maintenant, alors qu’est-ce que tu veux ? Pourquoi tu viens ici, après quinze ans ? A quoi tu t’attendais ? »

Au fond, je savais qu’il était venu pour me voir, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il vienne jusqu’au Canada. Je ne savais même pas qu’il était sorti de prison d’ailleurs. Je n’avais jamais pris aucune nouvelle de lui ou de James, et je n’avais pas du tout suivi les informations au moment de l’arrestation et du procès. J’avais eu trop peur que quelqu’un fasse le lien, alors j’avais simplement décidé de ne plus jamais y repenser. Et c’est ce que j’avais fait, jusqu’à ce fichu excès de vitesse qui m’avait contraint de quitter le pays. Tout à coup, je me demandais si Flavio n’était pas venu ici pour se venger. Peut-être qu’il voulait me faire payer le fait que j’aie été libre pendant tout ce temps, alors qu’il croupissait en prison ? Je savais que c’était possible, il était du genre rancunier. Mais il aurait fait pareil que moi, non ? Lui aussi il se serait enfui s’il en avait eu l’occasion, je n’avais fait que sauver ma peau !


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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Ven 12 Déc - 14:53

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Adrian Alpert & Flavio Cavaletti
Quand j’évoquai le surnom que je lui avais attribué, oh tant d’années en arrière, Adrian se renfrogna. Je compris non sans un pincement au cœur que même ce rappel du passé, notre passé, lui était insupportable. Car pourquoi sinon réagirait-il de la sorte ? Ce dont j’avais eu peur se produisait. Il m’avait simplement et irrémédiablement sorti de sa vie et oublié. Pourtant il m’avait reconnu. Mais non, même ce petit espoir que j’avais eu en entendant mon prénom s’était envolé. Je n’étais qu’un fantôme désormais. Et dans sa vie de tous les jours je ne devais même pas exister. Quelle ironie alors que lui peuplait ma vie et mes pensées sans que je puisse m’en défaire ?

« Adrian. Plus personne ne m’appelle Sal’. »

Avec un regard dégouté, je le fixai. Je l’avais bien compris, oui. Cependant sa force de conviction et sa colère n’étaient plus aussi présentes et on pouvait même sentir autre chose… Il avait utilisé ce ton par le passé, principalement quand il exprimait ses doutes quant à la bombe… Alors quoi ? Il était anxieux ? Pourquoi ? Je n’allais pas lui faire de mal, pas physiquement du moins. La prison ne m’avait pas rendu violent, tout du moins pas contre les hommes non plus… Alors c’était autre chose ? Il secoua la tête, comme chassant des idées malvenues, tandis que je le fixai un peu plus avec un regard inquisiteur. J’avais peut-être mis le doigt sur quelque chose. Malheureusement je ne pus arriver à une conclusion car tout s’envola et il reprit du poil de la bête.

« J’ai une nouvelle vie maintenant, alors qu’est-ce que tu veux ? Pourquoi tu viens ici, après quinze ans ? A quoi tu t’attendais ? »

Sans pouvoir m’en empêcher, j’eus un petit rire rempli d’amertume. Ah mais moi aussi j’avais une nouvelle vie, comme lui. Une vie remplie de portes fermées, une vie remplie de préjugées, une vie remplie de cauchemars incessants chaque heure de la nuit et du jour. Lui ça ne devait être que joie, bonheur. Il avait un nouveau nom, une nouvelle ville et un nouveau pays. Au bout de quinze ans il devait même avoir quelqu’un avec qui partager son lit, puisqu’il m’avait oublié ! Il avait une vie normale. Et c’était lui qui m’accueillait de la sorte ? Il n’en avait pas le droit ! Avec un regard noir, chargé de la colère sourde qui me prenait, je m’approchai légèrement, décroisant mes bras.

« Une nouvelle vie hein ? »

Mon rire dénué d’humour reprit, sonnant plus comme un souffle rageur et bref. Mes mains prirent places dans mes poches et je dessinai un demi-cercle autour d’Adrian, le pas lent. Je devais me contenir, ne pas laisser la tempête qui faisait maintenant rage dans ma tête prendre contrôle de mon corps. Il ne fallait pas que j’oublie que je n’étais pas chez moi, ce n’était pas le moment de casser deux trois verres…

« Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais, tu sais… Après tant de temps en prison, on a tendance à perdre pied avec la réalité, crachais-je presque en repensant à mes longues heures assis dans cette cellule enfermé dans ma propre tête. »

Ma main droite vint prendre place dans mes cheveux, les tirant, alors que je grimaçai en repensant à toutes ces choses que je voudrais oublier mais que je ne peux pas. Pourquoi c’était si facile pour lui d’oublier, et pas pour moi ? Pourquoi cette punition seulement dirigée sur moi ? Avais-je vraiment mérité tant ? Pourquoi Dieu n’était pas magnanime, m’épargnant ce tourment ? J’étais son enfant, il devait m’aimer comme tous ses enfants jusqu’à ce que St Pierre m’accueille en ses portes. Mais désormais je me sentais abandonné et je n’étais plus aussi pieu qu’avant. Déjà que je pensais que je n’aurais pas ma place là-haut à cause de mon orientation sexuelle, alors maintenant… Un pédérastre doublé d’un criminel ? J’irai tout droit en Enfer…

« Je n’ai cessé de penser à toi ces quinze dernières années, avouais-je à demi-mots, me calmant instantanément. Je voulais te voir. »

Je le regardai droit dans les yeux, immobile. Il allait me prendre pour un fou, ce que j’étais après tout. Mais je ne lui disais que la vérité. Il m’avait obsédé, complètement, et le pauvre ne s’en doutait même pas ! Il ne devait penser qu’à lui, à sa fuite, à sa cachette. Quel putain d’égoïste !

« Je devais te voir. »

Avait-il fini par croire que ce que nous avions vécu n’avait rien voulu dire pour moi ? S’était-il mis dans la tête que je m’étais servi de lui ? Un mensonge pour faire passer la pilule plus facilement ? Et pour lui ? Est-ce que ça avait vraiment voulu dire quelque chose pour lui également ? Me suis-je monté la tête, même bien avant que cette bombe ne détruise notre idylle ? Toutes ces questions me taraudaient, me rendaient fou. J’en avais le tournis.
Le souffle court, je m’approchai finalement de l’homme qui était la cause de tout cela. Peiné, la boule au ventre, je le fixai. J’avais peur qu’il se défile, qu’il disparaisse. En cet instant, je le détestais autant que je l’aimais. Je ne savais juste pas la nature précise de mes sentiments. L’avais-je aimé autrement qu’en tant qu’amant qui m’avait connaître ma relation la plus passionnée, en plus ou en moins ? Je n’en savais rien. Mais je lui en voulais. Je lui en voulais de m’enchainer de la sorte, je lui en voulais de m’empêcher d’aller de l’avant.

« Ça n’a pas été ton cas, hein ? En quinze ans, combien de fois tu as pensé à moi, une fois ? Deux fois dans un mauvais jour ? Et James ?! »

Je fermai les yeux en pensant aussi ouvertement à James. Cela faisait toujours aussi mal. Nous avions écopé d’une peine dans la même prison et les premières années, nous nous retrouvions quand nous le pouvions. Puis… Il a été libéré, il avait reçu une peine moins importante… Sa famille l’a renié, il était seul… Il ne l’a pas supporté et…

« T’as pensé à lui quand il s’est tiré une balle dans la tête, hein ?! »

Parfois, je me disais que j’aurais du faire pareil. La facilité. Mais contrairement à James, mon père m’avait attendu devant les portes du pénitencier à ma sortie. Ma mère était morte entre-temps et… J’avais repris un semblant de vie, un ersatz, au goût définitivement amer.
electric bird.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Ven 12 Déc - 22:50




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Quand j’insistais sur mon nouveau prénom, je vis passer du dégout dans son regard. Je ne savais pas s’il n’aimait pas mon nouveau prénom ou plutôt si c’était le fait que je le souligne autant mais en tout cas ça n’avait pas l’air de lui plaire. C’était compréhensible d’ailleurs, en changeant d’identité, j’avais par la même occasion tenté d’oublié qui était Saldszar et surtout ce qu’il avait fait, ce que j’avais fait. Ce que Flavio ne savait pas, c’était que je n’y étais jamais parvenu, pas totalement. Faire disparaitre vingts années de ma vie comme ça n’était pas aussi facile que je voulais bien le laisser croire. Néanmoins, il fallait que je reste neutre si je voulais qu’il continue à penser que j’avais irrémédiablement tourné la page, et qu’il comprenne qu’il fallait qu’il parte. Un rire plus qu’amer accueillit mes paroles quand je lui demandais une nouvelle fois ce qu’il voulait. Son regard noir me fit immédiatement regretter mes paroles. Il avait bien vu que j’avais une nouvelle vie, et celle-ci représentait toutes les années qu’il avait passé entre quatres murs. Sans vraiment le vouloir je devais avoir remué le couteau dans la plaie. Je restais immobile alors qu’il décroisait les bras et s’approchait un peu de moi tout en reprenant la parole.

« Une nouvelle vie hein ? »

Son rire jaune repris après cette phrase mais s’arrêta rapidement. Il enfonça ses mains dans ses poches et commença marcher, décrivant lentement un arc de cercle autour de moi alors que je ne le quittais pas des yeux.

« Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais, tu sais… Après tant de temps en prison, on a tendance à perdre pied avec la réalité. »

Je ne pu m’empêcher de déglutir quand il évoqua son séjour en prison. Celui là même que j’avais évité en fuyant. Je m’en étais souvent voulu d’avoir laissé mes amis derrière moi de la sorte, mais qu’aurais je bien pu faire ? Comme pour toutes les erreurs que j’avais faite, toutes les choses dont je n’étais pas fier, je m’étais convaincu que je n’avais pas le choix. Et que les décisions que j’avais prises n’auraient pas pu être modifiées. Il passa une main dans ses cheveux en grimaçant, repensant sans doute à ses années de prisons, ces années qu’il avait purement et simplement perdues là-bas. Si la situation avait été différente, je lui aurais sans doute demandé comment c’était, comment il avait vécu tout ça. Je me serais excusé aussi. Mais dans mon obstination à refuser toute culpabilité, je ne pouvais pas me résoudre à faire ça. Quand sa voix repris, elle était à nouveau plus calme.

« Je n’ai cessé de penser à toi ces quinze dernières années. Je voulais te voir. Je devais te voir. »  

Le regard qu’il me lança me glaça le sang, alors que je lutais pour toujours garder une expression aussi neutre que possible peinte sur mon visage. Ce qu’il disait n’avait aucun sens. Pour réussir à écarter Flavio de mes pensées, j’avais admis qu’il faisait de même de son côté. Chacun de ses mots me faisaient l’effet d’une claque, mais extérieurement je n’en montrais rien. Je ne pouvais pas commencer à me laisser aller, à repenser à toute cette histoire. Alors je niais tout en bloc, de la même façon que ce que j’avais fait en abandonnant Juliet deux ans plus tôt. De la même manière que quand j’avais laissé Mathilde et les enfants encore plus tôt. J’avais besoin de me dire que je n’avais plus rien à voir avec mon passé, même si c’était complètement paradoxal, même si au fond je savais qu’il ne s’agissait que d’excuses, pour ne pas devoir supporter le poids de mes actes. C’était profondément lâche, je le savais. Mais c’était ma solution à moi. C’était comme ça que je me protégeais de mes erreurs, c’était comme ça que j’avais toujours fait et d’ailleurs je ne savais pas ce que je pouvais faire d’autre. Alors je mentais à tout le monde, à tout ceux que j’aimais et même à moi-même et je faisais comme si rien de tout cela ne s’était jamais passé.

J’avais de plus en plus de mal a rester froid et impassible devant Flavio. La culpabilité que je ressentais pour avoir laissé mes amis croupir en prison sans moi commençait à refaire surface et il était difficile de l’enfuir à nouveau au fond de moi. Pourtant, je tenais encore le coup, quoiqu’un peu tremblant. Quand il s’approcha encore un peu plus de moi, plantant son regard dans le mien, je ne pu m’empêcher de retenir ma respiration. Je voyais de la colère, de la rancoeur, de la tristesse dans son regard. Ca ne collait pas du tout avec ce dont je m’étais persuadé. Après avoir pris du recul sur ma relation avec l’italien, j’en avais conclu que j’avais été manipulé. Je n’avais même pas vingts ans, et tout seul je n’aurai jamais pu agir comme je l’avais fait. C’était lui, avec ses beaux discours et son charisme impressionnant qui m’avait convaincu. En le revoyant à nouveau devant moi, je ne pouvais plus me résoudre à raisonner de la sorte. Certes, mon admiration aveugle pour lui avais joué en faveur de ma participation. Mais il n’y avait pas que ça. J’étais profondément convaincu du bien fondé de notre projet, et personne ne m’avait obligé à y prendre part. C’était ridicule de me cacher derrière l’influence que pouvait avoir Flavio sur moi pour échapper à ma responsabilité. Je m’efforçais pourtant encore de ne pas penser à la relation que l’italien et moi avions entretenue, parce que je savais très bien que c’était bien plus compliqué que ce dont j’essayais de me convaincre.

« Ça n’a pas été ton cas, hein ? En quinze ans, combien de fois tu as pensé à moi, une fois ? Deux fois dans un mauvais jour ? Et James ?! »

Cette fois, je ne pus m’empêcher de me mordre la lèvre inférieure alors que Flavio fermait les yeux, une expression de douleur peinte sur le visage. En effet, j’avais essayé de les oublier, et je savais que c’était lâche et profondément égoïste. Mais il se trompait, j’avais pensé à eux bien plus souvent qu’il ne le croyais. J’avais tenté de ne pas le faire, mais je n’avais pas pu. Je m’étais demandé souvent si ils étaient encore en prison, si ils avaient pu reprendre une vie comme moi, mais je n’avais jamais pu me résoudre à faire des recherches.

« T’as pensé à lui quand il s’est tiré une balle dans la tête, hein ?! »

En entendant ces mots, je perdis immédiatement toute ma volonté pour rester impassible et ma posture changea du tout au tout. Alors que je m’efforçais de rester bien droit, mes épaules s’affaissèrent et une expression de surprise mélangée à la peine se dessina sur mon visage. Je reculais d’un pas sous le choc de la nouvelle et du m’appuyer d’une main sur le bar pour ne pas que mes jambes se dérobent sous moi. James était mort ? Il s’était tiré une balle ? C’était impossible, jamais il n’aurait fait un truc pareil. Je revis soudain son visage souriant dans mes pensées. James avait toujours été plutôt insouciant, mais de nous trois c’est lui qui avait le plus les pieds sur terre. Il avait souvent douté de notre projet, plus que moi même. Et il avait même voulu tout arrêter quand il avait appris que sa copine attendait un enfant, quelques jours avant le jour j. Je revoyais le bonheur dans ses yeux quand il nous avait annoncé qu’il allait être papa. J’entendais à nouveau sa voix pleine de doute. Et je nous revoyais, Flavio et moi, le convaincre qu’il pourrait vivre très heureux avec la femme qu’il aimait et son enfant, mais qu’on avait besoin de lui. Je nous revoyais lui assurer que tout allait bien se passer. Je revoyais aussi la panique dans ses yeux au moment ou nous avions compris qu’il y avait eu un problème dans notre plan.

De nous trois, c’était sans doute lui qui méritait le moins ce qu’il lui était arrivé. Je me rendis soudain compte qu’il avait été privé de son enfant, de la femme qu’il aimait. Je ne m’étais pas posé la question plus tôt, mais à présent je me demandais comment elle avait pu réagir face à l’arrestation de James. Samantha était la femme la plus gentille que j’avais pu rencontrer, et jamais elle n’aurait pu cautionner ce que nous avions fait, j’en étais certain. Comment James avait il pu vivre tout ça ? Pas bien, évidemment. Il avait même finit par se tuer. J’y avais pensé aussi, à en finir. Plusieurs fois même. Après l’arrestation, je m’en voulais tellement pour la mort de ce pauvre gars que j’avais réellement cru que j’allais en finir. J’avais ressenti la même chose en quittant ma famille pour le canada, puis à la mort de Charlie. Et jamais je n’avais eu le courage de m’exécuter. Encore une fois j’avais été trop lâche pour ça.

Sans m’en rendre compte, j’avais porté la main à ma bouche et je pouvais sentir mes lèvres trembler alors que je retenais les larmes qui étaient prêtes à couler sur mon visage. James avait été un de mes meilleurs amis. C’était un type génial, et je ne pouvais simplement pas supporter l’idée qu’il se soit donné la mort, pendant que je vivais ma vie en m’efforçant de l’oublier. Mes yeux étaient perdus dans le vague alors que mon esprit était inondé par des souvenirs tous plus douloureux les uns que les autres. Quand je fini par relever les yeux vers l’italien, qui me fixait toujours avec autant d’intensité, je voulu dire quelque chose mais ma première tentative échoua lamentablement alors que les mots mouraient dans ma gorge. Je du m’efforcer de reprendre une respiration normale avant de pouvoir parler.

«  Je ne savais pas qu’il.. mais pourquoi ? Pourquoi il a fait ça ? »

Ma voix était rendue tremblante par le chagrin et la culpabilité. Toute la colère que j’avais pu éprouver en voyant Flavio ici s’était envolée en fumée alors que j’avais enfin accepté de voir la vérité en face. A présent, j’étais dégouté par ma lâcheté et mon égoïsme. J’avais peur que ma vie vole en éclat parce qu’un de mes meilleurs amis, et même bien plus que ça, venait me voir ? J’avais peur que l’équilibre de vie que je m’étais efforcé de construire ne se casse la gueule, mais James n’en avait plus de vie ! A ce moment précis, personne ne me dégoutait plus que moi-même. Je trahissais tout ceux que j’aimais, et je n’avais même pas le courage de l’assumer ! James, Flavio, Mathilde, Anthony, Lisa, Juliet,... tout ces gens que j’avais laissé tombé. Abandonnés comme s’ils étaient juste synonymes de mauvais souvenirs, en me cachant derrière la fatalité. Mais pourtant quand je repensais à eux, il n’y avait pas que des mauvais souvenirs. Loin de là. Si ces derniers étaient difficiles à se remémorer, il y en avait d’autres, bien plus joyeux. J’avais aimé chacun d’eux, de manière différente, mais je les avais aimés. James était mon ami, un type génial sur qui je pouvais compter et qui n’avait pas peur de se mouiller pour les autres. Mathilde avait été la femme de ma vie pendant dix ans. Si elle n’avait pas vraiment été mon grand amour, cela ne m’empêchait pas d’éprouver énormément d’affection pour elle, ainsi que pour mes enfants. Quant à Flavio et Juliet... C’était encore totalement différent. Pour le premier, l’admiration que j’avais pour lui s’était peu à peu transformé en sentiments plus ambigu, et encore maintenant j’avais du mal à les définir. Ce que j’avais vécu avec lui restait l’expérience la plus étrange de ma vie mais je ne pouvais nier que d’une façon ou d’une autre, il s’agissait d’une forme d’amour. Et enfin pour Juliet... je ne voyais plus ma vie sans elle, c’était évident pour moi.

Complètement bouleversé par tout les sentiments qui m’attaquaient de parts en parts, je cru un moment que j’allais refaire une crise semblable à celle que j’avais fait devant Juliet, au théâtre, mais je parvins tout de même à me contrôler.

«  Je.. je n’avais pas le choix, tentais-je misérablement de me justifier.  Il fallait que je parte.. »

Je m’interrompis en me rendant compte que rien de ce que je pourrais dire ne pourrais excuser la façon dont j’avais décider de gérer tout ça. Et soudain, je me retrouvais dans la peau du Saldszar d’une vingtaine d’année, qui avait tant besoin de l’avis de l’italien, persuadé qu’il était la voix de la raison.

«  Tu penses que j’aurai du rester ? Tu penses que j’aurai du me rendre et aller en prison ?  »

Ma question était profondément sérieuse. Je voulais savoir ce qu’il aurait fait à ma place, je voulais savoir si j’étais censé les accompagner en taule. En réalité, j’espérais qu’il me dise que j’avais fait ce que je devais faire. Ainsi je pourrai repousser à nouveau toute cette culpabilité qui pesait sur mes épaules.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Sam 13 Déc - 3:00

Somebody that I used to know
Adrian Alpert & Flavio Cavaletti
Ma peine, la douleur associée, cet étau qui m’entravait le cœur et le broyait. A chaque fois je pensais que j’avais atteint le paroxysme de ce que je pouvais ressentir. A chaque fois on me prouvait le contraire. Cette fois, ma colère laissa place à ma tristesse, dévastatrice. Repenser à James me faisait le même effet que me tirer une balle dans le pied. Sauf qu’une blessure physique finissait par guérir. Le trou béant qu’avait laissé la mort de James, lui, ne cicatrisait pas.
James. James avait été un de mes seuls vrais amis du lycée. Pas un de ses suiveurs qui me collaient et m’adulaient, non, le genre de vrai ami avec qui je n’étais pas celui que je voulais faire croire. Celui qui m’avait montré qu’au final la vie n’était pas que faux-semblants. Je pouvais même le qualifier de meilleur ami… Sa mort m’avait dévasté. Une simple lettre reçue dans ma cellule, pas de sortie accordée pour que je puisse lui rendre un dernier hommage. Rien ne m’avait préparé à ce genre de nouvelle…
Je ne me doutais de rien, James n’avait rien laissé paraître. Il m’avait assuré quelques jours avant sa libération qu’il s’en sortirait, qu’il penserait à moi, qu’il viendrait me rendre visite. Quel genre d’ami j’étais de n’avoir vu aucun signe ? Mais en même temps, comment aurais-je pu deviner que même après sa sortie, sa femme et son gosse ne voudraient toujours pas de lui ? J’étais au courant, et bien même, qu’ils avaient été réticents à venir le voir pendant le séjour en taule… Mais ensuite ? La famille était ce qu’il y avait de plus important pour moi, le simple fait qu’ils ne veuillent plus entendre parler de lui m’était un concept entièrement étranger. Il l’avait très mal vécu d’après la lettre. Il était alors parti… Me laissant seul lui aussi…

Peiné, je remontai mon regard que j’avais baissé vers Adrian pour voir que cette nouvelle avait fini par finalement percer cette carapace dont je n’étais pas sûr qu’il porte. Jusqu’alors, sa posture droite et assurée avait mis de la distance, une distance déchirante, entre nous. Il avait voulu me faire croire qu’il n’en avait plus rien à faire, que tout était dans le passé, que tout ça ne valait plus rien. Mais son masque d’indifférence avait fini par lâcher. Face à moi, il tituba un peu en arrière, comme si une claque l’avait atteint, le déséquilibrant. Il dût même se rattraper au bar pour ne pas tomber et je faillis accourir pour le soutenir, comme si toutes ces années ne s’étaient jamais écoulées. Etait-ce la simple nouvelle de la mort de James qui l’avait fait sortir de son masque de froideur ? Ou bien tout mon discours ? Je ne saurai probablement jamais et une insatisfaction s’empara de moi, se mêlant aux sentiments déjà contradictoires qui m’assaillaient de part en part. J’étais injuste de penser de la sorte mais je voulais savoir s’il avait encore des sentiments à mon égard ou si juste la mort de James l’attristait. Je voulais savoir…

Le regardant avec attention, je remarquai que son état actuel n’était pas si différent du mien, les lèvres tremblantes, au bord des larmes et ça me réconforta un instant. James avait aussi été son meilleur ami et de voir qu’il était aussi bouleversé par sa mort me donnait espoir. En ne niant plus James, il ne risquait plus de me nier, de faire comme si je ne signifiais rien pour lui. Il tenta de parler mais n’y parvint pas et je clignai des yeux pour m’empêcher de pleurer une énième fois depuis sa mort… Dans le meilleur des mondes, à cet instant, nous aurions pu être deux amis commençant le deuil de leur meilleur ami…

« Je ne savais pas qu’il.. mais pourquoi ? Pourquoi il a fait ça ? »

Et pourquoi toi tu me fais ça ? J’avais envie de lui répondre ça, en le voyant dans cet état, mais je ne pouvais pas. Sa détresse me brisait le cœur. Je n’étais même pas venu pour le confronter au sujet de la mort de James, à la base. La voix tremblante, il me demandait les détails, mais aurais-je le courage de tout lui dire à haute voix ? Bien sûr que non… Je gardai alors le silence, me contentant de faire passer toute ma peine à travers mon regard.

« Je.. je n’avais pas le choix. Il fallait que je parte... »

Il essaya de se justifier et alors que deux minutes plus tôt je lui aurais rit au nez avant de lui lancer une remarque cinglante, je me retrouvai à le couver du regard. Il fallait que je me reprenne, mais j’avais attendu tant de temps pour faire ça… Il fallait qu’il goute de mon amertume, mais je n’avais plus la force face à sa tristesse… Il n’alla pas au bout de son idée, s’immobilisa et me fixa, perdu. Oh combien d’années avais-je attendu pour revoir ce regard qu’il me réservait ? Trop.

« Tu penses que j’aurai du rester ? Tu penses que j’aurai du me rendre et aller en prison ? »

Ce fut à mon tour de m’immobiliser. Etait-il sérieux ? Que cherchait-il à faire en me posant une question de la sorte ? Se rassurer ? Sûrement. Apparemment l’information avait eu l’effet d’un électrochoc et il doutait maintenant de ses décisions. Là aussi, j’aurais du me féliciter du résultat. C’était exactement ce que j’avais voulu, le culpabiliser de nous avoir abandonnés, mais maintenant, quelle satisfaction j’en tirais ? Aucune.
M’avançant, je me retrouvai à une cinquantaine de centimètres d’Adrian. Il se retenait toujours autant de craquer, tout comme moi et je posai une main compatissante sur son bras, y attrapant le tissu de son haut. Ce simple geste me déclencha des tonnes de frissons et je me retins de le tirer vers moi pour consoler sa peine tout en consolant la mienne.

« Que tu ailles en prison n’aurait pas sauvé James, déglutis-je, me rendant compte à quel point ma voix aussi manquait d’assurance. Je ne t’aurais jamais souhaité la prison de toute manière… Je regrette juste que… »

Je déglutis à nouveau, ravalant les larmes qui menaçaient encore de couler. Depuis quand étais-je devenu si émotionnel ? Je ne pleurais pas. Je ne pleurais jamais. Ou en tout cas, personne ne m’avait jamais vu pleurer, pas même mon propre père. Alors pourquoi ces larmes menaçaient-elles de couler maintenant ? Ne pouvaient-elles pas attendre ?! Froissant à nouveau le tissu du haut d’Adrian, je serrai fort en serrant les dents, prêt à exploser.

« Pourquoi tu es parti comme un voleur ? Pourquoi tu n’es pas revenu ? Pourquoi tu nous as oubliés ?! »

Je baissai la tête, retenant honteusement un sanglot. J’arrivais de plus en plus difficilement à me contenir, à cacher l’ampleur de mes sentiments. Ce que je montrais n’était que le centième de ce que je ressentais réellement.

« Je me fiche que tu aies été dehors pendant que je croupissais en prison, je ne voulais qu’une promesse qu’on se revoit, un adieu, un minuscule signe que tu nous quittais à regret, quelque chose ! C’était trop demander… ? »

Je tournai la tête, incapable de soutenir son regard que je venais de recroiser. Mon bras le tenant lâcha prise et tomba mollement le long de mon corps. Je devais réellement être pathétique à voir. De l’appréhension j’étais passé à la colère, et maintenant je n’étais qu’une loque dominée par la tristesse qui me rongeait. Rageur, je frottai mon nez avec le dos de ma main, refusant toujours obstinément de regarder devant moi. Arriverais-je un jour à outrepasser tous ses sentiments qui me détruisaient… ? J’en doutais.
electric bird.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Lun 15 Déc - 0:21




Somebody that I used to know
Ma tête était tout à coup remplie d’une multitude d’images sorties tout droit d’une autre vie. Pendant quinze ans, je les avais reniées, oubliées, enfouies au plus profond de moi. Les bon comme les mauvais souvenirs, les rires, les disputes, les moments de doute et ceux durant lesquels j’avais l’impression d’être le roi du monde, avec eux. Flavio et James, ils étaient quasiment les premières personnes que j’avais rencontrées à San Francisco. La ville était totalement nouvelle pour moi, qui n’avais vécu que dans divers coin paumés, voyageant au gré de mes changements de famille d’accueil. Elle m’avait parue gigantesque, vivante et aussi effrayante qu’excitante. J’étais heureux de pouvoir enfin commencer ma vie, mais en même temps j’étais profondément perdu. Je n’avais aucun repère, je ne savais absolument pas ce que je voulais faire de ma vie. J’avais de l’énergie à revendre, mais je ne savais pas à quoi la dépenser. En errant dans les rues de la ville, je m’étais retrouvé en plein milieu d’une manifestation qui protestait contre la guerre. C’était Flavio qui avait fait le discours ce jour-là. J’avais été complètement pris par l’enthousiasme de la foule, porté par le mouvement et j’avais en quelques secondes adhéré aux idées de ce groupe de militants. Plus tard, j’avais discuté avec Flavio qui m’avait présenté à James. Et finalement, jusqu’à l’incident, nous ne nous étions plus vraiment quittés.  J’avais trouvé à quoi dépenser mon trop plein d’énergie, et en plus, je le faisais pour la bonne cause ! Sauver des vies, rendre le monde meilleur, c’était pour ça que je vivais à cette époque. Ou en serais-je si cet homme n’avait pas été tué dans l’attentat ? A trente-cinq ans, je chercherais toujours à faire prendre conscience aux autres personnes de ce que provoquaient les guerres ? Ou bien aurais-je muris, grandis et décidé de finalement rentrer dans le rang ? C’était ce que j’avais fait au final, mais j’y avais été contraint en quelques sortes.

En face de moi, Flavio s’était immobilisé. Dans le regard qu’il me lançait, je lisais maintenant plus de peine que d’amertume. Je n’avais jamais vu une telle douleur dans ses yeux. Je n’imaginais même pas l’ampleur que celle-ci devait avoir. Si James était un ami très proche, je ne l’avais pas vraiment connu très longtemps. Flavio, quant à lui… si je me souvenais bien ils étaient amis depuis le lycée. Je m’en voulu encore plus d’afficher ma peine comme ça devant lui, mais je ne pouvais pas faire autrement. La nouvelle m’avait fait l’effet d’un coup de couteau droit au cœur et maintenant que j’avais laissé tomber mon masque de froideur, je ne pouvais plus rien lui cacher, je le savais. Je détestais le ton presque suppliant de ma voix quand je finis par lui demander son avis, mais c’était le mieux que je pouvais faire. Dans l’état où j’étais, si je ne me contrôlais pas un minimum, je pouvais presque me jeter par terre et pleurer toute les larmes de mon corps. Mais je ne voulais pas pleurer, j’étais déjà assez pitoyable comme ça et je ne souhaitais pas vraiment aggraver mon cas. J’étais toujours en train de lutter contre les larmes quand soudain Flavio posait sa main sur mon bras, froissant légèrement le tissu de ma veste. Je relevais la tête vers lui, je ne l’avais pas vu se rapprocher et soudain il y avait moins d’un mètre entre nous.  Ce contact rappela à moi tout un tas de souvenirs d’un genre différent des précédents et je me demandais un instant ce qu’il comptait faire, alors que son regard était planté dans le mien. J’attendais juste qu’il me dise quoi faire, qu’il me dise que penser, parce que je n’y arrivais pas seul. Comme quinze ans plus tôt, j’avais besoin de savoir ce qu’il pensait.

«Que tu ailles en prison n’aurait pas sauvé James. Je ne t’aurais jamais souhaité la prison de toute manière… Je regrette juste que… »

Il s’interrompit, déglutissant. Je ne me rappelais pas l’avoir déjà vu dans un tel état. Et pourtant, ses mots firent leur effet, j’avais profondément besoin d’entendre un truc pareil. Je ne pouvais plus détacher mon regard du sien, je buvais littéralement ses paroles, de la même façon que je l’aurai fait quelques années plus tôt. Ma main de Flavio se serra un peu plus sur mon bras et la colère retrouva sa place dans son regard, sans pour autant en estomper la douleur.

« Pourquoi tu es parti comme un voleur ? Pourquoi tu n’es pas revenu ? Pourquoi tu nous as oubliés ?! »

Il baissa immédiatement la tête, visiblement bouleversé alors que je continuais à le fixer. Jamais je n’aurai pu imaginer le voir comme ça. Était-ce à cause de la mort de James, dont la brulure devait encore être douloureuse ? Ou alors c’était parce que j’étais partis, que je les avais oubliés ? Je n’arrivais pas à savoir exactement. Je ne pensais pas l’italien si émotif, je me souvenais plutôt de lui comme quelqu’un de plutôt intouchable. Mais peut-être était-ce encore des souvenirs tronqués par mon obstination à l’oublier ? Je me perdais dans mes propres mensonges, je n’arrivais même plus à distinguer la vérité dans la pagaille de ma mémoire. Je m’étais construit une fausse image de cette période pour l’oublier plus facilement, et maintenant j’étais désemparé face à toutes ces bribes de souvenirs qui me retombaient dessus.

« Je me fiche que tu aies été dehors pendant que je croupissais en prison, je ne voulais qu’une promesse qu’on se revoit, un adieu, un minuscule signe que tu nous quittais à regret, quelque chose ! C’était trop demander… ? »

Il avait relevé la tête mais très vite à nouveau détournée en croisant mon regard. D’un geste rageur, il me lâcha et se frotta le nez du dos de la main alors que je restais un instant interdit devant lui. Il avait l’air profondément ravagé par ses sentiments et le voir comme ça me perturbait au plus haut point. J’avais envie de poser ma main sur son bras comme il l’avait fait plus tôt avec moi, une partie de moi avait même envie de le prendre dans mes bras pour le calmer mais mon corps restait irrémédiablement immobile. Je ne savais pas vraiment comment réagir en réalité. J’étais aussi dans un état pathétique, au bord des larmes, sans plus aucune estime de moi et de plus je ne m’étais jamais retrouvé dans cette situation. Est-ce que c’était ma faute si Flavio semblait si.. si quoi ? Enervé ? Triste ? En colère ? Amer ? Je ne savais même pas vraiment ce qu’il éprouvait, tout ce que je pouvais observer c’est que c’était loin d’être positif.

« Je… je suis désolé Flavio… Je.. Il fallait que je parte, il fallait que j’oublie je n’avais pas le choix… »

Ma voix ressemblait à un murmure, j’étais conscient que ces explications ne résoudraient certainement rien, et j’avais même presque honte de lui dire ça. Avant qu’il ne débarque dans ce bar, j’étais absolument persuadé du bien-fondé de mes décisions. Mais maintenant qu’il était devant moi, je n’arrivais plus à en être certain. Exactement de la même façon qu’avec Juliet au théâtre, je me rendais compte que peut-être je m’étais trompé. Je relevais les yeux vers Flavio qui ne me regardait toujours pas. Il fallait qu’il comprenne, il fallait que ce sentiment de culpabilité qui me torturait s’arrête ! Je me redressais soudain pour poser ma main sur l’épaule de l’italien, qui me regarda alors à nouveau. Je failli perdre mes mots quand son regard se plongea à nouveau dans le mien, mais je réussis à tenir bon.

« Je n’avais pas envie de partir, Flavio, je devais partir ! m’exclamais-je. Et j’avais besoin de vous oublier, je ne pouvais pas vivre en pensant chaque jour que nous avions tué quelqu’un et que je vous avais laissé derrière moi ! C’était trop dur… alors j’ai choisi la facilité… je suis désolé…, terminais-je d’une voix tremblante. »

Une fois encore, je sentis la culpabilité m’assaillir. Je n’étais absolument pas fier de ce que j’avais fait, je me détestais pour ça mais je ne pouvais pas le changer… et d’ailleurs si on me remettait dans la même situation je n’étais pas certain de faire des choix différents. Je n’avais pas l’âme d’un héros, j’étais lâche et je le serais toujours.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Lun 15 Déc - 17:25

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Adrian Alpert & Flavio Cavaletti
Piégé par le chaos de mon esprit et de mon âme, je restai immobile, les poings serrés. Je doutais. De tout. De rien. Tantôt j’étais colérique. Tantôt je ressentais une tristesse immense. Tantôt je ne ressentais plus rien. Pourquoi ces yoyos ? Pourquoi ces montagnes russes cruelles ? Je ne me comprenais même plus moi-même tellement ces sentiments me ballottaient contre mon gré. Je croyais que c’était la colère et la rancœur qui avaient guidé mes pas à Toronto au début, mais au fil des secondes, avec mes quatre vérités, je me rendais compte que c’était plus profond que cela. Et ça me faisait peur. Je ne me pensais pas si accablé de tristesse par la mort de James après encore tant d’années. Je ne me pensais pas si bouleversé par la trahison de Saldszar même quinze ans après. Pas au point de perdre mon sang froid et n’être qu’un être pathétique face à lui. Un homme qui n’arrivait même plus à le regarder dans les yeux alors que des années auparavant, j’aurais pu me perdre dans son regard…
Je serrai les dents pour m’empêcher de dériver sur ce genre de pensées alors qu’il était si proche mais en même temps si loin. Après qu’il ait refait une nouvelle vie, c’était foutu, je ne pourrais plus jamais avoir ce que j’avais eu un jour avec lui. Car il y avait eu quelque chose, bien malgré moi. L’homme volage que j’avais été s’était envolé avec Sal’ et plus jamais je n’avais revécu ce que nous avions partagé…
Cette fois ce fut mes poings que je serrai pour arrêter mon train de pensés et de me faire du mal. Mais la voix du brun s’éleva faiblement et je dus me retenir de faire une connerie. Pourquoi j’étais comme ça ?!

« Je… je suis désolé Flavio… Je.. Il fallait que je parte, il fallait que j’oublie je n’avais pas le choix… »

Pas le choix ? On avait toujours le choix malheureusement et toutes les excuses du monde n’y changeraient rien… Puis, même si j’en crevais d’envie, de lui pardonner, pour en finir, mettre une croix sur cet enfer qu’avait été ma vie tout ce temps, je n’arrivais pas à m’y résoudre. Un simple désolé ne résolvait pas tout ! Il allait continuer à s’excuser puis quoi ? Il va reprendre sa vie, celle qui ne m’accepte pas parmi elle et je vais repartir le cœur toujours en milles morceaux car mon meilleur ami est toujours mort et que l’autre, même s’il regrette, ne sera plus jamais le même avec moi…
Je gardais toujours le silence et je n’entendais que nos deux respirations saccadées alors que l’on tentait de contrôler des larmes qui menaçaient de tomber. Il faudrait qu’il fasse mieux que ça pour que je comprenne. Car je ne comprenais pas. Je n’étais pas dans sa tête ! Qu’est-ce qui a pu se passer pour qu’il se dise qu’abandonner ses deux meilleurs amis serait sans conséquences ? On n’était pas sans cœur bordel !

Mon cœur se tordit délicieusement et douloureusement et mon cerveau mit quelque secondes à comprendre pourquoi. Sa main, légère comme une plume, s’était posée sur mon épaule et je ne vit pas de suite où il voulait en venir. Je relevai alors la tête, le regardant avec espoir. J’attendais qu’il fasse mieux, il devait faire mieux, auquel cas je n’arriverais pas à lui pardonner. Et Dieu seul savait de quoi je pouvais être capable dans ma rancœur et par rancune… Je ne déchiffrai rien dans son regard et j’attendis, les secondes passant lentement.

« Je n’avais pas envie de partir, Flavio, je devais partir ! Et j’avais besoin de vous oublier, je ne pouvais pas vivre en pensant chaque jour que nous avions tué quelqu’un et que je vous avais laissé derrière moi ! »

Il s’exprima avec véhémence, me pressant l’épaule de temps à autre pour mettre du poids sur ses mots, et je ne pus que le regarder bouche bée. Je n’avais pas pensé… Dans ma tête, jamais je n’avais… Pourquoi ça ne m’avait pas traversé l’esprit ? Dans ma folie, dans ma rancœur, je n’avais même pas imaginé comment il avait du se sentir suite à sa fuite… Il n’y avait eu que la trahison et la conclusion qu’il m’avait oublié… Mais… Et si c’était vrai ? Il était parti en regrettant et sous le poids de la culpabilité il avait oublié… ? Mais et s’il mentait ? Malgré son état qui devrait me dire que ce n’était pas le cas, le doute s’immisçait en moi, fourbe. J’avais mal à la tête, mes yeux me brulaient, la main sur mon épaule me déconcentrait, mes sens étaient confus, en ébullition.

« C’était trop dur… alors j’ai choisi la facilité… je suis désolé… »

Ce fut trop pour moi et je sentis une larme couler le long de ma joue sans que je ne puisse rien faire. Il avait choisi la facilité, comme il le disait, et moi qui aurais pu faire pareil, je m’étais monté la tête pour que dalle. J’avais choisi de penser à lui chaque jour, chaque nuit plutôt que la facilité. Qu’est-ce que cela disait de moi ? Et de lui ? Qu’est-ce que nos actions, nos façons de penser disaient sur nous ? Je devais sûrement être le roi des idiots. Je m’étais accroché à un souvenir, à des pensées, faisant de ma vie un cauchemar. Et maintenant ? Nous nous confrontons comme je le voulais. Je le revoyais, comme je le voulais. Et ma vie n’irait pas mieux ! J’avais été naïf de croire que cette discussion pouvait mener à quelque chose de bien.

« … Ça a fonctionné au moins… ? Est-ce que tu as eu la vie douce que je t’imaginais quand j’étais en prison… ? dis-je tout bas en baissant les bras. »

Il savait désormais toute la rancœur que je ressentais à propos de cette histoire, ça ne servait à rien d’insister. Il devait bien culpabiliser, comme je m’en doutais, maintenant. Du coup je voulais savoir que nous avoir sorti de sa vie avait eu du bon, que ça avait servi. S’il m’avait oublié et que ça ne l’avait pas rendu plus heureux, ça me détruirait…
electric bird.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Mer 17 Déc - 18:33




Somebody that I used to know
Tout en parlant, je m’étais efforcé de ne pas me laisser déconcentrer par le regard intense de Flavio. Je ne savais pas vraiment définir ce que j’y lisais, trop d’émotions et de sensations s’y mélangeaient pour que je comprenne ce qu’il ressente réellement. D’ailleurs, il ne devait pas vraiment savoir lui-même. Je ne parvenais plus à détacher mes yeux des siens et quand une larme dévala sa joue alors que je terminais ma phrase d’une voix tremblotante, mon coeur se serra. Je n’avais jamais vu l’italien pleurer. Je failli craquer moi aussi, mais j’étais encore trop choqué, je n’arrivai toujours pas à croire ce que cette soirée était devenue. C’était un soir tout ce qu’il y a de plus normal, jusqu’à ce que Flavio débarque dans mon bar. Jusqu’à ce qu’il me jette la nouvelle de la mort de James en pleine face, rouvrant net des blessures que je pensais pourtant cicatrisées depuis bien longtemps. Jusqu’à ce que tout ces souvenirs m’assaillent d’un seul coup, torturant mon esprit à coup d’images venues du passé et de culpabilité niée trop longtemps. J’étais complètement désarmé face à autant de sentiments, de sensations que je ne pouvais pas nommer. Je ne comprennais pas ce qu’il m’arrivait, alors que je pensais avoir réussi à devenir une autre personne, alors que je pensais réellement en avoir terminé avec cette vie. C’était ce que j’avais voulu, pendant quinze ans, oublier chaque moment douloureux, oublier chaque erreurs et me convaincre que tout allait bien chez moi. Mais c’était faux, et je regrettais à présent d’avoir agit de la sorte. Pourquoi étais-je si lâche ? Pourquoi je ne pouvais pas assumer mes actes, mes sentiments, mes décisions ? C’était quoi mon problème au juste ?


Je voyais dans son regard qu’il se posait aussi des questions, même si je ne pouvais pas savoir sur quoi elles portaient. Il semblait aussi perturbé que moi et dans un sens, ça me faisait encore plus peur. J’avais pris l’habitude, à San Francisco, de confier à Flavio le moindre de mes doutes. Parce que je savais qu’il pouvait les effacer en quelques mots biens choisis, parce qu’il était constamment sur de lui, parce que pour moi son avis était toujours le bon. Sa voix était plus basse que jamais quand il brisa le court silence qui s’était installé entre nous.


«… Ça a fonctionné au moins… ? Est-ce que tu as eu la vie douce que je t’imaginais quand j’étais en prison… ? »


Ma main se contracta légèrement sur son épaule quand j’entendis ce qu’il me demandait. Une vie douce... on ne pouvait pas vraiment dire ça. Les dix premières années avaient été relativement calmes. J’avais un boulot stable, une famille que j’aimais et je rentrais voir mes enfants tout les soirs. J’étais un père tout ce qu’il y avait de plus normal, de plus banal. C’était certainement pas une vie palpitante, loin de celle dont je rêvais à une vingtaine d’année mais je m’y étais fait. Oublier Flavio et James, oublier ce qu’on avait fait, ça avait été très dur et au fond je n’y étais jamais réellement arrivé. Je n’avais cessé d’avoir peur à chaque fois que je sortais de chez moi, peur que quelqu’un me reconnaisse, peur que je croise une connaissance. J’avais changé de ville et de prénom, de coiffure aussi mais je restais tout de même physiquement très ressemblant au portrait robot qui avait été diffusé dans toute la Californie. Je ne savais pas vraiment si il avait été diffusé de la même façon dans les autres états mais le Colorado restais quand même fort proche de San Francisco. Si j’avais pu partir plus loin, je l’aurai fait. Mais dans ma fuite je n’avais pas eu le temps d’emporter grand chose et la plupart de mes économies étaient passées dans l’obtention de ma nouvelle identité. Quand ce policier m’avait reconnu, suite à l’excès de vitesse, je n’étais même pas si étonné que ça au fond. Il fallait bien qu’un jour, cela arrive. Et j’étais partit, laissant femme et enfants derrière moi, convaincu que c’était ce qu’il y avait de mieux à faire pour tout le monde.


Les cinq années suivantes avaient étés plus difficiles. Tout c’était passé beaucoup plus vite, tout avait été bien plus fort. Entre Mathilde et moi, il y avait une profonde affection, le genre d’amour qui commence doucement et grandit devient une habitude, un acquis. Avec Juliet, ça avait été bien plus soudain, bien plus passionné. En arrivant à Toronto, je m’étais promis de ne plus m’attacher à des gens, et surtout de ne plus laisser des gens s’attacher à moi. Il y avait trop à perdre quand on aimait des gens. Soit ils nous détruisaient, comme l’avait fait ma mère alors que je n’avais que dix ans, soit c’était moi qui les abandonnait. Dans tout les cas, cela causait bien trop de souffrances. J’étais résigné à passer le reste de ma vie seul. Si j’avais eu le courage, j’en aurais terminé à cette époque. Mais je n’avais pas pu, et puis j’avais rencontré Juliet. Toutes mes résolutions avaient volé en éclat en peu de temps et j’étais tombé profondément amoureux de la blonde, oubliant ce que je m’étais promis à propos des souffrances inutiles. Je m’étais pris le revers de la médaille en pleine poire quand j’avais trouvé Charlie inanimé dans son berceau. J’avais à nouveau fuis, avant de la retrouver plus de deux ans plus tard. Depuis les quelques semaines que nous étions ensemble, rien n’avait été simple.


Qualifier ma vie de douce ne me semblait pas approprié, loin de là. Elle avait été mouvementée, malmenée, torturée et brisées en morceaux, j’avais continuellement vu tout ce qui comptait pour moi se briser et j’en étais devenu à moitié fou. Mais je voyais dans le regard de Flavio que je ne pouvais pas lui dire une chose pareille. Je ne pouvais pas commencer à lui expliquer combien ma vie avait été horrible. Et puis, je n’allais quand même pas me plaindre de ce que j’avais vécu alors que ces mêmes années lui avaient été dérobées. Pourtant je ne pouvais pas non plus lui mentir, lui faire croire que tout c’était parfaitement passé et que j’étais profondément heureux et comblé. De toute façon je ne pourrais pas mentir à Flavio, j’en étais incapable. Alors que faire ? Que pouvais-je bien lui répondre ? Déglutissant, je finis par me lancer.


« J’ai réussi à reprendre une nouvelle vie... mais c’est loin d’être facile. Et ce n’est pas en oubliant le passé qu’on évite les problèmes du présent... »


Ma voix était hésitante, je n’arrivais pas à choisir mes mots correctement et à paraître sur de moi et ferme. Tout en parlant, j’avais réussi à enfin détourner le regard, espérant qu’il ne puisse pas lire la douleur dans mes yeux alors que je repensais à toutes ces choses horribles que j’avais faite et qui étaient arrivées autour de moi. Je sentais qu’ils me brulaient et si je continuais à ressasser tout ça je n’allais pas tarder à pleurer. J’eu l’impression de recevoir un coup de couteau en plein coeur quand je me rendis compte que je n’arrivais plus à revoir exactement le visage de mes enfants dans mes souvenirs. Je n’avais emporté aucunes photos. Ils devaient avoir changé de toute façon, ils avaient certainement grandi. Penser à eux était toujours aussi dur, et je ne pouvais imaginer ce qu’il ressentaient envers moi à présent. Je n’avais pas cessé de les aimer parce que j’étais parti, mais eux ne pourraient certainement jamais me pardonner ce que je leur avais fait. Et c’était tout à fait légitime. Pourquoi fallait-il que j’abandonne tout les gens que j’aime ? Que je les trahisse, que je leur mente ? Je n’avais pas encore compris, après toutes ces années, que tôt où tard mes mensonges se retournaient toujours contre moi ?

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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Mer 24 Déc - 0:55

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Adrian Alpert & Flavio Cavaletti
Sur mon épaule, je sentis sa main se contracter plus qu’avant en entendant ma requête. Ses yeux me voyaient sans vraiment me voir, son esprit empreint à la réflexion, me l’emmenant ailleurs. Pourquoi ne pouvait-il pas répondre simplement que c’était le cas ? Pourquoi réfléchir ? Ne savait-il pas à quel point cela faisait suspicieux, me faisant douter sur cette vie qu’il avait eue et que j’avais imaginée ? Ou peut-être que tout simplement sa vie de ses quinze dernières années défilaient devant ses yeux pour en faire un bilan des plus concis ?
Le temps passa ainsi sans qu’il ne dise rien et je ne pus que le fixer, en proie de mes vieux démons, encore et toujours. Au fond de moi, je voulais qu’il ait eu une meilleure vie que moi. Il n’avait pas le droit en étant en liberté d’avoir quelque chose d’aussi horrible ou pire que s’il avait décidé de se faire prendre avec moi ce jour-là… Parce que du coup, notre vie à tous les deux aurait été un enfer, mais il aurait été là, avec moi, mais aussi avec James… Il serait peut-être même sorti en même temps que lui, et l’aurait aidé… Mais malheureusement, avec des si on pourrait mettre Paris en bouteille comme on le disait…

« J’ai réussi à reprendre une nouvelle vie... déglutit-il en me regardant dans les yeux avant de se détourner. Mais c’est loin d’être facile. Et ce n’est pas en oubliant le passé qu’on évite les problèmes du présent... »

Une douleur si sourde passa dans les pupilles de Saldszar que je ne pus l’ignorer et je sentis mon cœur se serrer. Ce qu’il m’avait dit, les mots, n’avait quasiment aucun impact sur moi alors qu’il n’arrivait même pas à me regarder. Alors c’était ça ? La vie n’avait pas été tendre avec lui ? Lui aussi avait été puni d’avoir ôté la vie d’un innocent ? Il se gardait pourtant de me le dire… Il devait avoir compris que ça me détruirait, et c’était un peu ce que je ressentais intérieurement actuellement. Comme si on me foutait une grosse claque après tant d’années… Nous avions été séparés autant de temps… pour rien ! C’était égoïste bien sûr de penser de la sorte, se dire qu’on aurait été mieux, que j’aurais été mieux, si nous avions été malheureux à deux dans notre prison. Mais c’était tout ce qui aurait compté pour moi ! Je n’avais pas vécu comme lui à l’extérieur, je n’avais rien qui me raccrochait à quoi que ce soit…
Je réfléchis tout de même à ce qu’il m’avait dit… Qu’en oubliant son passé on ne pouvait éviter les problèmes du présent… Je ne comprenais pas exactement où il voulait en venir, c’était bien trop philosophique ou vague pour moi, j’avais besoin de concret. Mais en tout cas il avait raison, la preuve, j’étais de retour ! C’était moi le problème du présent, non ?

En baissant les yeux, je me demandai l’espace d’un instant si je n’avais pas mieux fait de tout oublier le passé, moi aussi. Oublier la prison, oublier l’isolement, oublier la culpabilité. Mais c’était tout bonnement impossible. C’était tout ce qui m’avait forgé, tout ce qui avait de moi ce que j’étais maintenant. Et en même temps… La prison, tant que l’on n’y avait pas été, on ne savait pas ce que c’était. Se retrouver entre quatre murs, ne plus pouvoir voir les personnes qu’on aimait, devoir côtoyer des criminels quant bien même on en était un soi-même. Je n’avais pas eu de remise de peine comme James. Je n’avais pas été le détenu tout gentil qu’on pouvait remettre dans la société s’il se comportait bien. J’avais plutôt été du genre à chercher des noises à mes codétenus pour ainsi me retrouver en isolement… Il n’y avait que là qu’on me laissait tranquille, il n’y avait que là que je pouvais me retrouver avec moi-même et déprimer en silence… En Enfer, plus personne ne vous entend hurler. Alors devais-je oublier… ? Non, pas vraiment…

Triant ce bordel qui avait assailli ma tête et mon esprit, je relevai les yeux quelques longues secondes plus tard. Au final, je voulais savoir ce qui avait empêché sa vie d’être un long fleuve tranquille. Qu’est-ce qu’il s’est passé pour que même en changeant d’identité, de vie, en oubliant cette merde qu’on avait fait, qu’est-ce qui avait pu l’amener jusqu’ici. J’avais ce besoin irrépressible, c’était physique.

« Raconte-moi ce que tu as fait pendant quinze ans… demandais-je doucement, ma colère maintenant envolée à nouveau. De ta fuite jusqu’ici… Dis-moi ce que j’ai raté. »

Une coquille vide, c’était ce à quoi on pouvait me comparer désormais. Je n’avais plus envie de rien. Juste entendre ces choses que j’avais imaginées. Parfois je m’asseyais sur mon lit miteux et j’essayais de voir Sal’, ce qu’il faisait, et ça me faisait autant de bien que ça me faisait mal. Ca m’avait permis de tenir, au final…
Comme pour l’encourager à tout me dire, je posai ma main libre sur la sienne toujours sur mon épaule, la serrant, la caressant presque… Il m’avait manqué. Et désormais nous étions réunis. Et dans le meilleur des futurs, je pourrais reprendre où nous nous étions arrêtés, pour mettre entre parenthèse toutes ces années. J’étais prêt à lui pardonner pour ça, j’étais prêt à tout pour ça. Parce qu’une chose était sûre, sa main sous la mienne en cet instant, ce contact, je le ressentais toujours de la même manière qu’avant, m’avait fait l’effet d’un électrochoc et je ne voudrais plus jamais le lâcher…
electric bird.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Ven 26 Déc - 3:00




Somebody that I used to know
Dans ma tête défilaient à nouveau une multitude de souvenirs qui me semblaient venir de vies distinctes. Les personnes qui y apparaissaient étaient différentes, les lieux aussi et même moi, je n’étais pas le même homme selon l’époque d’ou venait le souvenir. Tantôt j’étais un jeune gamin idéaliste et un peu naïf, tantôt j’étais un père calme et responsable. Parfois je me demandais comment j’avais pu être si différent. Comment quelqu’un pouvait changer à ce point. Il m’arrivait aussi de me demander si j’avais réellement changé ou si il s’agissait plutôt de différentes facettes de ma personnalité. Apres tout, pouvais je dire que l’utopiste au fond de moi avait disparu ? J’étais bien plus rationnel que quinze ans auparavant, c’était certain. Mais au final, je finissais toujours par reprendre espoir, malgré tout ce qui pouvait m’arriver. Et il m’en était arrivées des choses. N’était-ce pas une forme d’utopie ? Si ce n’était pas le cas, alors peut-être était-ce de la naïveté, ou encore de la stupidité. Quand à mon instinct paternel, il n’avait jamais disparu. Quand Mathilde m’avait annoncé être enceinte d’Anthony, quelques mois à peine après notre mariage, j’avais tout de suite senti que j’allais adorer être père. Je n’y avais jamais réfléchi, avant ça. La famille restait un sujet très délicat pour moi et je n’avais jamais voulu m’interroger là dessus. Pourtant quand ma femme m’avait annoncé que j’allais être papa, j’avais été l’homme le plus heureux du monde. C’était comme une évidence pour moi ; j’étais fait pour être père. J’avais ressenti la même chose pour Lisa. Et pourtant, je les avais abandonnés. Je m’étais enfui. J’aurai donné ma vie pour eux, mais je n’avais pas été capable d’affronter mes vérités. Je n’avais même pas hésité en les quittant. J’étais persuadé de ne pas avoir le choix, et j’avais essayé de ne pas y penser. Comme toujours. J’avais ensuite retrouvé la même sensation plus tard, avec Charlie. Et j’avais découvert ce que pouvais ressentir un père face à la mort de son fils. C’était tellement dur que je m’étais enfui encore une fois.

Je ne pouvais pas dire que ma vie avait été douce, c’était certain. Il y avait eu trop de souffrances, trop de mensonges. Parfois, quand j’étais dans une mauvaise passe, je me disais que ma mère aurait mieux fait de me tirer dessus avant de pointer le canon de son arme sur sa tempe. Ainsi, j’aurai évité de la peine inutile à beaucoup de gens, moi y compris. Et pourtant, je ne regrettais pas vraiment ce que j’avais vécu. Si l’on retirait les drames et mauvais moments, j’avais rencontré des gens géniaux, j’avais vécu des choses incroyables. Aussi bien avec Flavio qu’avec Mathilde ou Juliet. Je ne regrettais pas d’avoir adhéré au mouvement de James et Flavio, je ne regrettais pas d’avoir partagé plus qu’une forte amitié avec l’italien. Je ne regrettais pas d’avoir épousé Mathilde et d’avoir élevé deux enfants avec elle. Je ne regrettais pas d’avoir rencontré Juliet, d’être tombe fou amoureux d’elle et je ne regrettais pas non plus Charlie. Malgré toute la peine que j’avais pu ressentir, je ne le regrettais pas. Alors qu’est-ce qui n’allait pas chez moi, pour que je décide d’oublier ? Pourquoi je ne pouvais toujours pas me résoudre à assumer tout cela ?

Un moment, je me demandais ce que pouvais bien penser Flavio de tout ça. Ce qu’il pouvait penser en me voyant comme je l’étais à présent, ce qu’il avait pu penser en me découvrant si froid à son arrivée. Je n’aurai pas du réagir comme ça, je le savais. J’avais ressenti de la colère envers lui alors que c’était moi qui était parti sans nouvelle, c’était moi qui avait recommencé une nouvelle vie sans lui laisser aucun indice, aucunes nouvelles. J’avais décidé d’oublier cette partie de ma vie, et lui avec et je me rendais compte à quel point cela pouvait être douloureux. Si j’avais été à sa place, et qu’il avait fui comme je l’avais fait, j’étais certain que je n’aurai pu faire autrement que lui en vouloir. Sa voix s’éleva à nouveau, dénudée de toute colère et beaucoup plus douce que je ne l’aurai cru.

«Raconte-moi ce que tu as fait pendant quinze ans… De ta fuite jusqu’ici… Dis-moi ce que j’ai raté. »

Il voulait donc que je lui explique ? Il y avait tant de choses à dire. Des choses que je n’avais jamais racontées à personne d’autre. Des choses sur lesquelles je me mentais à moi-même il y avait encore une heure de cela. Des choses que je pensais oubliées et qui pourtant, étaient remontées à la surface quasiment instantanément dés qu’elles avaient effleuré mon esprit. Si mes yeux étaient toujours rivés sur le sol alors que j’étais en proie à l’hésitation, ma main était quant à elle restée sur l’épaule de Flavio, comme figée. J’étais incapable de briser ce contact qui me permettait en même temps de garder une certaine distance entre lui et moi et paradoxalement de me sentir proche de lui. Je ne savais pas vraiment pour laquelle de ces deux raisons ma main restait plantée la mais bientôt je sentis la sienne venir se poser au dessus et j’eu presque envie de frissonner en sentant ses doigts la caresser légèrement. Je n’avais pas oublié ce que j’avais pu ressentir pour lui. Ce simple contact me le rappelais. Pourtant j’avais aimé bien d’autres personnes en quinze ans. D’ailleurs, je n’avais jamais vraiment été capable de mettre des mots sur ma relation avec Flavio. Ça avait été inattendu. Ça avait été étrange. Ça avait été passionné, mais je ne m’étais jamais demandé si ça avait été de l’amour. De près ou de loin. Quand j’étais avec lui, je n’y pensais pas, je ne me posais aucunes questions. Je me sentais bien, c’était aussi simple que ça.

Je relevais les yeux vers lui, et plongeais mon regard dans le sien à nouveau. D’un côté, j’espérais qu’il change d’avis, qu’il me dise qu’il ne voulait rien savoir, et d’un autre je sentais sa main sur la mienne, je voyais dans son regard qu’il avait besoin de savoir et je mourrai d’envie de me confier à lui. Parce qu’il était la seule personne qui savait ce qu’il s’était passé, il était la seule personne qui avait connu mon véritable nom, et aussi parce que me confier à mon ami m’avait manqué. Pendant quinze ans, j’avais vécu sans lui, en essayant même de l’oublier, et maintenant que je le voyais devant moi je me rendais compte combien ça avait pu être difficile et combien il avait pu me manquer. Je n’avais plus connu une telle amitié envers personne, après celle que j’avais connu avec James et lui. Je n’avais jamais eu personne d’autre que Mathilde et Juliet pour me confier, et je n’avais jamais pu tout leur dire. Voyant qu’il n’allait pas changer d’avis, je finis par prendre une légère inspiration avant de me lancer.

Je commençais par lui expliquer comment je m’étais retrouvé à Denver et comment j’avais pu me fournir ma nouvelle identité. Ensuite je lui expliquais que j’avais suivi une formation pour me trouver un boulot stable et que j’avais été rapidement engagé. Quand j’en arrivais à ma rencontre avec Mathilde, je marquais une petite pause et détournais à nouveau les yeux. Je n’avais pas le courage de le regarder en face en lui parlant d’elle. Tout comme je n’eu pas le courage de relever les yeux quand je lui parlais d’Anthony et de Lisa. Je ne savais pas ce qu’il pouvait penser de tout ça. Pendant que lui croupissait en prison, je l’avais rayé de ma vie, j’avais fondé une petite famille, j’étais devenu un père modèle. En plus , je savais que la famille était quelque chose d’important pour lui et je redoutais sa réaction quand j’allais lui expliquer la suite. Je fu assez bref quant à Mathilde et les enfants, parce que ça me faisait mal de parler d’eux, et parce que je ne voulais pas commencer à m’épandre en détails. Flavio en aurait certainement assez à avaler comme ça.

« Finalement, les dix premières années de ma vie en tant qu’Adrian Alpert ont été plutôt douces. Mais après... J’ai fais un excès de vitesse. Un flic m’a reconnu, je sais pas trop comment... Alors...je... »

Ma voix s’étranglait dans ma gorge alors que je cherchais désespérément les bons mots. Mais y’en avait-il vraiment ? J’avais abandonné ma famille c’était tout ce qu’il y avait à dire.

« ...alors , articulais-je avec difficulté, je suis parti. J’ai pris le premier avion pour le Canada et je suis arrivé ici, à Toronto. »

En terminant ma phrase, je relevais encore une fois les yeux vers Flavio pour essayer d’y lire une quelconque réaction, mais j’avais certainement l’esprit trop embrouillé pour comprendre quoi que ce soit dans son regard intense. J’avais déjà fait un gros effort pour lui parler de tout ça, et pourtant je n’en avais pas encore fini. Reprenant une nouvelle inspiration, je continuai sans trop laisser de temps à Flavio. Maintenant que j’étais parti, il fallait que je finisse ce que j’avais à dire. Je lui parlais donc de Juliet, en lui expliquant combien ça avait été rapide et ma voix se remit à trembler en évoquant Charlie.

« Je.. Elle est tombée enceinte. Un petit garçon. Mais.. Deux mois après sa naissance, je... Il ne s’est pas réveillé cette nuit la et quand j’ai voulu le voir je.. »

Mon regard se brouilla  et je sentis une larme couler sur ma joue avant que les autres ne suivent. En expliquant cela à l’italien, je revivais pratiquement la scène. Je me voyais me lever en pleine nuit, intrigué par le fait que l’appartement soit plongé dans un calme plat, je me revoyais me diriger dans le noir vers la chambre de mon fils, je me rappelais du moment de flottement que j’avais eu en le découvrant inerte et plus que tout je me rappelais de la froideur de son corps quand j’avais voulu lui toucher la main. Le reste était plutôt flou, j’avais appelé les secours dans un état second, Juliet s’était levée à son tour, j’avais entendu un cri et j’étais parti. Je n’étais même pas certain de me souvenir exactement de tout ça, et d’ailleurs je n’en avais aucune envie.

« Il est mort, Flav , soufflais-je finalement. »

Je failli m’arrêter la, tellement la douleur que je ressentais me semblait forte. J’avais l’impression de ne pas pouvoir continuer et pourtant, il le fallait. Il fallait que je termine mon histoire. Alors je repris à nouveau, tentant de sécher mes larmes, toujours sans laisser de temps à Flavio pour réagir. Je lui dit la vérité : que j’avais fuis une nouvelle fois, mais que j’étais reste ici, à Toronto. Que pendant deux ans et demi j’avais vécu une demi-vie, sans m’intéresser à plus rien. Et puis, finalement, je lui parlais de ce soir ou j’avais croisé Juliet au théâtre.

« J’ai été obligé de lui parler, je ne pouvais pas partir une nouvelle fois. Je.. Je me suis rendu compte que j’avais fait une erreur. Que je ne pouvais pas quitter Juliet et... Elle m’a pardonné. »

Et voilà ou j’en étais à présent. J’avais fait ce qu’il m’avait demandé, je lui avait raconté ma vie depuis son arrestation jusqu’a maintenant. Je n’avais aucune idée de ce qu’il allait bien pouvoir penser de moi, de ce que j’avais fait à ma famille aux États Unis, de ce que j’avais fait à Juliet et même du fait que je sois à nouveau avec elle à présent. Allait-il me trouver lâche et pitoyable comme je le pensais moi-même ? Allait-il comprendre ? Et aussi, que pensait-il du fait que j’aime profondément Juliet ? Je ne pouvais pas deviner les réponses à toutes ces questions, je ne pouvais pas savoir ce qu’il se passait dans sa tête.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Dim 28 Déc - 0:33

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Adrian Alpert & Flavio Cavaletti
Le regard à la fois bien présent et ailleurs, vide mais aussi portant une envie profonde, je fixai Sal’ alors qu’il réagissait à peine à ma demande. J’étais conscient que ce que je voulais allait lui demander beaucoup d’efforts, beaucoup de concentration. Je ne voulais juste pas qu’il refuse et s’il le fallait, je resterais avec lui toute la nuit, jusqu’au petit matin, pour l’encourager.
Quand il réagit enfin, Saldszar releva les yeux pour me scruter et j’attendis, le suppliant presque du regard de le faire. Il comprit instantanément ce dont j’avais besoin mais il se contenta de me fixer à son tour, en proie au conflit. Il ne fallait pas réfléchir bien longtemps pour comprendre qu’il pesait le pour et le contre et ma respiration se bloqua, le suspens insoutenable. Et enfin, quand il soupira en défaite, je relâchai l’air que je maintenais bloqué, me figeant.

Sa voix était posée, peut-être un peu tremblante quand il commença son récit et je maintins ma main sur la sienne pour l’encourager à aller jusqu’au bout. Il débuta par sa fuite, comment il avait atteint Denver pour y prendre une nouvelle identité et j’essayai de mon côté à ne pas penser qu’au même moment, j’étais en maison d’arrêt à pester contre lui avant de ne m’effondrer en larmes car il me manquait… Il m’expliqua ensuite qu’il avait trouvé une certaine stabilité, aussi bien professionnellement qu’en amour et mon cœur se serra… Il avait trouvé une femme… Et il avait même eu des enfants ! Paradoxalement, je fus heureux pour lui, il avait fondé une famille, ce que je n’avais pu avoir. Et la famille était si précieuse, qu’il ait pu en avoir une… ça me réchauffait le cœur… Je ne compris cependant pas quand il détourna le regard, presque honteux de lui. Il ne devait pas. Il m’avait oublié, je ne pouvais pas lui demander d’avoir fait vœux de chasteté après tout… Bien heureux, ou pas, de m’avoir annoncé ça, il fit une ellipse de temps et je ne compris pas de suite où il voulait en venir, avant que sa voix ne déraille…

« Finalement, les dix premières années de ma vie en tant qu’Adrian Alpert ont été plutôt douces. Mais après... J’ai fais un excès de vitesse. Un flic m’a reconnu, je sais pas trop comment... Alors...je... »

Mes entrailles se tordirent douloureusement quand j’entendis pourquoi il avait quitté Denver pour autre part, sûrement ici. Un autre pays… Il n’avait sûrement pas eu d’autre choix. J’espérais seulement que sa femme ait été compréhensive quand il a du lui expliquer pourquoi il devait partir…

« ...alors, je suis parti. J’ai pris le premier avion pour le Canada et je suis arrivé ici, à Toronto. »

Je le fixai sans comprendre. Il était parti, oui… Mais alors pourquoi quand il me regarda à nouveau dans les yeux, je pouvais y lire une douleur intense ? La réponse pourtant se retrouva évidente et je le regardai en fronçant les sourcils… Il avait abandonné sa famille. Ses mots résonnèrent comme un écho dans mon esprit… Comment avait-il… Alors même sa famille il l’oubliait comme il l’avait fait avec moi ? Combien de personnes qu’il avait connu avait-il rayé de sa vie ? Ma colère qui s’était envolé refaisait surface sans que je ne puisse la contrôler. A côté, je le voyais presque pitoyable face à moi et j’étais attristé ! Je n’arrivais plus à catégoriser mes sentiments, tout simplement je n’y arrivais plus.
Sans espérer une quelconque réaction de moi, Sal’ embraya sur sa vie ici, à Toronto. Sa rencontre avec une Juliet, comment ça avait été le coup de foudre… A nouveau, je fus jaloux. Profondément jaloux. Mais la jalousie s’envola vite quand, par la suite, il bégaya presque pour me dire ce qui suivait…

« Je.. Elle est tombée enceinte. Un petit garçon. Mais.. Deux mois après sa naissance, je... Il ne s’est pas réveillé cette nuit la et quand j’ai voulu le voir je.. Il est mort, Flav… ajouta-t-il après un temps de battement. »

Je le regardai bouche bée alors que de nombreuses larmes se mirent à dévaler ses joues… Je ne pouvais imaginer la douleur qu’il pouvait ressentir à cet instant… La douleur d’un père ayant perdu son enfant… Je m’en voulus. Beaucoup. D’avoir ramené ces souvenirs, de l’avoir obligé à tout me raconter pour satisfaire ma curiosité car je pensais avoir trop souffert en pensant à lui, en prison. Et pourtant, j’étais si loin du compte… J’eus envie de le prendre dans mes bras, de le réconforter, comme j’aurais pu le faire quand nous nous sommes rencontrés, au début. Et puis… Il m’avait appelé par mon surnom et ça m’avait poignardé en plein cœur. Je voulus faire tout ça, mais je restai immobile face à sa détresse alors qu’il reprenait son récit… Avec ce drame, il était de nouveau parti, laissant Juliet seul, qu’il n’avait été qu’une coquille vide se contentant de survivre sans vraiment vivre… Puis il finit son récit sur le plus récent évènement dans sa vie, datant de quelques semaines en arrière où il avait revu Juliet au hasard…

« J’ai été obligé de lui parler, je ne pouvais pas partir une nouvelle fois. Je.. Je me suis rendu compte que j’avais fait une erreur. Que je ne pouvais pas quitter Juliet et... Elle m’a pardonné. »

Une nouvelle fois, je restai pantois face à lui, alors que cette fois-ci il baissa les yeux, son histoire finie… Il avait été marié, il avait eu trois enfants, deux abandonnés et un mort… Il avait eu deux femmes dans sa vie… Je triai les informations recueillies, partagé entre l’envie d’hurler ma propre douleur et de soulager la sienne… La dualité dans mes propres pensées me rendait fou. Il avait abandonné toutes les personnes qu’il aimait dont moi, mais il le regrettait amèrement comme je pouvais le voir. Il avait trouvé le bonheur pour qu’on lui arrache juste après, à chaque fois, comme si le sort s’acharnait sur lui. Au moins dans le mien de malheur, ça avait été constant et la chute n’en avait pas été plus douloureuse… Pour lui, ça avait du être des coups de massues… Les uns après les autres… Et personne ne méritait ça… Personne… Et encore moins mon meilleur ami…
Suivant mon cœur plutôt que ma tête, je comblai d’un pas la distance entre nous deux, passant mes bras autour de son cou pour le serrer contre moi. Il se laissa faire, baissa la tête et enfouit celle-ci dans mon cou alors qu’il n’arrivait plus à retenir des sanglots déchirants. Une énième fois, mon cœur se serra et je m’accrochai à lui autant qu’il s’accrocha à moi. Nous avions tous les deux besoins de réconforts, c’était certain, mais surtout lui et je tentai tant bien que mal de le calmer en lui murmurant des mots, qui j’espérais, le calmeraient. Je lui chuchotai que ce n’était pas sa faute, que j’étais désolé d’avoir rouvert ses blessures, que je lui pardonnais. Qu’aurais-je pu faire d’autre ? Je n’étais pas sans cœur et même si par sa faute celui-ci avait été malmené, je ne pouvais pas lui en vouloir en cet instant. Alors qu’il se calmait petit à petit,  ma main se glissa dans ses cheveux et je retins un soupir devant la familiarité du geste. Je devais faire attention, maintenant il avait trouvé le grand amour et…
Je fermai les yeux en pensant à cela. La jalousie que je ressentais était destructrice, perverse. J’avais peur de mes réactions, de ce que j’allais pouvoir faire par la suite. Ma rancœur m’avait emmenée ici et avait amené cette situation, un Saldszar en pleurs dans mes bras. Alors que pouvait nous réserver ma jalousie ? J’étais impulsif, irréfléchi… la réponse coulait de source… bien sûr que ça ne pouvait être que du mauvais…

Après ce qui sembla une éternité, je le lâchai et il se redressa, les yeux légèrement bouffis par les larmes. Il n’osa même pas me regarder en face, sûrement trop éhonté de ce qu’il venait de me raconter. Je pris cette fois son visage entre mes mains pour qu’il soit obligé de me regarder dans les yeux…

« … Tu sais ce que je pense de… tu sais à quel point la famille compte pour moi et… commençais-je en ne sachant comment finir. Mais… Ce serait injuste que je te juge là-dessus… je ne saurai jamais ce que ça fait, de perdre sa famille… »

Tout du moins, pas celle que j’avais construite… Ma mère était morte, l’homme qui partageait ma vie avait fui pour m’oublier… Mais perdre ses enfants, la femme de sa vie, je n’avais jamais connu ça et ne connaitrai sûrement jamais ça… J’avais perdu espoir. Qui voulait d’un homme qui sortait de dix ans de prison et qui était barman, en d’autres termes, un bon à rien ?
Les yeux dans les yeux, encore proche de l’étreinte d’avant, je me perdis dans la contemplation de ce visage qui, il fut un temps, m’était réservé. C’était douloureux, aussi douloureux que ça faisait du bien. Il n’était pas mort, il n’était pas en prison, il avait traversé des épreuves, mais il était là, face à moi. J’aurais pu ne jamais le revoir… C’était comme quinze ans auparavant, juste… il ne m’appartenait plus… tout comme je ne lui appartenais plus…
Impulsivement, une idée me vint, et je ne pus m’en défaire malgré toute la raison dont je pouvais faire preuve. Je descendis mes mains pour empoigner la base de son cou, baissai les yeux rapidement pour les remonter aussitôt et prit la parole doucement…

« Juliet alors… hein ? riais-je sans humour, plutôt jaloux. Je suppose que tu ne comptes plus la laisser filer maintenant… »

Je levai les yeux au plafond, cherchant en vain un quelconque signe. Plus rien de viendrait de là-haut pour moi, de toute façon. Ça ne tenait qu’à moi de mener mon idée jusqu’au bout. Moi et moi seul. Alors qu’est-ce que j’attendais concrètement ? Lentement pour ne pas le brusquer, je m’approchai pour finalement l’embrasser pour une dernière fois. Ça avait le goût d’adieu, même si je ne comptais pas redisparaître de si tôt. Je voulais simplement goûter ses lèvres une dernière fois, le tenir contre moi, avant de que ça ne m’échappe pour de bon. Mon cœur rata un battement quand je le sentis répondre faiblement à mon baiser, restaurant l’espoir que j’avais perdu quelques minutes auparavant. Ce ne fut pas passionné, mais je ressentis tout ce qui m’avait manqué chez lui. Je ne voulais que jamais plus nous ne nous interrompions… Malheureusement, je finis par mettre fin au baiser à contrecœur…

« Mais si jamais elle ne t’a pas vraiment pardonné… Je serai là… murmurais-je encore à quelques centimètres de ses lèvres. »

En ami ou en amant, je m’en fichais, il pouvait bien le prendre comme il le voulait même si j’espérais secrètement que ce soit le second… Il ne m’avait pas repoussé. Leur couple était encore fragile. Un rien pourrait faire voler en éclat ce qu’ils avaient… Je me repris, conscient que je ne devais pas penser de la sorte, il avait assez souffert comme ça. Mais je ne voulais qu’une chose, que cette femme ne soit plus dans mon chemin. Comment ? Je ne le savais pas, tout était encore flou dans mon esprit, et le regard hypnotisant de Sal’ face à moi ne m’aidait en rien…
electric bird.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Dim 28 Déc - 23:26




Somebody that I used to know
Alors que des larmes dévalaient toujours mes joues sans que je ne puisse rien faire pour les arrêter, je baissais à nouveau les yeux vers le sol. Je n’avais jamais mis toute l’histoire bout à bout comme je venais de le faire pour Flavio, je n’avais même jamais parlé de ça à voix haute. Et il y avait une énorme différence entre ressasser tout ça dans ma tête et le raconter à quelqu’un d’une traite. Tout prenais une dimension plus réelle, je ne pouvais plus me cacher derrière mes mensonges maintenant. J’avais essayé de ne pas penser à mon passé pendant si longtemps que je n’avais jamais pris de recul par rapport à tout ce qui avait pu m’arriver. Chaque évènement isolé était difficile à supporter, alors le tout ensemble ? On aurait dit le résumé d’un film. Personne ne vivait autant de chose à la suite, si ? Ca me semblait irréel et c’était pour ça que j’avais pu me détourner de la vérité pendant si longtemps. Mais je devais bien me rendre à l’évidence, ce que je venais d’expliquer à Flavio, c’était mon histoire, mon passé et même mon présent. C’était sans doute ce qui faisait de moi ce que j’étais aujourd’hui. J’aurai voulu pouvoir dire que j’avais appris de mes erreurs, mais c’était faux. Si je l’avais fait, j’aurai décidé de ne plus m’attacher à personne et de ne plus laisser personne s’attacher à moi. Mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Je n’avais pas pu m’empêcher de tomber amoureux de Juliet. Tout comme je n’avais pas pu m’empêcher de la demander en mariage un soir, alors que je savais que j’étais techniquement encore marié. J’avais oublié tout le reste, vivre avec Juliet me permettais d’oublier. Et encore une fois, il y avait quelques semaines de cela, je n’avais pas pu me résoudre à partir et à laisser Juliet. J’avais parfois l’impression de continuer inlassablement à commettre les mêmes erreurs à répétitions. De retomber dans le même cercle vicieux à chaque fois. D’un autre côté, je n’étais pas certain de pouvoir vivre comme je l’avais fait pendant les deux ans ou j’avais été séparé de Juliet. Si c’était comme ça qu’il fallait que je vive pour ne plus souffrir, alors autant en finir plus directement.

L’esprit complètement embrumé par ma douleur et mes souvenirs, je restais complètement immobile - quoique tremblant - avec ma main toujours posée sur mon épaule et la sienne par-dessus. Au final, c’était quasiment ce qui me permettait de rester debout, je sentais que mes jambes ne voulaient plus me porter et j’étais à deux doigts de tomber à genoux sur le sol. Si plus tôt j’avais tenté de garder la face pour ne pas avoir l’air pitoyable devant mon ami, à présent je n’en avais plus rien à faire. Je pouvais bien lui sembler aussi pathétique que possible, de toute façon c’était comme ça que je me sentais en ce moment. Je le laissais s’approcher quand il fit doucement un pas en avant et ne bougeais pas non plus quand il passa ses mains autour de mon cou pour me serrer contre lui. Alors que mes sanglots reprenaient sans que je n’arrive à les contenir, je fini par passer mes bras autour de lui à mon tour en enfouissant ma tête dans son cou. Pendant un moment nous restâmes comme ça, je m’accrochai à Flavio de toutes mes forces en continuant de pleurer alors qu’il me murmurait des mots de réconfort. Je les entendais à peine mais faisais tout mon possible pour me concentrer sur le son de sa voix, essayant désespérément de me calmer. J’avais l’impression de pleurer pour toutes les fois où j’avais préféré oublier, je ne pouvais plus m’arrêter et il s’était écoulé plusieurs minutes quand mes sanglots commencèrent enfin à s’espacer et à baisser d’intensité. Je sentis la main de l’italien passer dans mes cheveux et ce geste me rappela que mon ami avait toujours été le mieux placé pour me réconforter. Evidemment, je ne m’étais jamais senti aussi mal lorsque je vivais à San Francisco, mais il m’arrivait de déprimer un peu quand je repensais à mes parents. Dans ces cas-là, la simple présence de James ou Flavio suffisait à chasser mes idées noires. Ils étaient ma famille.

Au bout d’un long moment, alors que j’étais enfin calmé, Flavio me relâcha et je me redressais légèrement sans le regarder, essuyant mes joues humides du revers de la main. J’avais peur de ce qu’il pouvait penser de moi après ce que je lui avais expliqué, après ce que j’avais fait. Quand il me força à le regarder en prenant mon visage dans ses mains, le regard que je lui lançais devait encore être plein de douleur, plein de honte et de tristesse. J’essayais encore d’échapper à son regard mais une fois que je le croisais je ne pus plus m’en détacher.

« Tu sais ce que je pense de… tu sais à quel point la famille compte pour moi et... Mais… Ce serait injuste que je te juge là-dessus… je ne saurai jamais ce que ça fait, de perdre sa famille… »

Sans qu’il ne semble s’en rendre compte, ces mots eurent l’effet d’un coup de poignard. Il avait perdu des années de sa vie en prison, je ne savais même pas combien exactement. Des années qu’il ne pourrait jamais récupérer et je me sentais coupable d’avoir pu vivre ma vie alors qu’il était enfermé. Je n’avais pas une seule fois pris des nouvelles de lui, ou de James. Je n’avais pas une fois essayé de savoir quelle était leur peine, comment s’était passé le procès ou quoi que ce soit d’autre. Il avait dû détester ça. Etre enfermé, ne rien pouvoir faire et être obligé de se soumettre aux ordres. Flavio avait dû détester ça. Et moi j’étais là, en train d’afficher ma douleur devant lui, il se sentait même obligé de me rassurer… J’essayais de lire quelque chose dans ses yeux, mais encore une fois j’en étais incapable. Je me contentais de le fixer, attendant une réaction. Ses mains empoignèrent la base de mon cou alors qu’il reprit la parole sur un ton bien différent.

« Juliet alors… hein ? Je suppose que tu ne comptes plus la laisser filer maintenant… »

La jalousie pointait dans sa voix et un petit rire jaune s’échappa de sa gorge. Alors que je le fixais encore, je le vis lever les yeux avant de me regarder à nouveau et s’approcher assez doucement pour que je comprenne ou il allait en venir. Quand ses lèvres se posèrent sur les miennes, je ne le repoussais pas et me contentais de fermer les yeux. Je n’en aurais pas eu la force, mais je n’en avais pas l’envie non plus. De nouveaux souvenirs me revinrent en mémoire et je sentis soudain mon cœur se serrer alors que presque malgré moi, je me mettais à répondre à son baiser juste avant que je ne sente ses lèvres se détacher des miennes. Quand j’ouvris les yeux peu après que Flavio ait mis fin au baiser, son visage était encore à quelques centimètres du mien.

«« Mais si jamais elle ne t’a pas vraiment pardonné… Je serai là… »

Il était encore si proche que je sentis son souffle sur mon visage et je failli en frissonner. J’étais perdu, je ne savais pas ce qu’il m’arrivait et plus que tout je ne comprenais pas ce que Flavio voulait dire. Ou plutôt, j’avais peur de comprendre. Et en même temps de me tromper et de m’imaginer des choses sur base de lointains souvenirs. Alors que nous étions tous les deux encore à seulement quelques centimètres l’un de l’autre, j’essayais encore et toujours de lire quelque chose dans son regard qui restait pourtant si mystérieux pour moi. Je fini par prendre la parole faiblement, sans bouger.

« ..Je…Flavio... J’aime Juliet… je… »

Ma voix était éraillée et je ne savais pas quoi lui dire d’autre. J’aimais profondément Juliet et plus jamais je ne la quitterai, je ne pouvais  pas et je ne voulais pas. Mais j’avais répondu à son baiser, même faiblement je l’avais fait. Quelles conclusions pouvait-il en tirer ? Maintenant que j’avais retrouvé Flavio, je n’allais pas l’abandonner à nouveau, mais rien ne serait comme avant. Malgré moi, je ne pus m’empêcher de faire le parallèle entre mes retrouvailles avec Flavio et le soir ou j’avais croisé Juliet au théâtre.  En repensant à la jeune femme je commençais soudain à me poser des questions. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir lui dire ? Je ne pouvais pas lui parler de Flavio comme ça, parce qu’il faudrait que je lui explique des choses sur mon passé et ça lui ouvrirait une porte que je n’avais aucune envie qu’elle ouvre. Prenant soudain conscience de ma proximité avec Flavio, je me reculais d’un pas. Je venais d’embrasser quelqu’un d’autre que ma petite amie et même si ça ne se reproduirait plus, même si je n’avais pas pour autant oublié Juliet, même si je n’étais pas à l’origine de ce baiser, je n’avais pas le droit de lui faire ça. Pas après ce que je lui avais déjà fait subir. Et le pire était sans doute que je ne l’avais pas repoussé, j’avais répondu, je n’avais pas pu m’en empêcher.

Perturbé par ce qu’il venait de se produire, je n’avais plus qu’une envie, me retrouver seul un moment. Parce que si Flavio continuait de me regarder comme ça, je n’arriverais jamais à faire le point et je n’arriverai jamais à me concentrer sur ce que je devais faire ensuite. J’avais presque envie de sortir en courant mais je devais fermer le bar et je ne voulais pas faire ça à mon ami. Après tout, je venais de le revoir pour la première fois depuis quinze ans, je ne voulais plus partir sans lui laisser de moyen de me recontacter. Troublé, je passais mes mains sur mon visage, tirant mes cheveux en arrière comme je le faisais souvent quand j’avais besoin de réfléchir.

« Je… Il faut vraiment que je ferme… et que je rentre… »

Mon ton était semblable à celui utilisé auparavant, quoique ma voix fût un peu plus forte. Alors que je réfléchissais à toute vitesse, mon regard qui fuyait celui de Flavio se posa sur un des calepins que l’on utilisait pour prendre les commandes et je m’en emparai, sortant mon crayon de ma poche pour écrire frénétiquement, d’une main tremblante, l’adresse de Juliet. Tout en le faisant, je me demandais si je ne ferais pas mieux de donner la mienne, celle de mon propre appartement, mais je n’y étais quasiment plus jamais. L’adresse de Juliet m’était venue naturellement. Je la considérais comme la mienne en fait, je vivais pratiquement là-bas. Je me tournai à nouveau vers l’italien qui me regardait toujours et lui tendis-le petit morceau de papier que je venais d’arracher.

« C’est mon adresse… si tu veux… passer… »

Mon bras tremblait devant moi alors que je relevais les yeux vers Flavio, le suppliant presque du regard de prendre mon papier et de partir pour que je puisse souffler. Je ne voulais pas paraître pressé de ne plus le voir, mais j’avais besoin de réfléchir un peu à tout ça et de rentrer chez moi.

© charney

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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Dim 18 Jan - 23:28

Somebody that I used to know
Adrian Alpert & Flavio Cavaletti
Il ne détourna pas le regard, ni la tête comme j’aurais pu m’y attendre, quand je lui exposai clairement ce que je pouvais attendre de lui et je le fixai l’esprit encore embrumé par le baiser et mes sentiments. Je n’arrivais plus à faire la part des choses, à trier, entre ce qui est bien et ce dont j’ai envie. D’un côté je voudrais Sal’ pour moi seul et je ferais tout pour l’obtenir et de l’autre, je ne peux pas lui faire ça après tout ce qu’il venait de me raconter… Alors quoi ? Je me retrouvais à être emprunt à des sentiments contradictoires qui me bousilleraient la vie pour les prochaines semaines, les prochains mois.
Doucement, tellement que je faillis ne pas sortir de mes pensées, Saldszar prit la parole, la voix brisée…

« ..Je…Flavio... J’aime Juliet… je… »

Je continuai à le regarder droit dans les yeux alors qu’il m’avouait à demi-mot que ça ne serait plus possible entre nous… et surtout, qu’il l’aimait. Mes entrailles se tordirent douloureusement et je me retins de grimacer et afficher un air déçu. Avais-je mal interprété le fait qu’il ait répondu à mon baiser ? Avait-il répondu tout simplement ? Presque au même moment je stoppais le contact alors peut-être que mon esprit avait simplement imaginé la sensation… J’en doutais pourtant, j’avais envie d’y croire. Ce toucher me paraissait si familier…
Me fixant toujours, il recula d’un pas et je continuai à l’observer, doutant soudain de ma capacité à décrypter les signaux venant de lui. Une seconde il se laissait embrasser, l’autre il me disait aimer la femme avec qui il partage maintenant sa vie… Et maintenant il semblait plutôt prêt à fuir à nouveau et agité intérieurement… Comme si il ne savait pas non plus lui-même se décrypter. Et comme pour faire écho à mes pensées, il passa sa main dans ses cheveux comme il le faisait quand il était perturbé, comme il y avait une quinzaine d’années… Quand il doutait de nos plans, il lui arrivait de se mettre dans cet état et il finissait toujours par ébouriffer sa tignasse, geste que j’aimais beaucoup, et je finissais par le rassurer. Mais là… Je n’arrivais pas trop à comprendre ce qu’il lui arrivait. Il n’arrivait même plus à me regarder dans les yeux désormais ! Cependant je dus arrêter d’essayer de l’analyser quand sa voix brisa à nouveau le silence.

« Je… Il faut vraiment que je ferme… et que je rentre… »

Sa phrase eut l’effet d’un coup de massue. Il voulait partir, fuir, réellement. J’avais tout gâché en l’embrassant de la sorte et maintenant je m’en voulais, terriblement. Je n’avais pas pu me contrôler, retenir l’envie de l’embrasser une dernière fois, et même si je ne regrettais pas le geste en lui-même, je regrettais de l’avoir fait aujourd’hui, maintenant, juste après qu’il se soit ouvert à moi… J’avais trahi sa confiance, en quelque sorte. Pourquoi fallait-il que je sois comme ça ?
Je ne compris pas à nouveau quand il attrapa quelque chose sur le comptoir après avoir soigneusement évité mon regard un petit moment. Je le regardai faire avec curiosité et sourit quand il sortit de sa poche quelque chose qui ressemblait à un stylo. Il écrivit frénétiquement, si ce n’est si rapidement que je me demandais si j’arriverais à lire ce qu’il allait écrire et, avec une courte hésitation, il se tourna vers moi pour me tendre le bout de papier.

« C’est mon adresse… si tu veux… passer… »

Je regardai son bras, tremblant, puis son visage implorant et je ne fis pas durer le suspens en prenant quasi instantanément ce qui me permettrait de le revoir par la suite. Puis l’information fit enfin son nid de mon esprit… Il voulait me revoir. J’allais le revoir. Il n’allait plus fuir et il allait me réintégrer dans sa vie. Malgré sa copine, malgré le baiser, malgré notre passé… Un espoir sans fin me prit d’un coup et je souris sincèrement pour ce que je crus la première fois de la soirée. Ce voyage n’avait pas été fait pour rien. Je ne retournerais pas en Californie, tout du moins pas pour y habiter ! J’allais récupérer mes affaires, ma voiture, et j’allais m’installer ici, à Toronto ! Mes pensées partirent dans tous les sens pour préparer tout. Cela me prendrait sûrement des semaines pour tout récupérer, déménager, revenir en voiture puis trouver un appartement et un nouveau job. Mais je voulais le faire, j’étais persuadé que c’était la meilleure chose à faire que seulement du bien en découlerait. Tout excité je regardai l’adresse qu’il m’avait écrite puis je rangeai irrévérencieusement la précieuse information dans mon portefeuille. Il me fixa, toujours à cran, et je compris enfin qu’il me congédiait.

« Merci… Je passerai… à l’occasion. J’ai pas mal de trucs à régler avant alors… »

Je me reculai un peu alors que je parlais avant de m’aviser et de combler à nouveau la distance entre nous. Cette fois-ci, je le pris dans mes bras amicalement comme j’aurais pu le faire avant même qu’on ait été ensemble et je restai ainsi quelques secondes, lui murmurant que j’étais désolé d’avoir déterré des souvenirs comme ça… Je me séparai ensuite de lui et cette fois je le saluai avec un petit sourire avant de me détourner et de sortir du bar à nouveau dans ce froid glacial.
Sur le pas de la porte d’entrée, je soupirai fortement, formant de la buée, avant de me mettre à marcher un peu pour trouver un taxi. J’en profitai pour faire un bilan de la soirée et tout ce que je trouvai à retenir, c’était que j’étais passé par toutes les émotions possibles et imaginables et que je ne savais plus quoi penser…J’avais retrouvé le Saldszar qui m’avait quitté lâchement sans un mot. J’avais été en colère, triste, détruit, et je me retrouvais à quand même être heureux de le revoir, à avoir de l’empathie pour lui… Comment pouvais-je encore penser à me venger ? Et pourtant pourquoi je n’avais pas envie de totalement tirer un trait comme ça ? Pourquoi je me sentais tout de même dépassé et mal ? Tout ce que j’avais appris ce soir tournoyait dans mon esprit ne me laissant aucun répits ni repos… Déclarant défaite, je soupirai en secouant la tête alors que j’hélai un taxi pour qu’il me récupère. Une chose était sûr, je n’allais pas beaucoup dormir cette nuit-là…
electric bird.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Somebody that I used to know ♠ Flavio & Adrian    Mer 28 Jan - 14:58




Somebody that I used to know
Heureusement pour moi, l'italien ne me fit pas attendre plus longtemps et s'empara du morceau de papier que je tenais dans une main tremblante. Alors qu'il m'observait encore quelques instants, avec une certaine perplexité, je laissai retomber le bras mollement le long de mon corps. Il avait l'air légèrement déstabilisé par mon comportement, comme s'il n'arrivait pas vraiment à l’interpréter et pour être honnête, je n'étais pas certain de comprendre moi-même ce qu'il m'arrivait. J'étais soudain atteint d'une panique indescriptible, qui me pétrifiait sur place et me donnait l'impression d'avoir un poids comprimant ma cage thoracique. Durant les quelques secondes qui suivirent, je ne bougeais pas, me contentant de fixer Flavio qui de son côté semblait légèrement perdu dans ses pensées, un sourire aux lèvres. Je n'essayais même pas de deviner ce à quoi il pouvait penser, ne sachant que trop bien que je ne pourrai de toute façon pas le savoir. Il jeta finalement un coup d’œil à mon adresse avant de la ranger dans son portefeuille et de relever les yeux vers moi. Je ne l'avais pas quitté des yeux, n’attendant plus qu'une chose : me retrouver seul pour pouvoir respirer. Il eu l'air de comprendre puisque tout en prenant la paroles il esquissa quelques pas en arrière.

« Merci... Je passerai... à l'occasion. J'ai pas mal de trucs à régler alors... »

En terminant sa phrase, il sembla se raviser et revint vers moi pour me prendre dans ses bras. Il me donna une accolade amicale et je me laissais faire, inexorablement immobile. Je l'entendis s'excuser pour avoir ramené tant de souvenirs juste avant de se détacher de moi avec un sourire avant de se détourner pour sortir. Je tournai sur moi-même pour suivre Flavio du regard, jusqu'à ce qu'il passe la porte et la referme derrière lui. Je restai encore stoïque un moment, à fixer l'entrée du bar avec un air hébété, réalisant à peine ce qu'il venait de se passer avant pousser un long soupir, libérant enfin tout l'air bloqué dans mes poumons. Mon corps entier se détendit et je du m'appuyer sur le bar pour ne pas que mes jambes me lâchent. Je restais comme ça un moment, à prendre de grandes inspirations pour calmer la panique qui s'emparait de moi.  

Mon esprit était un fouillis désordonné, je n'arrivai pas à y voir clair dans la multitude de questions et de souvenirs qui m'assaillaient. Je pensais à Flavio. Je pensais à Juliet. Je pensais à Charlie, à James, à Mathilde, à Anthony et à Lisa, je pensais au jeune flic qui m'avait reconnu, à l'homme qui avait péri dans l’explosion, je pensais à tout les gens que je connaissais et que j'avais pu connaître jusque là. J'avais l'impression de me souvenir de vies différentes, et tout ça me donnait terriblement mal au crâne. Alors que je fermais les yeux dans un espoir désespéré d'échapper à ces pensées, j'essayais de me concentrer sur Juliet. Qu'allais-je lui dire ? Est-ce que je devais lui parler de la visite de Flavio ? Évidemment, je devrais... Mais pour lui dire quoi ? Si je lui parlais d'un ancien ami, elle allait poser des questions.. D'un autre côté, c'était son adresse que j'avais donnée à l'italien. Et si il passait alors que je n'étais pas là ? Et si il racontait tout à Juliet ? Quand bien même je serais à l'appartement quand il déciderai de venir, comment allais-je expliquer sa présence à Juliet ? Comment pourrait-elle réagir en découvrant soudain une personne tout droit sortie de mon passé, celui-là même que je m'efforçais encore de cacher ? Elle allait forcément se poser des questions. Me poser des questions. Lui poser des questions. Il fallait que je lui en parle avant. Mais j'en étais incapable.

Avec un nouveau soupir, je me retournai pour m'adosser au bar et me laissais glisser lentement sur le sol. Comment avais je pu en arriver là ? Tout ces mensonges, toutes ces questions, toutes ces choses que je refusais d'admettre... J'avais préféré oublier pour ne pas me rendre fou. Mais visiblement, le passé me rattraperait toujours. Revoir Flavio m'avait fait l'effet d'un coup de massue. Lui raconter ce que j'avais vécu aussi. Et je ne voulais même pas essayer de comprendre ce qu'il s'était passé quand il m'avait embrassé. Je ne savais pas quoi penser de ce retour. J'étais heureux de retrouver mon ami, même si je m'en voulais de l'avoir laissé à son sort sans nouvelles, même si je n'étais pas certain de ce qu'il voulait exactement. D'un autre côté ça me faisait angoisser de savoir qu'il connaissait autant de choses sur moi, de savoir qu'il avait pu me retrouver malgré mes efforts pour disparaître. A côté de toute la culpabilité que je pouvais ressentir, il y avait aussi cette peur d'être retrouvé, cette peur indescriptible qui ne m'avait pas quitté depuis le début de ma fuite. Je ne voulais pas finir en prison. Je savais que je le méritais, qu'après tout j'avais commis un crime et qu'il était normal que je paye pour ça, tout comme Flavio et James avaient payé. Je le savais, et pourtant je n'avais pas assez de courage pour me rendre, pour expliquer tout ça à Juliet, je n'avais pas assez de courage pour assumer mes responsabilités. Tout comme je n'avais pas eu le courage d'en finir, toutes ces fois ou j'avais hésité après avoir abandonné Juliet.

Je ne savais pas depuis combien de temps j'étais assis là, à fixer un point fixe dans le vide, quand je repris soudainement mes esprits. Il fallait que je rentre. J'avais prévenu Juliet que je faisais la fermeture et que j'allais rentrer tard mais je ne voulais pas qu'elle s'inquiète. D'un mouvement presque mécanique, je m'appuyais sur mon bras pour me relever, fermait les lampes encore allumées et attrapait les clés sur le comptoir pour refermer la porte derrière moi avant de me diriger à pas lents vers la rue de Juliet, essayant de relativiser. Certes, Flavio était revenu. Je lui avais laissé un moyen de me retrouver. Mais peut-être que tout allait bien se passer. Peut-être que cette fois, c'était la bonne. J'avais déjà vécu tant de choses après tout, tout cet engrenage allait bien s'arrêter un jour, non ?

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