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 [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian

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Juliet Carlson


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CREDIT : ava : casielsilencio
MessageSujet: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Ven 31 Oct - 14:26


   
ce qu'il reste de toi
Un jour de février, un invisible froid, des souvenirs à trier, ta chaleur sur le sable, des batailles dans la neige, un sentiment coupable, mon âme qui te protège.
Cela faisait quatre jours et douze heures que j’avais revu Adrian. Oui, j’étais à un point de ma douce folie où je comptais même les heures. Voire les minutes, mais j’avais perdu légèrement le compte, ce matin-là. J’étais inquiète, parce qu’Adrian n’avait toujours reparu et je ne pensais pas qu’il mettrait autant de temps à rappliquer. Peut-être qu’en réalité, il avait fui pour de bon. Peut-être que je m’étais trompée, sur toute la ligne, et qu’en lui demandant de m’accorder un peu de temps, j’avais détruit le seul espoir que j’avais de le retrouver et de le garder près de moi. En fait, je commençais à croire que peut-être, en deux ans et demi, Adrian avait oublié où était situé notre appartement, enfin le mien, désormais. A son départ précipité, j’avais contacté mon agence immobilière et j’avais expliqué ma situation. Je n’avais pas envie de partir de cet endroit que j’aimais tellement et que je détestais très fort à la fois, et si on ne m’avait pas vraiment épargnée au niveau du loyer, on avait quelque peu adouci mes charges. Parfois, quand les fins de mois étaient difficiles, je regrettais amèrement la France et son système social tellement mieux développé que celui auquel on avait droit ici. Mes allocations me manquaient, parfois. Non pas que je les ai vraiment connues, parce que je n’avais jamais rien eu à payer en France, mais je connaissais tout ça de ma mère, qui était restée là-bas. Bref, cet appartement à Toronto était toute ma vie, avec ou sans Adrian, et je n’avais pu me résoudre à partir. Et s’il avait oublié l’adresse ? Et s’il ne voulait pas revenir ici, de peur d’être assailli de souvenirs ? Pourtant, c’était tout ce que je lui avais demandé. De passer simplement. Ce n’était pas grand-chose, et puis, si moi je vivais là-dedans quotidiennement, avec la dose de souvenirs que ça apportait, il pouvait bien y venir pendant quelques heures, non ?

Passer du chaud au froid n’avait jamais été mon genre. Du plus loin que je me souvienne, j’avais toujours été très directe, très droite et quand je voulais quelque chose, je faisais tout pour l’obtenir. C’était effarant de voir à quel point j’avais pu changer. Si mon but était simple et unique – récupérer Adrian – le chemin pour y parvenir était complexe et parsemé d’embuches. S’il n’y avait que ça, en plus… C’aurait pu être simple, mais non. Pour bien compliquer le tout, j’avais développé une psychologie légèrement différente. Parfois, je me considérais comme dingue, mais le psy qui m’avait suivie après la mort de Charlie et le départ d’Adrian m’avait dit que c’était une réaction normale, que je n’avais pas à m’inquiéter. Après deux ans et demi de « folie », je commençais à croire que le psy – que j’avais arrêté de voir, pour le coup – s’était trompé. J’avais des jours avec et des jours sans, selon mes collègues. Apparemment, elles pourraient même le remarquer maintenant, tellement elles en avaient l’habitude. En fait, je n’avais jamais été une grande actrice, et je n’étais pas très douée pour cacher mes sentiments. Surtout, je n’avais pas envie de les cacher. Pour quoi faire, après tout ? Pour faire croire au monde que j’allais bien, alors que c’était faux ? Je n’allais pas dépenser mon énergie alors que j’étais pire que plus bas que terre. Adrian me manquait, Charlie me manquait et je n’avais plus vraiment de raison de vivre… à part pour l’attendre.
Au début, j’étais convaincue qu’Adrian allait rentrer à la maison, qu’il était simplement parti pour faire le point avec lui-même, qu’il s’était éloigné pour mieux revenir, en pleine forme et prêt à remettre de l’ordre dans notre famille, ou plutôt dans notre couple. De fait, j’avais attendu, et attendu, et attendu encore, pendant des jours, des semaines et finalement des mois. J’étais persuadée qu’il fallait que j’attende. Chaque soir, je pleurais jusqu’à ce que je m’endorme parce qu’Adrian n’était pas rentré. Chaque matin, je retrouvais l’espoir de retrouver l’homme de ma vie et je tenais un jour de plus. Par la suite, j’avais compris qu’il ne rentrerait pas, mais l’attendre était devenu une habitude et j’avais besoin de ça pour tenir, pour aller travailler, pour survivre.

Aussi, quand je l’avais revu, au théâtre, j’avais cru à une hallucination, avant de remarquer qu’il était bel et bien véritable, qu’il était devant moi et qu’il était en vie. J’avais aussi cru qu’il pouvait être mort. Depuis le théâtre, cette perspective n’était plus à considérer, bien sûr, mais j’avais compris aussi qu’il était fragile, et que de fait, ça aurait pu arriver. Et si c’était arrivé, qu’aurais-je fait ? Je ne l’aurais jamais su, certainement, mais j’aurais donc attendu toute ma vie ? Je frissonnai à l’idée.
Désormais, je l’attendais. Je lui avais dit de venir me retrouver ici et j’attendais qu’il se pointe. Je n’avais rien précisé, en gageant qu’il se souvenait encore de mes horaires de travail. A l’époque, on se connaissait par cœur, du moins, on connaissait par cœur nos vies actuelles, et pas nos passés. Je savais qu’il viendrait un soir, je ne doutais pas de lui, mais depuis quatre jours, je me demandais combien de temps ça prendrait. J’étais presque furieuse contre lui parce qu’il attendait trop, selon moi. Preuve irréfutable de ma sorte de folie, c’était que j’aurais dû être furieuse contre moi-même, et pas contre Adrian. C’était moi qui lui avais demandé d’attendre, parce qu’il me fallait du temps. Ce n’était pas de sa faute s’il attendait.

La journée avait été longue, à la boutique. En semaine, on avait toujours moins de monde que le samedi, et de fait, être quatre vendeuses pour trois clients,  ça devenait lourd. On tournait, on faisait des pauses, on dérangeait et on rangeait les boîtes de chaussures, on vérifiait que les réserves étaient bien remplies, mais au fond, on s’ennuyait de pied ferme, et surtout, on avait le temps de penser, de réfléchir. Du coup, je repensais à Adrian, encore plus que d’habitude. Jenny avait voulu me changer les idées en allant au théâtre, mais ça n’avait pas fonctionné à cause de lui. Elle avait bien remarqué que quelque chose avait changé, et elle m’avait de suite demandé ce qu’il y avait. Je n’avais pas pu lui mentir et je lui avais tout dit, tout ce qu’il s’était passé… Elle était aussi ravie que méfiante et m’avait demandé de faire bien attention à moi, parce que ce type était bizarre et que j’allais peut-être y laisser des plumes. J’y en avais laissé déjà suffisamment, selon elle… et selon moi aussi, mais c’était un désir incontrôlable, c’était une pulsion irréfrénable. Je l’aimais, et il me manquait.
Aussi, en rentrant chez moi, j’avais été encore une fois surprise et furieuse de ne pas le voir attendre devant la porte. J’avais fermé cette dernière en la claquant et j’avais plongé sur mon canapé en me blottissant contre un coussin, du plus fort que je pouvais, en laissant libre cours à mes idées noires. Est-ce qu’il m’avait abandonnée une fois de plus ? Est-ce que je n’allais plus jamais le revoir ? Que ferais-je, après ça ? Je n’avais envie de voir personne, de ne parler à personne, convaincue alors que c’était foutu, que j’allais être seule jusqu’à la fin de ma vie. Pourtant, quand la sonnette de l’interphone retentit, mon souffle se coupa, mon cerveau s’anima et mes jambes me portèrent à toute vitesse jusqu’à l’entrée où je laissai entrer le visiteur, en priant tous les dieux possibles et existants pour que ce soit Adrian qui entre, et pas un simple voisin qui aurait éventuellement oublié ses clefs.

Quelle joie, quand je vis que c’était bien lui qui était là, devant moi, de nouveau en chair et en os. Je le détaillai deux secondes avant de le laisser entrer. Il avait l’air fatigué, ses cernes lui couvraient une bonne partie du visage et sa barbe – d’habitude plutôt soignée – se battait avec elle-même en poussant n’importe comment. Et pourtant, je le trouvai beau, naturellement. Je ne sus comment me comporter, au départ. Je ne savais si je devais le prendre dans les bras, l’embrasser, le serrer jusqu’à nous étouffer tous les deux ou bien simplement le laisser entrer et ne rien faire. J’avais perdu tous mes repères et je comptais sur lui pour me les rendre, en espérant que ses automatismes à lui reviendraient. J’étais toujours en colère, mais cette fois, je ne savais pas contre qui ou quoi. Ce n’était pas contre lui : il était bien venu, quand même. Ce n’était pas contre le destin, qui n’avait pas fait sa pute avec moi. C’était peut-être contre moi-même, parce que j’avais été trop idiote en croyant qu’il n’allait pas revenir… Quoi qu’il en soit, mes sentiments se mélangeaient déjà, et mon indécision ne m’aidait pas du tout. J’espérais vainement qu’il ait les idées plus claires que moi ; vu sa tête, c’était mal barré, bien sûr. Où tout cela pourrait nous mener ? Aucune idée, mais ce que je savais, c’était que soit on allait droit dans le mur, soit on filait vers le nirvana.
   
(c) AMIANTE
   


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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

   (c) crackle bones


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Dernière édition par Juliet Carlson le Sam 13 Déc - 15:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Sam 1 Nov - 11:50

Ce qu'il reste de toi ✩
What good could I do in a life without you? What more could I lose than what I found in you? What words could I use to tell all this to you?

Le problème quand quelqu'un vous dit qu'il a besoin de temps, c'est que "du temps", ça n'est pas vraiment une donnée définie. Comment savoir ce que Juliet entendait par là ? Est-ce qu'elle avait besoin de quelques heures, quelques jours, quelques semaines, voire plus ? Je n'en savais absolument rien, et si en partant du théâtre quelques jours plus tôt j'étais déterminé à me rendre à notre ancien appartement, plus le temps avançait, moins j'étais décidé. Est-ce que j'étais en train de me dégonfler, de me chercher des excuses pour ne pas avoir à remettre les pieds là-bas, ne pas avoir à affronter à nouveau le regard blessé de celle que j'avais lâchement abandonnée ? Parce que oui, j'appréhendais le moment ou je passerais la porte et je retrouverais cet endroit qui abritait tant de souvenirs. Je n'étais pas quelqu'un de matérialiste, je ne m'attachais pas à des objets où des endroits, mais ça ne voulait pas dire pour autant qu'ils ne pouvaient pas être remplis de souvenirs. Mais de toute façon, pouvais-je vraiment continuer à essayer d'oublier ça ? J'avais pris ma décision, je voulais revoir Juliet, je voulais revenir vivre avec elle, je ne voulais plus jamais la quitter, tant que c'était ce qu'elle voulait elle aussi. J'étais bien conscient que ce n'était pas la solution la plus facile, et je savais que ce serait dur pour nous deux. La mort de Charlie puis mon départ avait brisé quelque chose qui ne pourrait jamais être réparé, on ne pouvait simplement pas faire une croix sur ces deux années et quelques mois. Plus rien ne serait comme avant.

Les quatre jours qui avaient suivit notre discussion au théâtre, je les avais passé à penser à elle, à nous, à ce que j'allais faire et à comment elle allait réagir, à me demander si elle aussi elle avait l'esprit encombré où si elle avait repris sa vie normalement. Chaque soir en rentrant du boulot, je me demandais si je devais aller la voir. Le deuxième jour j'avais même commencé à me diriger vers son quartier avant de me raviser, me disant que c'était peut-être trop tôt. J'hésitais, j'étais dans le flou et en plus je n'avais aucune idée de quoi lui dire en arrivant là-bas. Je ne parvenais pas à avoir les idées claires, et ça me rendait complètement fou. Que faire ? Quand le faire ? Comment le faire ? Elle ne m'avait pas laissé assez d'indices pour que je puisse comprendre tout ça par moi-même ! En réalité, j'imaginais qu'elle ne devait pas trop savoir, elle non plus. Est-ce qu'elle, elle savait ce qu'elle voulait, ce qu'elle comptait faire ?

Je ne sais pas vraiment comment je me suis retrouvé devant notre ancien immeuble, au final. J'avais été travailler comme d'habitude et, sans que je m'en rende réellement compte, mes pas m'avaient guidés ici. Je n'étais toujours pas plus avancé sur ce qu'il allait se passer, mais pour une raison quelconque, j'avais décidé que ce serait aujourd'hui. Après tout, si ces quatre jours et quelques heures pouvaient sembler être une courte période, ils m'avaient paru vraiment très longs. Si c'en était de même de son côté... il était temps que je vienne. J'hésitais pendant plusieurs minutes avant de sonner à l'interphone, approchant la main du bouton avant de la retirer pour la passer dans mes cheveux, je faisais les cents pas sur le trottoir devant l'entrée et les gens du quartiers devaient commencer à se demander ce que je foutais devant cette porte à tourner sur moi-même et à m'asseoir avant de me relever presque aussitôt. Qu'allais-je lui dire ? Et puis, comment allais-je réagir en entrant là ? Déjà rien que l'entrée du bâtiment faisait remonter des souvenirs à la surface. Je n'osais imaginer ce que j'allais ressentir une fois là-haut.

Prenant mon courage à deux mains, j'appuyais soudain sur l'interphone. Me poser des questions et hésiter ne servait à rien, de toute façon je ne trouverais pas de réponse à mes questions comme ça. Peut-être qu'en voyant Juliet je saurais quoi dire. Un grésillement sonore retentit et je poussais la porte pour entrer, le coeur battant. Je ne pouvais plus reculer cette fois, il fallait que je me lance. Une fois dans l'ascenseur, je jetais un rapide coup d'oeil à mon reflet dans le petit miroir qui se trouvait là. Il me renvoyait l'image d'un homme fatigué, le teint blafard, avec de grandes cernes sous les yeux, et je remarquais que je n'avais pas fait grand chose pour soigner mon apparence ces derniers jours. Je comprenais mieux les commentaires de mes collègues, qui m'avaient demandé si j'allais bien. Je faisais presque peur comme ça. J'essayais vainement de me redonner une figure à peu près présentable mais les portes s'ouvrirent et en quelques secondes j'étais devant la porte de l'appartement qui fut un jour le lieu ou je vivais. Et tout à coup, j'eu une bouffée d'angoisse. Je ne voulais plus du tout revenir là, j'étais même quasiment prêt à faire demi-tour, à rentrer chez moi en courant et à emballer toute mes affaires pour sauter dans le premier avion. Qu'est ce que j'étais en train de faire ? Ca ne pourrait jamais marcher, c'était sur ! Notre fils était mort, je l'avais abandonnée sans explication et pour couronner le tout elle ne connaissait même pas ma véritable identité. Comment pouvais-je imaginer que tout ça donnerait quelque chose de bon ? Pourtant, malgré ce que me criait ma raison à m'en donner mal à la tête, je me vis lever le bras pour frapper à la porte. Je ne savais pas ce que je faisais, mais je savais pourquoi je le faisais. J'aimais Juliet, et maintenant que je l'avais revue, je ne pouvais juste pas partir comme ça. Quoi qu'il m'en coute, je voulais la retrouver. Peu importe ce que ça allait amener comme souffrances, comme peines, comme souvenirs, je devais être avec elle.

La porte s'ouvrit sur Juliet et nous restâmes immobile un instant, l'espace de quelques secondes avant qu'elle ne me laisse entrer sans un mot. J'avais juste envie de la prendre dans mes bras, de l'embrasser et de la serrer fort contre moi, mais je ne savais pas trop comment réagir, je ne savais pas ce que j'étais censé faire exactement. Elle m'avait dit de passer mais qu'est-ce qu'elle voulait exactement ? Est-ce qu'elle cherchait encore des explications ? Ne sachant pas vraiment que faire, je parcouru la pièce des yeux et mon coeur se serra légèrement dans ma poitrine. Ca n'avait pas changé. Les mêmes meubles, la même peinture sur les murs, le même tapis... Je restai un instant planté là, à observer les lieux comme un détective qui chercherait des indices sur une scène de crime.

« Je... ça n'a pas changé.»

En réalité, en y regardant bien, je pouvais voir que c'était faux. Certains meubles n'étaient plus les même, il y avait de nouveaux cadres au mur, des choses comme ça. Le genre de changement qui peut s'opérer sur n'importe quelle habitation en l'espace de deux ans et demi, en somme. Pourtant, en revoyant la pièce, j'avais l'impression d'avoir fait un bon dans le temps. Je me détachais de ma contemplation béate et me tournait vers Juliet. Elle était restée ici tout ce temps, et je n'avais aucune idée de comment elle avait pu faire ça. A chaque fois qu'il m'arrivait un truc, je fuyais parce que c'était trop dur d'oublier quand chaque chose autour de nous faisais remonter des souvenirs. Pourtant, elle était encore ici, dans le même appartement. L'espace d'une seconde je me demandais ce qu'elle avait fait de la chambre de Charlie, mais je chassais aussitôt cette pensée de mon esprit. Je ne voulais pas savoir, pas tout de suite.

« Je suis là. »

C'était un peu idiot de dire ça comme ça, décrire des faits observables et évident était inutile, mais je n'en revenais pas vraiment moi-même d'être bien là. J'étais revenu, malgré ce que ma raison, qui s'apparentait à une sorte d'instinct de survie, m'avait dicté. J'avais simplement choisi d'écouter mon coeur cette fois, et de voir où ça pourrait me mener.


electric bird.
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Juliet Carlson


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CREDIT : ava : casielsilencio
MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Sam 1 Nov - 14:05


 
ce qu'il reste de toi
Un jour de février, un invisible froid, des souvenirs à trier, ta chaleur sur le sable, des batailles dans la neige, un sentiment coupable, mon âme qui te protège.
En le laissant entrer dans l’appartement, j’eus une pensée un peu idiote et un peu folle : nous ne pouvions plus faire machine arrière, et l’issue de cette rencontre serait rapidement connue. Soit nous trouvions une solution pour « effacer » le malheur des derniers mois, soit nous n’en trouvions pas. Soit je réussissais à lui pardonner, soit je n’y arriverais pas. C’était aussi simple que ça, et pourtant, j’avais l’impression que cette épreuve-ci serait presque plus difficile que d’enterrer mon fils seule. Alors que je restais silencieuse, ne désirant pas parler avant lui, je vis qu’il regardait l’endroit avec curiosité et également une douleur sourde. Bien sûr, c’était la première fois depuis qu’il était parti qu’il revenait ici et même si l’appartement avait évolué, niveau décoration, mobilier et tout ça… c’était toujours le même lieu, emplis de souvenirs, de bonheurs et de peines. C’était une habitude à prendre, et il ne l’avait pas, cette habitude, du moins pas pour l’instant.

« Je... ça n'a pas changé. »

Je haussai les épaules à cette remarque. Bien sûr que si, ça avait changé, mais je comprenais le véritable intérêt de sa phrase. Je ne savais pas, cependant, s’il disait ça par pure nostalgie, ou bien en reproche. Après tout… ça pouvait le refroidir de voir que rien n’avait fondamentalement changé. Evidemment, j’avais eu besoin de changements. J’avais voulu changer quelques meubles pour ne plus me morfondre dans l’appartement que nous avions fondé lui et moi. Les objets qui me le rappelaient trop, je les avais fait dégager. Lors d’une crise de nerfs plutôt violente, suivie d’une déprime évidente et fatigante, j’avais pris deux ou trois cartons à la boutique et en rentrant j’avais pris les affaires d’Adrian, et je les avais balancées dedans, en les scellant et les plaçant… dans la chambre de Charlie. Je n’avais pas eu la foi de m’en débarrasser pour de bon, mais je ne voulais simplement plus les voir. Les mettre dans la chambre de Charlie, c’était le moyen le plus sûr pour que je ne les vois plus. Depuis son enterrement, je n’avais pas touché à cette chambre. Je n’y étais plus rentrée depuis deux ans, depuis ce soir de déprime trop violente. Encore aujourd’hui, je n’y retournais pas, mais peut-être qu’Adrian voudrait y aller, même si j’en doutais. Après tout il n’avait même pas été là pour moi, alors pourquoi voudrait-il faire un tour dans la chambre de son fils ?

« Je suis là. »

En haussant les sourcils dans un geste condescendant que je regrettais immédiatement après, je faillis lui répondre que je voyais bien qu’il était devant moi en effet. J’étais encore en colère pour je ne savais quelle raison, mais ce n’était pas sur lui que je devais passer mes nerfs. Il n’avait rien fait pour mériter ça. Du moins… pas la dernière fois que l’on s’était vus. Si je devais m’énerver sur lui, ce serait pour la dernière fois qu’il était sorti de cet appartement. En réalité, je comprenais qu’il me fasse la remarque. Il voulait me faire comprendre qu’il était venu, qu’il n’avait pas été lâche et que je devrais en être contente. Alors oui, je l’étais, contente. Très contente même, parce que nous pourrions discuter calmement et éventuellement envisager un potentiel futur. Il fallait que je fasse un effort considérable, proportionnel au sien…

« Tu veux boire quelque chose ? »

Ca me paraissait tellement bizarre de lui demander ça. Il avait vécu ici, c’était autant son appartement que le mien à l’époque, et il n’avait pas besoin de moi pour se servir quelque chose à boire, s’il avait soif. Mais je voulais dire quelque chose et c’était la seule qui m’était arrivé à l’esprit. J’eus honte de moi, ce n’était pas comme ça que j’avais été élevée, mais mes principes avaient quelque peu foutu le camp, depuis le départ d’Adrian. Je mettais un masque chaque matin pour aller travailler et pour être aimable avec mes clients, mais dès que je rentrais, je pouvais envoyer bouler chaque personne qui se mettait en travers de mon chemin.
En soupirant, je me dirigeai vers la cuisine, Adrian sur les talons. Il observait encore les lieux, sans rien ajouter et ça me stressait légèrement. Et si l’appartement ne lui plaisait plus ? Et puis, de toutes façons, il devait avoir un autre endroit pour vivre, désormais. Je ne savais même pas où il était, où il travaillait… En fait, je trouvais qu’une fois de plus, nous avions bien plus parlé de moi que de lui. A la limite, j’étais simplement curieuse de son passé, mais je m’en fichais. Dans l’immédiat, ce que je voulais, c’était son présent, sa vie, comme cinq ans auparavant. Evidemment, j’étais furieuse qu’il ne m’ait rien dit, qu’il m’ait menti même sur sa vie, sur son histoire… mais il avait sûrement de bonnes raisons. Désormais, je voulais tout connaître de lui, je savais que ça ne se ferait pas en deux secondes, mais j’allais y parvenir. Néanmoins, mon but ultime, c’était simplement de le récupérer… ou de le jeter pour de bon !

« J’ai cru que tu n’allais pas venir… »

Faute avouée, à moitié pardonnée, dit-on. Je pensais que c’était une bonne idée de lui avouer mes doutes quant à sa venue. Il ne parut même pas surpris que je lui dise cela, comme s’il savait à l’avance que je douterais de lui. Ca m’attrista encore plus. D’un côté, parce qu’il me connaissait encore par cœur, de ce fait, et d’un autre côté, parce qu’il avait sans doute dû y penser aussi, à ne pas venir. S’il n’était pas venu, qu’aurais-je fait ? Quel était l’intérêt de rester à l’attendre toute ma vie ? Je n’osais imaginer ce que j’aurais pu faire si jamais il n’était pas venu … soit je l’aurais cherché dans toute la ville, soit j’aurais tout abandonné. Tout.

« J’ai réfléchi ces derniers jours… je me demandais ce qu’on pourrait faire tous les deux. Tu sais… pour le futur et tout ça… mais avant ça, je veux savoir ce que tu as fait. Tout ce que tu as fait depuis que tu es parti ! Puisque c’est ce que tu fais, partir ! »

Encore une fois, ma voix trembla plus que de raison, et je dus baisser les yeux et me concentrer sur ce que je faisais pour ne pas craquer. Je sentais déjà mes nerfs lâcher, mes larmes se former et je ne devais pas – je ne voulais pas ! – pleurer. Il en était hors de question, j’étais plus forte que ça, j’avais surmonté beaucoup de choses et ce n’était pas Adrian qui me ferait pleurer. Plus maintenant, et plus jamais ! Pas de tristesse en tout cas. Alors, je me concentrai sur les verres que j’étais en train de remplir et je pris mon temps pour ranger méthodiquement ce qui avait besoin d’être rangé ou non, avant d’être parfaitement calme et de nouveau le regarder dans les yeux, quelques instants plus tard.

« Alors ? demandai-je en posant mes mains sur mes hanches. »

En réalité, on pouvait que j’étais pressée, mais je voulais simplement que ce soit fait et qu’on puisse passer à autre chose. J’en avais plus qu’assez d’être dans l’ignorance, et je savais pertinemment qu’il ne me dirait rien de plus sur son passé pour le moment. Je l’avais compris et c’était dur pour lui. Je n’allais pas être chiante et je n’allais rien lui demander. Mais en contrepartie, il fallait qu’il me dise tout. Où il était allé, ce qu’il avait fait, où il habitait désormais et où il travaillait, s’il avait eu quelqu’un dans sa vie, qui il fréquentait, pourquoi, comment, combien de fois par semaine. S’il s’y prenait bien, tout ceci pourrait être expédié en dix minutes, un quart d’heure maximum et nous pourrions éventuellement avancer, par la suite…
 
(c) AMIANTE
 

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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Sam 8 Nov - 20:13

Ce qu'il reste de toi ✩
What good could I do in a life without you? What more could I lose than what I found in you? What words could I use to tell all this to you?

Remettre les pieds dans cet appartement était aussi difficile que je l'avais imaginé. En observant le canapé, j'y revoyais Juliet, quelques années plus tôt, tenant Charlie dans ses bras en lui parlant doucement pour essayer de le calmer. Je pouvais voir que toutes les affaires que j'avais pu laisser ici dans ma fuite, qu'il s'agisse de livres ou autre cadres avaient disparus. Je ne pouvais pas lui en vouloir, loin de là. D'ailleurs je me fichais totalement de ce qu'elle avait pu faire de mes affaires, je n'en avais pas beaucoup et j'y accordais peu d'importance. De toute façon, j'avais l'habitude de ne pas m'attacher à des objets, vu ma légère tendance à tout abandonner derrière moi sans jamais revenir. Y compris les gens que j'aimais. Mais cette fois, ça allait être différent. Je ne pouvais pas abandonner Juliet, je ne pouvais pas lui faire ce que j'avais fait à Mathilde... même si je l'avais déjà en partie fait, en fait. Mais j'étais là à présent, j'étais revenu et je comptais bien rester. Du moins... si Juliet le voulait aussi. Je continuais à penser que ce n'était pas forcément une bonne idée, mais je ne pouvais pas faire autrement, je ne voyais plus ma vie sans elle et la revoir au théâtre me l'avait fait réaliser. Une question traversa soudain mon esprit. J'aimais aussi Mathilde. Est-ce que j'aurai ressenti la même chose si je l'avais revue avant de partir pour le Canada ? Est-ce que j'aurais réalisé que je commettais une erreur ? Je chassais immédiatement cette idée de ma tête. Ce n'était pas comparable. J'étais obligé de quitter les état-unis, de tout façon. Et Juliet n'était pas Mathilde. Ma vie avec elle m'avait rendu bien plus heureux que les dix ans passés avec ma femme et mes enfants, même si je me sentais horrible de penser cela.

Juliet ne sembla pas vraiment réagir à ce que je venais de dire, et après tout ça se comprenais, je devais avoir l'air un peu idiot à contempler les lieux comme ça en lui faisant remarquer que j'étais là. Elle me proposa à boire et j'acquiesçais simplement, la suivant vers la cuisine en continuant d'observer l'endroit. C'était si bizarre d'être ici en tant qu'invité, j'avais en même temps une impression familière et aussi celle d'être un intrus, de ne plus y avoir ma place. Après tout, cet appartement, c'était celui de Juliet. Elle l'avait avant moi et il était normal qu'elle le garde après, même si je savais que je n'aurais pu faire de même de mon côté. Du coup je ne savais pas vraiment comment me comporter, est-ce que je devais faire comme n'importe quel invité ou bien... ? Pour ne pas avoir à devoir trouver de réponse à cette question, je me contentais de ne rien faire de particulier, je restais juste debout près de Juliet qui avait maintenant attrapé deux verres.

« J’ai cru que tu n’allais pas venir… »

Je restai silencieux face à cette déclaration, après tout que pouvais-je répondre à ça ? Evidemment qu'elle avait du douter, j'avais douté moi même. Je ne pouvais pas lui en vouloir, comment pourrait-elle avoir confiance en moi après ce que je lui avais fait ? C'était ridicule d'imaginer que tout allait redevenir comme avant, qu'elle allait à nouveau me faire confiance les yeux fermés. Elle aurait sans doute une sorte de méfiance constante à mon égard et d'ailleurs... elle n'avait pas tort. Parce que je continuerais tout de même de lui cacher certains détails à propos de mon passé, des choses que je ne pouvais pas avouer. Et qui, de toute façon, n'étaient pas nécessaire d'être évoquées. C'était derrière moi, loin derrière et d'ailleurs ce n'était pas vraiment moi qui avait commis ces actes. C'était Saldszar Bentham qui en était responsable, et je n'étais pas cet homme, je refusais de l'être.

« J’ai réfléchi ces derniers jours… je me demandais ce qu’on pourrait faire tous les deux. Tu sais… pour le futur et tout ça… mais avant ça, je veux savoir ce que tu as fait. Tout ce que tu as fait depuis que tu es parti ! Puisque c’est ce que tu fais, partir ! »

Cette fois, je relevais les yeux vers elle. J'avais senti la tension dans sa voix et au vu de la manière dont elle tremblait je devinais qu'elle avait du mal à contrôler ses émotions. Elle voulait savoir ce que j'avais fait pendant ces deux dernières années, alors ? Je m'étais attendu à des questions, mais plutôt sur mon passé, suite à ce qu'il s'était passé devant le théâtre quelques jours auparavant. Une fois qu'elle eu fini ce qu'elle faisait, elle se tourna vers moi et me regarda enfin en face.

« Alors ? »

Elle avait l'air plutôt impatiente, mais je ne savais pas vraiment par ou commencer. Je ne pouvais pas dire qu'il s'était passé plein de choses en deux ans et demi, mais pas mal de trucs avaient changés. Mon appartement, mon job, mes fréquentations,... Ca avait été plus difficile que d'habitude de disparaitre, parce que j'avais choisi de rester à Toronto quand même. Parfois, je croisais des connaissances communes à Juliet et moi et je faisais alors tout pour les éviter, de peur qu'ils n'en parlent à Juliet justement... Et puis de toute façon, comment auraient-ils réagit en me voyant ? J'étais le salaud qui s'était barré après la mort de son fils, laissant sa fiancée l'enterrer seule sans donner aucune nouvelles. Si il y avait un camp à choisir ou quoi que fasse les amis communs dans ce genre de situation, c'était du côté de Juliet qu'il se seraient rangés, et je n'avais aucune envie de me faire remontrer sur un pareil sujet. D'ailleurs j'avais tout fait pour que rien ne me rappelle Juliet.

« Je... J'ai trouvé un appart près du lac, à Waterfront, commencais-je. J'aime bien ce quartier parce que... »

Je m'interrompais immédiatement. Si j'avais cherché dans ce quartier, c'était parce qu'il était assez éloigné de celui de Juliet pour ne pas que je la croise par hasard. Je ne pouvais pas lui dire ça.

«... parce que c'est calme, repris-je. J'ai aussi changé de job, je suis serveur dans un bar pas très loin du théâtre. »

Je me stoppais à nouveau, en me rendant compte que tout ce que j'avais changé depuis ces deux années, c'était dans le but de ne plus la voir, de ne plus la croiser. Moi qui pensait que parler de ce laps de temps serait plus facile que lui exposer une partie de mon passé... Enfin il était trop tard maintenant, j'avais commencé il fallait que je continue. Je repris une nouvelle fois, sur un ton toujours aussi embarrassé.

« Sinon, j'ai pas grand chose à dire. J'ai vécu de façon assez routinière, je bossais, je mangeais, je dormais... Rien de trop palpitant... »

Cette routine que je m'étais installée me convenais plutôt bien, j'essayais d'être constamment occupé pour ne pas avoir à me souvenir et ça fonctionnait plutôt bien. J'avais une sorte de don pour faire abstraction de ce genre de choses, il fallait croire... Je me rendit soudain compte que j'avais parlé au passé. Pourquoi j'avais fait ça ? Est-ce que je considérais qu'à partir de maintenant, ça avait changé ? Est-ce que Juliet allait penser que c'était ce que je sous-entendais ? Plus je parlais, plus j'avais l'impression de m'enfoncer. D'abord, je lui faisais comprendre que tout ce que j'avais voulu, c'était ne plus la voir et maintenant elle risquait de penser que je la considérais comme acquise... alors que pas du tout !

« Et toi ? Tu bosses toujours dans ce magasin de chaussures ? »

En réorientant la conversation sur elle, j'espérais me sortir un peu de mon embarras, même si je me doutais que Juliet n'allait pas me laisser esquiver ses futures questions...

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Dim 9 Nov - 12:39


 
ce qu'il reste de toi
Un jour de février, un invisible froid, des souvenirs à trier, ta chaleur sur le sable, des batailles dans la neige, un sentiment coupable, mon âme qui te protège.
Tremblante comme une feuille, à deux doigts de m’effondrer par terre tant la pression était forte sur moi, j’essayais de garder bonne figure pour ne pas qu’Adrian prenne avantage de la situation. Ce n’était pas son genre de le faire, avant, mais il avait peut-être changé. Non, ce n’était pas une éventualité : il avait changé. S’il m’avait abandonnée, c’était que dans sa tête, il y avait quelque chose qui n’était plus comme ça. Je refusais de croire que c’était parce qu’il faisait cela tout le temps, quand un drame se produisait dans sa vie. Pourtant, il avait l’air d’y croire dur comme fer et il était très convaincant. Mais je restais méfiante, et perplexe. Il faudrait du temps pour que je puisse vraiment lui faire confiance. Pour me donner une contenance, je pris mon verre et bus une gorgée de vin – parce que la situation était propice à boire du vin, sans doute, ou alors parce que c’était tellement exceptionnel qu’Adrian soit de retour que la bouteille de vin que je gardais depuis des mois dans mes placards était une bonne idée – tout en continuant de le fixer. Je voulais qu’il se sente mal, qu’il culpabilise, et pourtant en même temps, je voulais juste que tout ceci se termine et que l’on passe à autre chose.
Enfin, au bout d’un long moment de silence, il se mit à parler, à me répondre, et j’appris alors qu’il habitait à l’autre bout de la ville, près du lac. J’essayais d’imaginer son appartement, sans savoir ce qu’il pouvait y mettre dedans. Le strict minimum, sans doute, comme toujours avec lui. L’endroit devait dépourvu d’âme, de chaleur humaine, à tort sûrement, parce qu’Adrian, quand il était heureux, était l’homme le plus aimant et chaleureux que je puisse connaître. Il hésita lorsqu’il commença à m’expliquer pourquoi il aimait ce quartier, et je ne le pressai pas, consciente qu’il cherchait ses mots et que c’était très certainement pour ne pas me froisser. Il finit par m’avouer que c’était calme, et qu’il aimait ça. Je ne le crus pas, bien sûr, mais ce n’était pas important, au moins il me parlait de lui, et c’était déjà ça. Par la suite, il m’indiqua qu’il avait changé de travail, et qu’il était maintenant serveur dans un bar, dans les alentours du théâtre, ce qui expliquait pourquoi je l’avais vu là-bas. Serveur… ce n’était pas si mal que ça, surtout dans ce quartier. Néanmoins, son job d’avant était plus posé, moins contraignant. En réalité, je comprenais qu’il avait tout changé dans sa vie. Tout. Moi y compris. D’ailleurs, il ne m’avait pas parlé d’une potentielle petite amie, alors devais-je comprendre qu’il n’y avait eu personne d’autre ? Je gardais l’idée dans un coin de ma tête pour lui demander plus tard. J’avais le droit, non ?
En me racontant sa vie, sa routine, je vis qu’il avait repris un semblant de vie. Un semblant, parce que j’étais sûre qu’il n’était pas heureux, malgré tout. J’en savais quelque chose : moi-même, je n’avais pas eu de vrai moment de bonheur depuis son départ. J’oscillais entre les périodes de dépression et les moments de flou total et je devenais une machine dès lors qu’il s’agissait d’aller travailler, de dormir, de manger. Parfois même, j’oubliais de dormir et de manger, et je me retrouvais à quatre heures du matin les yeux grands ouverts dans le canapé, sans savoir comment j’étais arrivée là et pourquoi. Alors non, Adrian ne pouvait pas être heureux lui non plus. C’était impossible. En tout cas, j’espérais que ce ne soit pas le cas. C’était égoïste de ma part, mais je ne pouvais pas admettre qu’il ait pu refaire sa vie.

« Et toi ? Tu bosses toujours dans ce magasin de chaussures ? »

Le fait qu’il me demande ce que je faisais maintenant, si j’étais encore dans la même boutique, ça dédoubla mes émotions. D’une part, j’avais l’impression d’être une pauvre chaussette, parce qu’il avait tout changé dans sa vie, il avait réussi à passer le cap – du moins, il en donnait l’illusion – et d’autre part, j’avais l’impression qu’il s’intéressait à moi. Le tout se mélangeait dans mon cerveau et dans mon corps, et j’eus envie de pleurer et de sourire en même temps. Ce que je ne fis pas. D’un air nonchalant, je hochai la tête. Oui, j’étais toujours la petite vendeuse blonde de la boutique à deux pas de chez moi. Je n’avais pas changé, et les gens me demandaient toujours conseil pour leurs pompes. J’en vins à me demander si c’était mal, que je n’aie rien changé dans ma vie ? Je n’avais peut-être pas les épaules pour changer de vie ? Je n’étais pas Adrian. Je ne voulais pas l’être non plus.

« J’y suis encore. J’ai été augmentée. Un peu… »

Lui parler de moi semblait être aussi difficile que quand il avait dû me parler de lui, et je compris que cette conversation presque stérile ne nous mènerait pas bien loin. Nous étions le plus éloignés possible l’un de l’autre, j’avais presque fini mon verre de vin et je me demandais vers où nous allions. En plus, je n’avais plus qu’une idée en tête : lui demander s’il avait eu quelqu’un. J’avais peur de la réponse. S’il me disait oui, je passerais sûrement dans une rage folle, je deviendrais cinglée et je le tuerais, parce que je serais jalouse et que je refuserais de croire à ça. S’il me disait non, alors peut-être que je pourrais reconsidérer la situation. Mais pour quoi faire ? A quoi bon ?
Si on se remettait ensemble, nous serions peut-être heureux un temps, mais après ? Que se passerait-il ? On se fiancerait de nouveau ? On aurait un autre enfant ? Et que se passerait-il ? Je ne pouvais pas compter sur Adrian, s’il prenait la fuite au moindre accident. Dans un sens, je n’arrivais pas à imaginer ma vie sans lui, et dans un deuxième sens, je ne pouvais pas céder, je ne pouvais pas lui dire de rester ici, de venir vivre ici, de ne plus jamais me quitter. Parce que je savais que ça ne marcherait pas. Ca n’avait pas fonctionné la première fois, alors pourquoi la deuxième fois serait la bonne ? Je devais être sûre de moi, et ne pas flancher, même si je savais qu’Adrian était plus fort que moi et qu’au final, il ferait bien ce qu’il voudrait de moi, parce que je ne pouvais pas lui dire non.

« Tu as vu quelqu’un ? »

Dans ma tête, cette question sonnait mieux. Passés ma bouche, les mots me semblèrent interdits, dégoûtants et presque risibles. Est-ce qu’il avait vu quelqu’un … ? Moi-même, je me trouvais ridicule. Quand bien même il aurait eu quelqu’un dans sa vie, alors je n’avais pas à m’en préoccuper. Ca n’aurait été qu’une passade et il ne serait plus avec. Mais ça comptait quand même pour moi. Parce que ça voudrait dire qu’il avait vraiment réussi à passer à autre chose, à en aimer une autre et à oublier la vie que nous avions eue. Je refusais d’y croire. Vraiment. Avant qu’il ne réponde, j’anticipais sa prochaine question, et je repris la parole :

« Parce que moi, je n’ai eu personne. Je voulais pas que tu te mettes en colère, si jamais tu revenais et que tu me voyais avec quelqu’un d’autre. »

Je mentais. Un peu. Je n’avais pas eu le courage de sortir et de voir des gens, surtout. Je ne ressemblais à rien, d’ailleurs, alors quand bien même j’aurais voulu sortir et rencontrer quelqu’un, personne n’aurait été assez fou ou assez aveugle pour voir que je n’étais pas bien, que je n’étais pas normale. Je mentais, donc, mais je voulais qu’il croit que j’aurais été capable de le faire, si jamais j’avais été sûre que jamais il ne reviendrait. Je voulais qu’il sente que je l’avais attendu, et que j’avais voulu qu’il revienne avec moi, que l’on reprenne là où l’on s’était arrêté. J’avais l’intention de le mettre mal à l’aise et pourtant… mentir me mettait mal à l’aise, moi aussi…
 
(c) AMIANTE
 

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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

   (c) crackle bones


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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Jeu 20 Nov - 0:52

Ce qu'il reste de toi ✩
What good could I do in a life without you? What more could I lose than what I found in you? What words could I use to tell all this to you?

Tout en parlant, j'essayais de détourner légèrement les yeux et de rester le plus neutre possible. Je n'avais pas envie que Juliet entende le tremblement de ma voix alors que je me rendais compte que ce n'étais pas si facile que ça de parler de ma vie actuelle. Et sentir son regard braqué sur moi ne m'aidait pas vraiment à me sentir plus à l'aise. J'avais bien conscience que j'avais fait une connerie maintenant, et si elle tentait de me faire me sentir encore plus coupable, elle réussissait parfaitement son coup. Est-ce qu'elle comprenait ce que j'avais voulu faire en changeant autant de choses chez moi ? Elle n'était pas idiote, elle avait certainement deviné... Je n'avais pas envie qu'elle pense que je ne voulais plus la voir, même si c'était la vérité à ce moment là. Mais je devais quand même lui répondre, je lui devais bien ça. Alors je continuais, choisissant du mieux possible chacun de mes mots. Et quand je lui demandais si elle travaillait toujours au même endroit, je relevais les yeux vers elle, arrêtant d'éviter son regard. J'eu un moment l'impression qu'elle continuerait de me fixer silencieusement sans me donner de réponse mais elle ouvrit finalement la bouche.

«  J’y suis encore. J’ai été augmentée. Un peu… »

Elle s'interrompit, l'air pensive. En fait elle n'avait pas l'air d'avoir envie de parler d'elle plus que ça, comme si elle pensait de toute façon à autre chose. Un silence légèrement pesant suivit sa réponse et je m'emparais du verre de vin qu'elle m'avait servi pour boire une gorgée, histoire d'avoir quelque chose à faire. Et de me détendre un peu aussi. Ma main tremblait légèrement et je tentais de contrôler les frémissement de mon bras quand la voix de Juliet retentit à nouveau.

«  Tu as vu quelqu’un ? »

Je failli lâcher mon verre d'étonnement et levais des yeux ronds vers Juliet. Je ne m'attendais pas du tout à cette question. J'aurai du me douter qu'elle allait arriver pourtant, elle était légitime. Moi-même je m'étais demandé si elle avait vu quelqu'un, ça m'avait même pas mal préoccupé ces derniers jours. Quand elle m'avait dit de passer chez elle, je m'étais demandé comment j'aurai réagit si il y avait quelqu'un d'autre avec elle dans cet appartement. Parce que pour moi, c'était encore notre appartement. Malgré mes années d'absence. Et, aussi égoïste que ça puisse paraître, je ne voulais pas qu'elle ait vu quelqu'un. C'était ridicule et je le savais, mais c'était plus fort que moi. J'avais espéré qu'elle puisse tourner la page, quand j'étais parti, je m'étais même persuadé qu'elle aurait facile, mais maintenant que je l'avais devant moi je me demandais comment j'avais pu vouloir qu'un autre homme que moi la prenne dans ses bras pour la réconforter. J'ouvrais la bouche pour lui répondre mais elle repris avant que je n'aie eu le temps de prononcer le moindre mot.

«  Parce que moi, je n’ai eu personne. Je voulais pas que tu te mettes en colère, si jamais tu revenais et que tu me voyais avec quelqu’un d’autre.  »

Je refermais la bouche doucement, avalant ce qu'elle venait de me sortir. Evidemment, j'étais un peu content qu'il n'y aie personne, qu'il n'y ait eu personne. Mais la façon dont elle avait dit ça, c'était la pire imaginable. Elle avait fait ça pour moi, parce qu'elle m'avait attendu. Alors que je m'étais enfui comme un voleur, sans nouvelles ni explications, elle m'avait attendu. Et ça me faisait me sentir horriblement coupable. La main tremblante, je portais mon verre à mes lèvres afin d'essayer de me recomposer. Une fois vidé, je m'emparais de la bouteille pour le remplir ainsi que celui de Juliet qui était vide aussi et relevais à nouveau les yeux vers elle pour lui répondre.

«  Non. Je n'ai vu personne. Je ne voulais pas. Je...  »

Je secouais légèrement la tête en détournant les yeux. Je n'avais vu personne en effet. Mais ce n'était pas tout à fait parce que je ne voulais pas. Je n'avais pas pu m'y résoudre en réalité. Alors que habituellement, quand je décidais de changer de vie, je tournais complètement la page d'un coup sec, oubliant tout. Cette fois je n'avais pas pu. Je n'avais pas été capable d'oublier Juliet. Malgré tout ce que je m'étais efforcé de faire, je n'avais pas pu. Je descendis à nouveau une bonne partie de mon verre avant de m'appuyer sur le meuble de la cuisine en soupirant. Qu'est-ce que je faisais là ? A quoi tout ça nous menait ? Pourquoi m'avait-elle demandé de venir ? J'en avais assez d'être mal à l'aise avec elle comme ça, je ne voulais pas de ce malaise entre nous. Est-ce qu'il serait présent à chaque fois que nous nous verrions ? Allions nous un jour redevenir aussi proches qu'avant ?

«  Ecoute Juliet... Je sais que ce que j'ai fait est impardonnable. Je ne peux pas te l'expliquer. Je ne sais pas comment je pourrais le faire. Mais tu sais ce que je ressens, je te l'ai dit au théâtre... Alors dis moi. Qu'est-ce que tu veux, toi ?  »

Tout ça était sorti d'une traite de ma bouche, sans que j'y réfléchisse vraiment et je devais dire que j'étais moi-même un peu étonné par ce que je venais de dire.

«  Ce que je veux dire... C'est que je ne veux pas de ça , fis-je en faisant un signe de main, comme pour désigner l'endroit, le moment, nos attitudes.  Je ne veux pas qu'on se parle comme si on ne se connaissait pas. Je n'ai pas changé, je suis toujours Adrian ! Je sais qu'avec ce qu'il s'est passé la dernière fois tu dois en douter mais... crois moi s'il te plait.  »

Je ne savais absolument pas ou j'allais en racontant tout ça, mais je voulais lui faire comprendre que j'étais la même personne qu'avant, et que je l'aimais toujours.

«  Si tu veux... Je.. Je peux t'expliquer ce qu'il s'est passé avec mes parents. Si tu tiens à savoir.  »

Je n'avais aucune envie de le faire, évidemment. Si je refoulais mon passé ce n'étais pas pour rien, ces souvenirs étaient bien trop douloureux pour moi mais si c'était ce qu'il fallait à Juliet... alors je lui dirais. Cette partie de mon enfance, de ma jeunesse, je pouvais lui expliquer. Elle n'aurait peut-être pas l'entière vérité, mais c'était un bon début. Et puis elle ne pouvait pas imaginer ce que j'avais vécu ensuite.


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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Ven 21 Nov - 14:25


ce qu'il reste de toi
Un jour de février, un invisible froid, des souvenirs à trier, ta chaleur sur le sable, des batailles dans la neige, un sentiment coupable, mon âme qui te protège.
Pratiquement honteuse de lui avoir dit ça de cette manière, de but en blanc sans même y réfléchir plus que cela, je ne pus retirer mon yeux des siens, alors que tout ce que j’avais envie de faire, c’était de courir jusque dans ma chambre et de m’y enfermer pour ne plus qu’il me voit. Mais il était venu jusqu’ici, et ce n’était pas pour que la conversation ne dure que cinq minutes. Il était venu pour moi, pour lui aussi, et je ne devais pas tout gâcher. Il avait fait des efforts, je devais en faire aussi, quand bien même c’était difficile, quand bien même ce n’était pas agréable. Forcément, mon annonce le choqua, et je ne sus pas très bien pourquoi en réalité. Etait-ce que parce qu’il était jusqu’alors persuadé que j’avais pu avoir quelqu’un d’autre dans ma vie, à part lui ? Ou bien était-ce parce qu’il ne s’attendait pas à ce que je lui dise tout cela, surtout sur le ton brûlant de reproches que je lui accordais ? Quoi qu’il en soit, il vida son verre avant de parler. Puis, il le remplit de nouveau en prenant la bouteille, et, après un coup d’œil vers mon propre verre, laissa glisser le vin dans le mien également. Je le vis trembloter, et je savais que c’était l’émotion qui faisait ça. Je ne savais pas quoi en déduire. Le temps me le dirait…

« Non. Je n'ai vu personne. Je ne voulais pas. Je...  »

Je faillis soupirer de soulagement et de bonheur à cette réponse, mais je dus me taire, parce que je savais que ce serait déplacé de lui montrer que j’étais contente qu’il n’ait eu personne. Ca devait être pareil de son côté, en réalité. Si j’avais eu un homme dans ma vie, qu’aurait-il fait ? Il aurait été lâche, encore, et il aurait voulu me laisser tranquille. Il aurait sûrement eu raison, d’ailleurs. Mais encore une fois, personne n’était à sa hauteur, pour moi. Peut-être que l’inverse se serait produit. Peut-être qu’en me voyant avec un autre, il se serait accroché et il aurait voulu me reconquérir ? Mais nous n’étions pas dans un conte de fées, et je connaissais Adrian… il ne ferait pas ça. A moins que si… Quoi qu’il en soit, je n’avais pas à penser à cela, parce que j’étais seule, parce qu’il était seul, et que très vraisemblablement, nous n’avions pas été capables de nous retrouver quelqu’un d’autre, ni lui, ni moi. Une preuve de plus que son départ précipité était une connerie, à l’époque. Lorsqu’il but de nouveau une longue gorgée de vin, je l’imitai, en me demandant où on allait lui et moi. Il y avait de grandes chances pour que cette bouteille soit terminée dans quelques minutes, vu la vitesse à laquelle on la vidait, et après ? L’alcool délierait les langues ? Que se passerait-il ? Est-ce qu’Adrian me dirait enfin tout ce que je voulais intimement savoir, mais que je n’osais lui demander ? Qu’est-ce que je voulais savoir d’ailleurs ? Je savais qu’il me cachait des choses, mais l’autre jour au théâtre, il m’avait bien dit que ça concernait ses parents. Alors, il m’avait raconté, déjà, et je pouvais bien laisser mon imagination comprendre la suite. C’était un souvenir très douloureux pour lui, et je ne voulais pas être son bourreau. Peut-être qu’il n’y avait que cela qu’il m’avait caché, durant tout ce temps. Je n’avais plus rien à craindre venant de lui alors. Mais je n’arrivais pas à ne pas me méfier. Pourtant, je pris une décision : je n’allais rien lui demander de plus. Rien du tout. Je me débrouillerais autrement. J’avais vécu avec lui en sachant qu’il me cachait des trucs, à l’époque, et j’allais le refaire. Je trouverais une autre solution pour savoir s’il était net ou pas. De toutes façons, j’étais amoureuse de lui, encore comme au premier jour, et même s’il me cachait les pires choses, ça ne pourrait pas changer.

«  Ecoute Juliet... Je sais que ce que j'ai fait est impardonnable. Je ne peux pas te l'expliquer. Je ne sais pas comment je pourrais le faire. Mais tu sais ce que je ressens, je te l'ai dit au théâtre... Alors dis moi. Qu'est-ce que tu veux, toi ?  »

Perdue dans mes pensées, je relevai un regard interrogateur vers lui. Je n’avais même pas remarqué, sur le coup, que je ne le regardais plus, et il avait dû se dire que j’étais encore en train de douter. Alors que pas du tout. Dans ma tête, j’imaginais déjà à quoi ressemblerait notre quotidien, et donc se mêlaient des flashs du passé et des flashs d’un futur qui pourrait arriver très vite. Ce n’était pas le bon moment pour imaginer tout cela, j’en convenais… De fait, lorsqu’il me demanda ce que je voulais, moi, j’étais un peu désarçonnée. L’unique réponse qui me vint en tête, ce fut « toi », mais les mots ne voulurent pas passer mes lèvres. Devant mon silence, il reprit la parole aussitôt, en m’expliquant qu’il ne voulait pas de ça. Je fronçai les sourcils, imperceptiblement, sans comprendre. Et comme s’il avait directement su que je ne comprenais, il enchaîna, en me disant qu’il ne voulait pas que l’on se parle comme si on était deux inconnus. Au fond de moi, je sentis une vague de tristesse m’envahir. Je n’étais pas une inconnue pour lui, mais plus on avançait, plus j’avais l’impression qu’il était un inconnu pour moi. Malgré le fait que je n’allais plus rien lui demander sur son passé pour l’instant, je savais qu’il y avait beaucoup de choses dont je ne connaissais pas l’existence…

«  Je n'ai pas changé, je suis toujours Adrian ! Je sais qu'avec ce qu'il s'est passé la dernière fois tu dois en douter mais... crois moi s'il te plait.  »

C’était bien pour cette raison que j’avais envie de lui tomber dans les bras. Il était toujours Adrian, l’homme que j’aimais depuis cinq ans, et celui avec qui j’avais voulu finir ma vie. Le seul qui comptait, et pourtant, le seul qui m’avait fait autant de mal. J’avais lu quelque part qu’il existait une sorte de maladie, de syndrome, qui faisait qu’un individu pouvait vraiment dépendant d’un autre, quand celui-ci emprisonnait durablement le premier. Le syndrome de Stockholm, selon les spécialistes. Il n’en était pas question pour nous, parce que je n’étais pas sa proie, je n’étais pas sous son emprise… mais c’était presque tout comme, parce que j’étais enchaînée à lui, je le craignais, mais je le désirais en même temps et je ne pouvais pas voir la vie ailleurs que dans ses bras, alors que je souffrais irrémédiablement. Cette pensée me fit peur autant qu’elle me fit sourire, et je reconnus bien là ma folie.

«  Si tu veux... Je.. Je peux t'expliquer ce qu'il s'est passé avec mes parents. Si tu tiens à savoir.  
-Non. »

Mon cerveau me criait de lui dire oui, mais mon cœur avait tranché avant. Il était hors de question que je vois Adrian souffrir encore, comme il avait souffert devant le théâtre. C’était complètement idiot de lui dire non, parce que c’était contradictoire avec tout ce que j’avais pu lui envoyer comme signaux avant. Je ne lui faisais pas confiance, mais je ne voulais pas qu’il me parle de son passé. Quel genre de personne saine d’esprit ferait ça ? Pas moi en tout cas. J’espérais qu’il comprenne ma démarche, parce que j’aurais du mal à lui expliquer mes raisons, même si j’allais essayer. En tout cas, ma réponse sembla le surprendre et encore une fois, il me regarda, la bouche entrouverte, une expression d’incompréhension peinte sur le visage.

« Je ne veux pas t’y obliger. Je pense que tu m’as déjà assez expliqué ça au théâtre et j’ai bien compris que ça te faisait mal. »

Ce fut à mon tour de boire la totalité de mon verre. C’était une décision lourde de sens pour moi. Et le reste n’allait qu’empirer la situation, de mon côté. Parce que j’allais bien lui faire comprendre qu’il n’y avait aucune autre alternative à notre histoire : elle allait continuer, point barre. C’était ce que nous voulions tous les deux, peu importait les risques, peu importait les conséquences, et je n’allais certainement pas me défiler. Quand il s’agissait d’Adrian, je ne me défilais jamais. Pas comme lui, en fait. Mais j’avais bon espoir qu’il change, de son côté, qu’il ne me laisse plus jamais. Il avait compris la leçon. D’un air nonchalant, je reculai jusqu’à un autre plan de travail et je pris appui de mes mains sur le bord de ce dernier pour me hisser dessus, après avoir posé mon verre vide à côté de moi. Adrian me regardait faire, et je ne quittai pas le blanc de ses yeux. J’avais l’impression de brûler de l’intérieur, mes jambes flageolaient et je tremblais comme une feuille, sans le laisser paraître. J’étais stressée au possible, angoissée à mort par ce que j’allais lui dire. C’était le moment de vérité.

« Tu me manques, Ad. Tous les jours. J’ai essayé de penser à autre chose, mais je pouvais pas. C’est pas anodin, que je sois restée ici. Au départ, je croyais que tu allais rentrer, mais ensuite, c’est parce que j’arrivais pas à quitter cet endroit. »

Je tournais autour du pot en racontant cela, il fallait que j’aille droit au but, mais je n’y arrivais pas. C’était comme si j’avais besoin, encore une fois, de lui faire comprendre que je l’avais attendu et qu’il n’était jamais venu. J’avais besoin de lui faire comprendre qu’il était nécessaire à ma vie. Alors, ce que je voulais au départ comme une déclaration courte et précise, se transformait rapidement en un long discours.. et ce n’était pas une bonne solution.

« Ce que j’ai dit au théâtre, je le pense. J’ai besoin de toi. Et je m’en fous de ton passé, mentis-je. Tout ce que je veux, c’est que tu sois là. Regarde-moi, ça fait deux ans et demi que j’attends que tout redevienne comme avant. Je pourrais attendre encore une éternité, jusqu’à ce que tu reviennes. Ne laisse pas ta mère, ou Charlie, ou qui que ce soit d’autre nous empêcher d’être ensemble.. je t’en prie. »

Ma voix n’était plus qu’un murmure, et j’avais peur d’en avoir peut-être trop dit, trop fait. J’avais laissé échapper tout ce que je voulais qu’il sache, et ma demande était on ne peut plus claire, désormais. Néanmoins, je ne voulais pas qu’il me prenne pour une folle – que j’étais, pourtant ! – je voulais simplement qu’il revienne. Pour l’instant, c’était mon désir le plus cher et ce serait le plus beau des cadeaux, bien sûr. Cependant, qui croyait que ça pouvait se passer facilement, sans heurt et sans encombre ? Même moi, je n’y croyais pas.

« Si tu es venu jusqu’ici, c’est parce que je te l’ai demandé, mais c’est parce que tu le voulais aussi, non ? Tu dois bien ressentir la même chose !! Alors reste… s’il te plait… Je veux qu’on redevienne ce qu’on était avant, parce que c’était la meilleure partie de ma vie, Adrian… »

Je ne savais pas pourquoi j’étais si suppliante avec lui. Il ne m’avait même pas encore dit « non ». Il n’avait rien dit et c’était peut-être son absence de réaction qui m’inquiétait et je sentis mes yeux se remplir de larmes en imaginant ma réaction si jamais il me disait qu’il ne pouvait pas faire ça, que c’était trop tard et qu’il m’avait déjà fait assez de mal comme ça. Il m’en ferait encore plus en partant d’ici. S’il partait, je ne pourrais pas me relever, vraiment pas. Et penser à cela, c’était trop pour moi. Je le regardai en silence, attendant le verdict, et si je n’avais pas été assise sur le meuble, je serais tombée par terre, à genoux à ses pieds s’il l’avait fallu. Mes mains étaient crispées sur le bord du plan de travail, et je sentais mes membres se tétaniser petit à petit, jusqu’à ce que je lâche légèrement prise et qu’une larme déborde de l’un de mes yeux… Il était trop tard pour la cacher, Adrian allait la voir et j’étais foutue !

(c) AMIANTE

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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Ven 28 Nov - 1:52

Ce qu'il reste de toi ✩
What good could I do in a life without you? What more could I lose than what I found in you? What words could I use to tell all this to you?

Ma décision était prise. J’allais lui raconter. J’allais lui expliquer ce que j’avais vécu ce soir-là, le soir où ma mère avait décidé d’en finir. Elle aurait tous les détails qu’elle voulait. Ce n’était peut-être qu’une petite partie de mon histoire, mais c’était un début. Et ce serait difficile. Je savais qu’en parler n’arrangerais rien pour moi, j’avais déjà fait l’expérience. J’avais vu divers psychiatres et psychologues qui m’avaient forcé à me rappeler, à leur décrire toute la scène de fond en comble. Ils m’avaient posé des questions qui me torturaient encore l’esprit aujourd’hui. Toutes ces séances sensées me faire me sentir mieux n’avaient fait qu’empirer les choses. Se souvenir, ça n’avait rien de bon. Quoi que ces pseudo-spécialistes aient voulu me faire croire. Tout ce que ça m’avait apporté, c’était de la souffrance supplémentaire. Mais pour Juliet, je le ferai. Je lui en parlerai, pendant des heures si elle le souhaitait, si c’était ce dont elle avait besoin ! Je ne pouvais pas tout lui dire. Parce que c’était trop long, trop compliqué, trop difficile à expliquer. Et puis, que penserait-elle de moi après ? Elle n’avait pas besoin de savoir, cela ne changerait rien pour elle, pour nous. J’allais donc lui raconter ce que ma mère avait fait. Je n’étais pas prêt, mais il le fallait.

« Non. »

Sa réponse interrompit immédiatement mon fil de pensée et je fermais la bouche, que j’avais ouverte pour commencer à parler sans attendre sa réponse que je pensais alors connaître. Quoi ? Elle ne voulait pas savoir ? J’étais complètement perdu. Je croyais avoir compris ce qu’elle voulait, d’ailleurs c’était plutôt logique au fond, vu la crise que j’avais piquée devant le théâtre. Mais si je m’étais trompé, alors quoi ?

« Je ne veux pas t’y obliger. Je pense que tu m’as déjà assez expliqué ça au théâtre et j’ai bien compris que ça te faisait mal. »

A ces mots elle porta son verre à ses lèvres pour le vider. Donc ce n’était pas vraiment parce qu’elle ne voulait pas savoir. Elle avait envie, mais elle avait vu mon état au théâtre. Et après tout… elle n’avait pas tort. Il suffisait de voir comment j’avais réagi, pour une raison que je n’arrivais pas à définir. Je n’étais pas stable, je m’en rendais compte à présent. Et je ne préférais pas recommencer comme la dernière fois. Au fond, j’avais presque envie de soupirer de soulagement. Je n’avais pas quitté Juliet des yeux, la fixant alors qu’elle vidait son verre puis se hissait sur le plan de travail pour s’y asseoir. Je restais silencieux, je ne savais pas quoi dire. Si elle ne me demandait pas de parler de ça… alors qu’étais-je sensé faire ? En vérité, je n’étais pas plus avancé que précédemment.

« Tu me manques, Ad. Tous les jours. J’ai essayé de penser à autre chose, mais je pouvais pas. C’est pas anodin, que je sois restée ici. Au départ, je croyais que tu allais rentrer, mais ensuite, c’est parce que j’arrivais pas à quitter cet endroit. Ce que j’ai dit au théâtre, je le pense. J’ai besoin de toi. Et je m’en fous de ton passé. Tout ce que je veux, c’est que tu sois là. Regarde-moi, ça fait deux ans et demi que j’attends que tout redevienne comme avant. Je pourrais attendre encore une éternité, jusqu’à ce que tu reviennes. Ne laisse pas ta mère, ou Charlie, ou qui que ce soit d’autre nous empêcher d’être ensemble.. je t’en prie.  »

Juliet avait repris la parole et avais lâché tout ça presque d’une traite. Un peu soufflé devant une telle déclaration, je restais immobile, tentant d’intégrer ce qu’elle venait de dire. Pendant ces deux années et quelques mois, elle avait attendu. Tous les jours. Elle n’avait pu se faire une raison… J’étais partagé entre deux sentiments contradictoires. D’un côté, j’étais heureux. Heureux qu’elle m’aime, parce que je l’aimais comme un fou moi aussi, et je ne pouvais imaginer ma vie sans elle. Et de l’autre, j’étais horrifié. Horrifié par ce que ce lien entre nous faisait de nos vies. Nous étions dépendant l’un de l’autre, et en même temps cela nous faisait souffrir. Et cela nous ferait encore souffrir, j’en étais persuadé. Seulement voilà, comme n’importe quel toxico auquel on fait miroiter quelques minutes de pur bonheur avec des conséquences désastreuses par la suite… nous étions sur le point de replonger. Il suffisait d’entendre le ton de la voix de Juliet, presque suppliant sur les derniers mots.

« Si tu es venu jusqu’ici, c’est parce que je te l’ai demandé, mais c’est parce que tu le voulais aussi, non ? Tu dois bien ressentir la même chose !! Alors reste… s’il te plait… Je veux qu’on redevienne ce qu’on était avant, parce que c’était la meilleure partie de ma vie, Adrian… »

Je n’avais toujours pas bougé, analysant chacune de ses phrases et essayant de trouver la bonne solution. La meilleure partie de sa vie… de la mienne aussi sans doute. J’avais été le plus heureux des hommes durant deux ans et demi. Mais ensuite j’avais été le plus malheureux jusqu’à maintenant. Est-ce que j’étais condamné à revivre ça chaque fois ? Est-ce que, pour chaque bonne chose, chaque moment de bonheur que je pourrai vivre, il y aura deux fois plus de moments terribles ? Et, la question qui était sans doute la plus importante à l’instant, est-ce que je pouvais supporter tout ça pour pouvoir être avec Juliet ? Et de son côté alors ? Elle tentait vainement d’empêcher les larmes de couler sur ses joues mais il était trop tard.
Retrouvant soudain l’usage de mes mouvements, je portais mon verre à mes lèvres pour le vider avant de la déposer et de m’approcher doucement de Juliet. Je posais délicatement la main sur sa joue pour essuyer la larme qui y avait coulé. Les questions se faisaient de plus en plus nombreuses dans ma tête mais pourtant je ne trouvais toujours pas de réponses à celles-ci.

«  Pour moi aussi, c’était la plus belle partie de ma vie… Je donnerais tout pour pouvoir revivre la même chose tu sais.  »

Ma voix se voulait douce et rassurante, je ne voulais plus qu’elle pleure. Mais ce que j’allais dire n’était surement pas ce qu’elle voulait entendre. Je retirai ma main de sa joue et laissai tomber mon bras le long de mon corps, baissant les yeux par la même occasion.

«  Seulement ce n’est pas possible. On ne retrouvera jamais ce qu’on avait avant… avant Charlie. »

Je laissai planer un petit silence après avoir évoqué le nom de notre fils. Je savais que si je ne prenais pas mon temps pour parler, j’allais pleurer moi aussi. Et je ne voulais pas pleurer devant Juliet, pas une deuxième fois et certainement pas alors que j’étais en train de dire quelque chose d’aussi important. Une fois que je me sentis prêt, je relevais la tête pour plonger mon regard sombre dans ses yeux clairs.

« Je ne peux pas te promettre que tout ira bien Juliet. Je… je l’ai fait autrefois et regarde ou ça nous a mené ! Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. Je ne suis même pas optimiste tu sais, des merdes je suis certains qu’il va nous en arriver par tonnes ! Mais cette fois, je peux te le jurer, je ne fuirais plus. Je serais à tes côté. Peu importe ce qu’il nous arrive, on affrontera ça à deux… Promis. »

Comme pour donner du poids à ma promesse, j’attrapais sa main et la serrai dans la mienne. Je n’étais pas certain que nous pourrions être à nouveau heureux. Mais je préférais être malheureux à ses côtés, que de fuir une nouvelle fois.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Ven 28 Nov - 12:48


ce qu'il reste de toi
Un jour de février, un invisible froid, des souvenirs à trier, ta chaleur sur le sable, des batailles dans la neige, un sentiment coupable, mon âme qui te protège.
Le silence qui s’installa à la suite de mon – trop – long discours m’effraya un peu, parce que soudain, j’eus vraiment peur qu’Adrian ne s’en aille. Et s’il ne partageait pas exactement le même point de vue que moi ? Et s’il ne voulait plus de cette vie à deux ? Il avait eu l’air de penser et dire le contraire, mais il était si compliqué à comprendre… j’avais peur de me tromper sur son compte et d’être déçue, au final. Il n’avait pas réagi, par rapport à ce que je venais de raconter et plus les secondes passaient, plus j’avais l’impression que mon cœur était serré dans un étau. J’en oubliais même de respirer et mon cerveau commençait à manquer d’oxygène. Dans ses yeux, que je n’avais pas quitté, je voyais des milliers de questions se bousculer, des interrogations sans queues ni têtes et je me demandais si j’allais pouvoir l’aider. Sûrement pas, en fait.
Quand même, au bout de quelques instants, et après avoir retrouvé ses esprits, Adrian sembla revenir dans le présent, et porta son verre à ses lèvres. Je ne m’attendais pas vraiment à ça, je pensais qu’il allait réagir autrement, mais peut-être qu’il avait encore besoin de boire un peu. Ce n’était pas facile tout ça, et moi-même, je savais que c’était les deux verres de vin qui agissaient déjà, et qui me faisaient parler ainsi. Sinon, je n’étais pas très prolixe, en soi. Je ne parlais pas des masses. Adrian non plus d’ailleurs. C’était quelque chose que l’on aimait l’un chez l’autre. Nous n’avions pas besoin de beaucoup de mots pour nous comprendre, à l’époque. Mais là, la situation était trop grave pour que l’on n’en parle pas. C’était important. Une fois son verre terminé et reposé sur la table, Adrian s’approcha de moi, lentement, en me fixant de son grand regard noir. Encore une fois, je me perdis dans l’immensité de ses yeux, et je voulus que plus jamais, son regard ne me quitte. Il caressa alors doucement ma joue, en séchant délicatement la larme qui avait mouillé celle-ci. Je faillis fermer les yeux de plaisir, mais je ne pouvais pas ne plus le regarder. Le moment était aussi angoissant que plaisant, et je l’aurais bien empêché de parler pour l’embrasser.

«  Pour moi aussi, c’était la plus belle partie de ma vie… Je donnerais tout pour pouvoir revivre la même chose tu sais.  »

Bercée par sa voix douce, par son ton calme, je faillis y croire. Je faillis croire qu’il allait dire qu’il n’allait pas partir, qu’il resterait pour toujours, que l’on oublierait ces deux années de distance. Il aurait pu me convaincre, rien qu’avec son timbre de voix que j’aimais tellement. Même quand il s’énervait, cet homme continuait d’avoir une voix enchanteresse, et quand il était en colère, les tremblements que l’on entendait résonner et émaner de ses cordes vocales me faisaient frémir d’envie. Comment était-ce possible d’aimer autant un homme ?
Quand il me lâcha et que sa main quitta la main, je voulus protester et lui attraper la paume pour la replacer sur ma joue, mais dans le même temps, son regard quitta le mien, et je compris que je ne devais pas y croire. Je l’avais déjà dit : il n’y avait pas de contes de fées. Adrian n’était pas un prince charmant et il gardait les pieds sur terre, peut-être un peu trop, même.

«  Seulement ce n’est pas possible. On ne retrouvera jamais ce qu’on avait avant… avant Charlie. »

Il avait presque murmuré la fin de sa phrase, mais c’était suffisant pour que mon cœur se serre à nouveau. Il ne passait pas un jour sans que je pense à notre fils et j’étais déçue qu’Adrian se dise que nous n’arriverions pas à revivre ensemble, heureux, à cause de cela. Je m’étais habituée à ne plus entendre notre bébé pleurer, à ne plus avoir à m’occuper de lui. Adrian, peut-être qu’il ne se rendait pas bien compte encore que la vie avait repris. Bien sûr que je me sentais abjecte de dire une chose pareille, parce que mon fils était mort et que j’osais encore vivre normalement… mais il fallait qu’il comprenne que la vie ne s’était pas arrêtée… et que l’on pouvait reprendre la nôtre comme avant. Mais il avait raison : il nous manquait Charlie, et rien ne serait plus pareil. Néanmoins, je ne pouvais pas accepter ce qu’il me disait et j’étais déçue au possible. Après tout ce que je venais de lui dire, il aurait au moins pu faire un effort… Pourtant, lorsqu’il releva les yeux vers moi, ma déception et mon envie de le gifler s’envola immédiatement. Il pourrait tout se faire pardonner avec ces yeux là.

« Je ne peux pas te promettre que tout ira bien Juliet. Je… je l’ai fait autrefois et regarde ou ça nous a mené ! Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. Je ne suis même pas optimiste tu sais, des merdes je suis certains qu’il va nous en arriver par tonnes ! Mais cette fois, je peux te le jurer, je ne fuirais plus. Je serais à tes côté. Peu importe ce qu’il nous arrive, on affrontera ça à deux… Promis. »

Alors qu’il attrapait ma main dans la sienne pour la serrer du plus fort qu’il pouvait, je finis par pleurer de nouveau. Je ne savais plus où j’en étais. Est-ce que je devais lui faire confiance ? Oui. Est-ce que j’allais le regretter ? Oui. Mais lui aussi le regretterait, et pourtant, ce serait la meilleure idée que nous pourrions avoir. Je voulais de lui, et lui voulait de moi, pourquoi ça ne pouvait pas être aussi simple que cela ? Sur le papier et dans ma tête, tout était facile, mais ça allait nous faire tellement mal de nous remettre ensemble.
Au fond, j’étais heureuse, quand même. Sa promesse était sincère, je le sentais dans sa voix, dans sa façon de me serrer la main. Si j’avais relevé les yeux pour le regarder, je l’aurais vu sur son visage également. Je n’avais pas besoin d’autant de signes pour le croire sur parole et je savais à l’avance qu’il avait gagné. Que j’avais gagné, de fait. Finalement, j’abdiquai et je laissai mes instincts reprendre le dessus. Alors que je sanglotais doucement, je passai mes bras autour de son cou et l’attirai vers moi pour me blottir contre son torse, toujours assise sur le plan de travail. Une main dans sa nuque, à la base de ses cheveux noirs, l’autre main sur son épaule, j’enfouis mon visage dans son cou en m’enivrant de son odeur. Il m’avait manqué…

« Je t’aime, Adrian. »

C’était décidé, je n’allais plus le lâcher, plus jamais, et il serait obligé de rester ici, avec moi. Peu m’importait la souffrance que tout cela occasionnerait, il m’avait promis qu’il serait à mes côtés, et de fait, je n’avais plus peur de rien. Oh bien sûr, ça ne changeait rien au fait que je ne lui faisais pas confiance, parce que je savais qu’il me cachait des choses. Mais au moins, je savais qu’il n’allait plus m’abandonner et c’était tout ce que je voulais, tout ce dont j’avais besoin. Ca finirait par aller, j’en étais persuadée. Je n’étais pas aussi fataliste que lui, j’étais sûre que nous allions finir par être heureux, tous les deux, ensemble. Le sort ne pouvait pas s’acharner sur nous, parce qu’il nous avait déjà bien dégommés. Alors cette fois, ce serait la bonne. Jusqu’à la fin.

Quand je pus enfin me calmer et arrêter de pleurer, de joie, de soulagement, de tristesse aussi à cause de Charlie, j’inspirai une dernière fois à pleins poumons l’odeur que j’aimais tant et qui m’avait manqué pendant ces longs mois d’absence. Maintenant, je me sentais presque mal, je ne savais pas quoi lui dire pour expliquer cette crise de larmes, même si je me doutais qu’il l’avait comprise. Il n’avait rien dit, il m’avait laissée faire et il avait attendu que je me calme. Tout cela avait bien pris dix bonnes minutes, quand même, et je me sentais un peu honteuse d’avoir cédé à mes émotions aussi facilement. Il fallait dire que je ne m’attendais pas à cette promesse, à laquelle je croyais aveuglément.

« Je veux plus que tu partes… Je m’en fous qu’on n’ait pas la même situation qu’avant. Je vivais plus sans toi. Perdre Charlie, ça a été dur. Te perdre toi, c’était du suicide… »

Il fallait que je me taise, sinon j’allais de nouveau pleurer, et nous ne devions plus penser à Charlie, nous ne devions plus penser à son départ. En réalité, ce qu’il nous fallait, c’était de penser à l’avenir, peu importait qu’il soit bon ou mauvais, mais il nous attendait, et nous devions aller de l’avant, ne plus penser à notre fils, ne plus penser à nos erreurs. Nous nous aimions, non ? C’était suffisant pour que l’on réussisse.

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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Ven 28 Nov - 20:33

Ce qu'il reste de toi ✩
What good could I do in a life without you? What more could I lose than what I found in you? What words could I use to tell all this to you?
En prenant sa main je voulais qu'elle comprenne que j'étais sincère, et si je le pouvais je ne la lâcherai plus jamais. Je ne l'avais pas lâchée des yeux, m'efforçant même de cligner le moins possible pour ne pas risquer de manquer la moindre expression sur son visage. J"attendais une réaction, et doucement, ses lèvres se mirent à trembler. Son regard se brouilla de larme et les sanglots commencèrent à secouer son corps  de soubresauts. Elle passa ses mains dans mon cou et je m'approchai d'elle pour la prendre dans mes bras alors qu'elle enfouissait sa tête dans mon cou.

«  Je t’aime, Adrian. »

Mes mains se placèrent dans son dos pour la serrer plus fort contre moi. Pourquoi est-ce que l'on se mettait dans des états pareils ? Nous nous aimions tout les deux, alors pourquoi les choses devaient-elle être aussi compliquées ? J'aurai tout donné pour pouvoir revivre quelques uns des instants de bonheur que nous avions vécu. Mais j'avais l'impression qu'il s'agissait d'une autre vie, qu'il était impossible que cela se produise à nouveau. Que plus rien n'était pareil. Pourrions nous être heureux à nouveau, malgré tout ? Pour moi, rien n'était moins sur. Et pourtant, la seule chose que je voulais, c'était rester à ses côtés. Ce n'était pas forcément la meilleure solution, ou la plus sage et encore moins la plus facile. Mais mon coeur me criait à plein poumon de la choisir. Et ce ce que j'allais faire.

Nous restâmes un moment dans cette position, alors que Juliet continuait de pleurer dans mes bras. Je n'étais pas vraiment certain de savoir ce qui faisait couler ses larmes. Etait-ce de la tristesse ? Du soulagement ? De la joie ? De la peine ? Tout ça à la fois, peut-être ? Au fond, cela ne changeait rien. Quoi qu'il en fusse, je venais de lui promettre que cette fois, je serai toujours là pour elle. Alors je restai immobile, me contentant de la serrer dans mes bras aussi fort que je le pouvais. Au bout d'une dizaine de minutes, alors que je sentais ses sanglots diminuer, elle pris une grande inspiration et se détacha doucement de moi. J'aurai voulu la garder contre moi encore un peu, lui faire comprendre que cette fois, je ne m'enfuirais plus. Quand sa voix s'éleva à nouveau, elle était légèrement enrouée par les sanglots.

«  Je veux plus que tu partes… Je m’en fous qu’on n’ait pas la même situation qu’avant. Je vivais plus sans toi. Perdre Charlie, ça a été dur. Te perdre toi, c’était du suicide… »

Comme à chaque fois que l'on évoquait Charlie, mon coeur se serra dans ma poitrine. Durant les deux précédentes années, je n'en avais plus entendu parler et depuis quelques jours, il était de nouveau présent dans mon esprit. Je revivais la nuit de sa mort constamment, revoyant défiler devant mes yeux la moindre minute de cette soirée, et le moindre de mes actes. Comment je l'avais trouvé. L'état de choc dans lequel j'étais quand j'ai pris le téléphone pour appeler les secours. L'expression de Juliet quand elle s'était levée et m'avait demandé ce qu'il se passait. Et la façon dont j'étais parti. Sans un mot. Sans une explication. J'avais juste franchi la porte, et j'étais parti. J'avais oublié, et j'avais tenté de me reconstruire une nouvelle vie, comme à chaque fois. Seulement, j'avais revu Juliet. Et voilà ou nous en étions. A nous demander ce qui était préférable entre l'oublier tout ou surmonter ça ensemble. Nous savions tout les deux quel était notre choix. Et nous savions tout les deux qu'il était difficile. Mais il n'y avait pas de bon ou mauvais choix à faire ici, seulement un terrible dilemme qui allait nous pousser dans deux sortes d'enfer différent. Mon regard toujours plongé dans le sien, je replaçais doucement une mèche de ses cheveux tout en examinant encore ce visage que je n'avais plus eu le loisir de voir depuis trop longtemps.

« Je suis là maintenant. Et je resterais, autant que tu le veux ! Je veux réparer mon erreur, et être là pour toi quoiqu'il advienne. »

J'étais totalement sincère, et j'espérais du fond du coeur qu'elle me croirait. Qu'elle y croirait autant que moi, à cet instant précis. Je ne la quitterais plus jamais, et je ne laisserais rien de mal lui arriver. J'avais perdu Charlie, mais je ne perdrais pas Juliet. J'avais été complètement idiot en partant comme ça, en laissant derrière moi la dernière chose qu'il y avait de bien dans ma vie.

En m'entendant penser à ma sincérité, je me demandais un instant si je ne ferais pas mieux de tout lui dire. De lui raconter toute ma vie, depuis ma naissance jusqu'à ma rencontre avec elle. Parce que je me voulais honnête, mais comment pourrais-je l'être si je lui cachais tout cela ? Je n'étais pas prêt à lui raconter, je n'étais prêt à le raconter à personne d'ailleurs. Mais cela avait-il vraiment de l'importance ? J'étais persuadé que non. Et je voulais que Juliet le pense elle aussi.

« Je sais que je n'ai jamais vraiment parlé de mon passé... Et si tu penses que c'est vraiment très important pour toi, je le ferai. Mais je voudrais que tu saches que ça ne changerai rien. Je préfère laisser tout ça derrière moi, et penser plutôt à l'avenir. A notre avenir. »

Ma voix se voulait rassurante et convaincante alors que, paradoxalement, je n'étais pas vraiment honnête. Peut-être que pour elle ça allait changer quelque chose. Peut-être qu'elle ne me connaissait pas au fond. Mais je ne voulais pas que ça change, alors le meilleur moyen que je trouvais, c'était tout faire pour qu'elle n'en sache rien. J'avais conscience qu'en parlant de la sorte, en essayant de la dissuader de vouloir apprendre des choses sur moi, j'étais presque en train de la manipuler. J'avais évoqué notre avenir en espérant qu'elle s'en contente, qu'elle se défasse de cette envie d'en savoir plus. Même si elle m'avait dit qu'elle ne voulait pas que je lui en parle parce qu'elle avait vu ce que ça me faisait. Une fois que le doute était installé, il avait la peau dure et je ne tenais pas a ce qu'elle revienne sur le sujet plus tard en fait. Je n'arrivai pas vraiment a lire dans ses yeux, je n'avais aucune idée de si j'avais pu la convaincre.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Ven 28 Nov - 23:14


ce qu'il reste de toi
Un jour de février, un invisible froid, des souvenirs à trier, ta chaleur sur le sable, des batailles dans la neige, un sentiment coupable, mon âme qui te protège.
Tant bien que mal, j’essayais de faire en sorte que ma voix cesse de trembloter. Je n’avais pas besoin de ça, je n’avais pas besoin de pleurer autant. C’était fini à présent, je n’aurais plus à pleurer, c’était bien ce qu’il m’avait dit et promis. Il allait rester là, il allait être avec moi, et il ne partirait plus. Ce ne serait pas comme avant, je l’avais bien compris, mais au moins, je serais heureuse. Je pourrais de nouveau m’endormir et me réveiller à ses côtés et c’était tout ce que je demandais. Je n’avais plus à pleurer.
Au fond de moi, je me disais que c’était rapide. Peut-être un peu trop, même, parce que nous avions sûrement des choses à nous dire, encore, des choses auxquelles on ne pensait pas pour l’instant, mais qui viendraient nous hanter et nous foutre dans la merde. Mais peu importait les mœurs, peu importait la rapidité de la chose. Nous avions déjà vécu ensemble, et nous avions déjà des automatismes, qui reviendraient forcément dans quelques temps. Néanmoins, ne m’étais-je pas dit, l’autre soir, au théâtre, que la première fois, nous avions été trop vite en besogne. Nous nous étions mis ensemble trop rapidement, nous avions emménagé trop rapidement, nous nous étions fiancés et nous avions fait un enfant trop rapidement. Tout s’était mélangé mais nous avions été heureux ainsi. Et si, pour cette fois, nous faisions les choses dans le bon ordre, dans un timing parfait ? Je n’en serais jamais capable, je n’allais pas tenir, mais on pouvait essayer, non ? Non, en fait, ce n’était pas possible. Rien que de penser à attendre encore un jour de plus, mon cœur se serrait et mon cerveau me disait que c’était impossible. D’ailleurs, Adrian avait intérêt à rester dormir ici cette nuit-là.

« Je suis là maintenant. Et je resterais, autant que tu le veux ! Je veux réparer mon erreur, et être là pour toi quoiqu'il advienne. »

Juste avant cela, Adrian avait caressé une nouvelle fois mon visage et repoussé mes cheveux derrière mon oreille. Je faillis frissonner une seconde fois, pleinement consciente de l’effet qu’il me faisait. Ce n’était pas son geste qui me fit frissonner, en réalité, mais ses paroles. Autant que je le voulais ? Alors j’espérais qu’il était devenu patient, parce qu’on resterait ensemble pour les cinquante prochaines années. Je n’allais plus le lâcher d’une semelle, à tel point qu’il me demanderait de le lâcher pour pouvoir respirer. Nous allions retrouver un équilibre, lui et moi, et je me fichais du prix à payer pour avoir cela. S’il le fallait… oui s’il le fallait, on s’occuperait de la chambre de Charlie. Il fallait combattre le feu par le feu, et même si ça nous faisait forcément souffrir, nous devrions en passer par là, pour ensuite aller mieux et passer à autre chose. J’en avais besoin, Adrian en avait besoin, et il faudrait bien que l’on fasse quelque chose de cette pièce. Nous avions encore le temps pour ça, évidemment… je ne comptais pas faire du mal à Adrian. Jamais. Je n’allais même pas lui en parler maintenant, il trahirait de suite sa promesse et s’enfuirait. Je l’aurais bien mérité, d’ailleurs.

« Je sais que je n'ai jamais vraiment parlé de mon passé... Et si tu penses que c'est vraiment très important pour toi, je le ferai. Mais je voudrais que tu saches que ça ne changerai rien. Je préfère laisser tout ça derrière moi, et penser plutôt à l'avenir. A notre avenir. »

Adrian avait l’air carrément dans ses pensées, juste avant ça, et je me demandais à quoi il pouvait bien penser. Il était clair qu’il avait un réel problème, là. Je lui avais dit que je ne voulais pas qu’il me parle de son passé, parce que ça le faisait souffrir et que je ne voulais plus le revoir dans l’état auquel j’avais eu accès quatre jours auparavant. N’avait-il pas compris que je faisais ça pour lui, pour qu’il n’ait pas mal ? Je n’allais pas changer d’avis, néanmoins, il me faisait réfléchir. Pourquoi tenait-il absolument à tout me raconter, dans un sens, puis me disait qu’il préférait tout laisser derrière lui ? C’était paradoxal, et ça me mettait la puce à l’oreille. Je voulais bien penser à l’avenir, c’était tout ce que je demandais. Je n’allais rien lui demander sur son passé, c’était clair. J’avais pris cette décision, et je n’allais pas revenir dessus. Cependant, je ne comprenais pas pourquoi il me précisait que ce n’était pas d’une utilité extrêmement importante que l’on en discute un jour…

« On a tout le temps du monde pour reparler du passé plus tard, Ad, déclarai-je en lui caressant la joue, tendrement. Il y a des choses plus importantes que ça à faire, pour l’instant. »

Je mentais, bien sûr. Je ne voulais pas lui mentir, et je ne devrais pas lui mentir, mais c’était pour son bien, pour ne pas qu’il se sente mal et qu’il souffre. Ce n’était pas si important, parce que j’étais persuadée qu’il n’y avait rien de bien méchant à raconter, de son passé. Et pourtant, je mentais. J’avais besoin de savoir qu’il ne cachait pas de gros secrets. Et j’allais le découvrir autrement, il fallait simplement que je réfléchisse encore à la façon dont j’allais procéder. J’avais le temps, tout le temps du monde, comme je venais de le dire à Adrian. Je n’étais pas obligée de me presser pour ça. Le passé était le passé, après tout. Alors oui je mentais, un peu, mais il n’en saurait rien. C’était mieux ainsi.
Alors qu’Adrian était toujours proche de moi, je laissai glisser ma main de sa joue à son torse et le repoussai un peu pour pouvoir descendre de mon perchoir. Je séchai les dernières larmes qui avaient coulé de mes yeux avec ma main en me détournant de lui. L’histoire était réglée. Autant la nôtre que celle de son passé. Nous n’en discuterions pas ce soir, et nous resterions ensemble. Finalement, cette entrevue s’était déroulée de la meilleure qui soit. Je n’y aurais jamais cru. En fouillant mes poches, j’essayais de trouver une cigarette et mon briquet. La cigarette arriva très vite entre mes mains, et je récupérai le paquet d’allumettes à côté de la gazinière pour l’allumer. Il me fallait bien ça, en fait, après toutes ces émotions. Même si je m’étais largement calmée sur le tabac, je ne pouvais pas totalement lui dire adieu. Je me demandais ce qu’en pensait Adrian… et en fait, je m’en fichais un peu aussi, parce que je faisais bien ce que je voulais avec ma santé. A l’époque, quand nous étions ensemble la première fois, je fumais beaucoup plus, et dès que j’avais su que j’étais enceinte, j’avais limité, puis arrêté pour un temps. Mais la mort de Charlie m’avait pratiquement forcée à reprendre et j’avais abdiqué, lâchement. Il me fallait bien quelque chose pour me détendre un peu. D’ailleurs, peut-être qu’Adrian fumait encore. Je le découvrirais bien assez tôt.
En trois pas, je fus à la fenêtre la plus proche pour ne pas que mon appartement entier sente le tabac et je m’accoudai à cette dernière, en laissant mon bras dehors. Puis, je regardai Adrian, avec un demi-sourire. J’étais tellement contente qu’il soit là, juste en face de moi. Il avait l’air aussi perdu que moi. Au moins, nous étions deux boulets qui avions besoin de retrouver leur chemin. On le ferait ensemble. Une fois, deux fois, trois fois, j’inspirai de grandes bouffées et recrachai la fumée au dehors, sans rien dire. Je réfléchissais, en fait. J’avais envie de tout faire avec lui, et tout dans les cinq minutes. C’était impossible, évidemment, et je devais bien choisir ce que je voulais. Me retrouver dans ses bras. Qu’il me serre le plus fort possible. Que je sente qu’il était là, pour de bon. Qu’il m’embrasse et que je fonde sous ses baisers. Je voulais me sentir comme la plus jolie des princesses et la plus aimée des femmes. Mieux encore, je voulais qu’il me fasse l’amour, et à cette pensée, je ne pus m’empêcher de rougir comme une véritable adolescente, et j’étais sûre qu’il l’avait remarqué, puisqu’il me regardait encore. Dans un premier temps, on allait peut-être faire autre chose. Il n’était pas venu ici pour ça. Je repris alors très vite mes esprits et terminai ma cigarette en quelques bouffées, avant de refermer la fenêtre et de m’avancer vers lui. Je lui pris la main et l’emmenai avec moi sur le canapé, avec la bouteille de vin entamée. Nous étions debout depuis qu’il était là, et il était temps qu’on se détende un peu. Une fois installés – ou plutôt une fois que je fus presque vautrée sur lui, dans ses bras – je relevai les yeux vers lui, alors qu’il semblait carrément surpris que je prenne cette initiative. Mais on n’allait pas non plus rester dans la cuisine tout le temps, si ? Je détaillai ses traits en essayant de trouver des différences avec l’Adrian de deux ans auparavant. Je n’en trouvai pas vraiment et mes pensées partirent légèrement dans tous les sens.

« Tu n’as pas changé. Pas du tout. T’es toujours aussi beau… »

J’étais captivée par son visage, et je laissai ma main rejoindre sa joue une nouvelle fois, pour caresser sa barbe, que j’avais toujours aimée. Je savais et je sentais que les verres de vin m’étaient montés à la tête. Il fallait que je me calme, tout de suite. Mais en même temps, quel homme n’aimerait pas qu’on lui dise qu’il était beau ? Aucun. Donc je n’étais pas en tort. Je continuai donc :

« T’es toujours le même. Si tu savais comme tu m’as manqué… »

Et là, je savais qu’il allait encore s’en vouloir, parce que je lui disais encore que je l’avais attendu, et qu’il n’aimait pas ça. Je voulais simplement qu’il sache que je ne voyais pas ma vie avec quelqu’un d’autre, c’était aussi simple que ça… Je lui dirais autant de fois qu’il le faudrait pour qu’il l’accepte. En cessant de le regarder, je me blottis un peu plus contre lui, en posant ma tête sur son torse et en prenant sa main dans la mienne. Je pourrais rester comme ça toute la soirée, toute la nuit s’il le fallait, mais je ne voulais plus bouger. Plus jamais. Quitte à m’endormir dans ses bras…

(c) AMIANTE

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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Sam 29 Nov - 22:45

Ce qu'il reste de toi ✩
What good could I do in a life without you? What more could I lose than what I found in you? What words could I use to tell all this to you?
Les points d’interrogation que je vis apparaitre dans ses yeux me firent paniquer légèrement. Je n’aurai pas dû revenir sur le sujet, là je venais peut-être de lui donner de mauvaises idées… Et si le fait que je lui dise que ce n’était pas important lui donne justement envie d’aller chercher plus loin ? C’était ce que je redoutais, même si au fond je ne voyais pas comment elle pourrait apprendre quoi que ce soit. Il n’y avait personne à Toronto qui pouvait la renseigner sur moi, parce que personne ne me connaissait mieux qu’elle ici. Mon passé était enfermé derrière une porte scellée dont seul moi avait la clé, j’en étais persuadé. Le seul risque existant… c’était mon mariage. Techniquement, je n’avais jamais divorcé de Mathilde et si elle n’avait pas entreprit les procédures pour l’annuler suite à ma disparition, il devait rester des traces de cette union. J’espérais que le fait d’avoir changé de pays empêcherait quiconque de faire le lien entre cet Adrian Alpert qui avait disparu du jour au lendemain à Denver et l’Adrian Alpert qui vivait à Toronto depuis cette période… Peut-être que j’aurai du changer à nouveau de nom ? Alors que je sentais la main de Juliet arriver sur ma joue, je chassais ces pensées de mon esprit. Je ne devais pas penser à tout ça maintenant.

«On a tout le temps du monde pour reparler du passé plus tard, Ad. Il y a des choses plus importantes que ça à faire, pour l’instant. »

J’étais quelque peu rassuré par ces mots, elle n’allait rien chercher pour le moment. Elle n’allait rien me demander. Et je savais qu’elle n’essayerait pas de fouiller mon passé de son côté. Elle préférait attendre que je sois prêt à lui en parler, n’est-ce pas ? Ce qui, je le sentais, n’arriverait jamais. Soulagé à cette pensée, je laissais toute cette histoire de côté pour me concentrer sur ce qu’il se passait en ce moment. Au moins une des questions était réglée. Juliet et moi, nous ne pouvions pas restés séparés plus longtemps, nous le savions tous les deux.

Juliet descendit du plan de travail, me repoussant légèrement au passage. Elle fouilla dans ses poches pour trouver une cigarette et se dirigea vers la fenêtre ; attrapant les allumettes au passage. Ca faisait longtemps que je ne l’avais pas vue fumer. Elle avait arrêté alors qu’elle était enceinte de Charlie et n’avait jamais repris par la suite. Visiblement, la mort de notre fils et ma disparition devait l’avoir fait reprendre. Je ne pouvais pas l’en blâmer, loin de là. Moi-même il m’arrivait d’en prendre une, même si je n’avais jamais été un grand fumeur. Je l’observais recacher quelques bouffées de fumée silencieusement. Le silence qui s’était installé n’avait rien de gênant où d’étrange, au contraire, il me semblait plus que naturel. Ces silences m’avaient manqués. Ce n’était pas le même genre de silence que ceux que je vivais constamment quand j’étais seul dans mon appartement. Même si nous ne parlions pas, nos regards le faisaient pour nous.

J’avais encore du mal à y croire, en la voyant là debout devant moi. Je me retrouvais quelques années plus tôt, alors que nous étions ensembles depuis quelques mois seulement. A cette époque, nous n’aurions jamais pu prédire ce qui allait nous arriver. Même moi, qui avait pourtant vécu pas mal de choses horribles, j’avais cru avoir enfin trouvé le bonheur, et je pensais qu’il ne me lâcherait plus. Quand j’y repensais, j’avais été si naïf, à croire que tout allait bien se passer. Et pourtant, on était prêt à recommencer. Je ne parvenais toujours pas à détacher mon regard du sien. Après avoir terminé sa cigarette en quelques bouffées, elle me prit par la main et nous nous assirent sur le canapé. Elle était pratiquement couchée sur moi et j’étais un peu surpris. Surpris parce que, encore une fois, j’aurai pu croire être revenu quelques années en arrière. Nous voir tous les deux assis dans le canapé comme ça, ça me faisait penser à ces soirées que nous passions tous les deux à l’appartement. Nous n’avions jamais eu besoin de personne d’autre, alors que certains couples multipliaient les sorties à deux ou même entre amis, nous restions simplement chez nous. Et j’aimais ça, Juliet aussi ou du moins pour ce que j’en savais. Elle m’observait toujours, semblant chercher quelque chose qu’elle ne trouvait pas sur mon visage.

« Tu n’as pas changé. Pas du tout. T’es toujours aussi beau… »

J’eu un petit sourire alors que sa main atterrissait une nouvelle fois sur mon visage, caressant ma joue. Elle aussi elle était toujours aussi belle. Et une fois de plus, je me demandais comment j’avais pu supporter ces deux ans loin d’elle.

« T’es toujours le même. Si tu savais comme tu m’as manqué… »

Mon sourire s’effaça légèrement. Si je lui avais manqué, c’est parce que je l’avais abandonnée. Je m’en voulais terriblement de lui avoir fait du mal et pour être honnête je me demandais comment elle pouvait me pardonner. Si les situations avaient été inversées, je n’étais pas certain que j’aurai réagi comme elle. En fait, j’aurai probablement voulu ne jamais la revoir. Elle détourna le visage en se blottissant contre mon torse, me prenant la main.

« Toi aussi tu es toujours aussi belle Juliet. »

A ces mots, je déposais un baiser sur sa tempe avant de lui caresser les cheveux tendrement. Nous pouvions rester des heures comme ça, lovés l’un contre l’autre dans le canapé de Juliet, sans rien faire de particulier. D’ailleurs c’est ce que nous fîmes, terminant la bouteille de vin sans dire grand-chose de plus. Nous étions tous les deux et c’était tout ce qui comptait. Au bout d’un moment, Juliet s’endormit dans mes bras et je me contentai alors de la regarder dormir. Elle avait l’air si paisible comme ça.

Je me réveillais un peu plus tard, presque en sursaut. Je n’avais même pas remarqué que je m’assoupissais et je n’avais aucune idée du temps pendant lequel j’avais dormi. Il faisait encore noir dehors, le matin ne s’était donc pas encore levé mais comme nous étions en plein hiver il pouvait être deux heures comme huit heure. Juliet dormait encore sur moi et je me dégageais doucement pour ne pas la réveiller. Il fallait que je marche pour me dégourdir un peu les jambes alors je me mis à arpenter l’appartement que je connaissais encore par cœur. Il n’était pas très grand mais il y avait tout de même une salle de bain avec une grande baignoire, une cuisine un peu petite mais bien équipée et puis deux chambres, celle de Juliet et… celle qui fut celle de Charlie. Je m’arrêtais devant cette porte, pensif. Qu’est ce qui se trouvait derrière cette porte ? Est-ce que Juliet avait changé quelque chose ou, au contraire, est-ce que tout était resté comme c’était ? Avant que l’on aménage la pièce pour Charlie, il s’agissait d’un bureau qui servait surtout à mettre tout ce dont nous ne nous servions pas. Et quand nous avions appris la grossesse de Juliet, nous avions vidé cette pièce, vendu quelques affaires inutiles et réaménagé le tout. Un sourire se dessina sur mes lèvres quand je nous revis en train de peindre les lieux et de monter les meubles.

Mue par une force inconnue, ma main se posa sur la poignée. Je savais qu’il ne fallait pas que j’entre là. Je savais que, quoi qu’il puise s’y trouver, cela ne pouvait que me faire du mal. Et pourtant, lentement, je me vis enfoncer la clinche et pousser la porte comme au ralenti. Il faisait noir à l’intérieur et d’une main tremblante j’appuyais sur l’interrupteur. Une lumière douce empli la pièce et je pu distinguer son contenu. Rien n’avait changé, en fait. Excepté quelques caisses qui se trouvaient sur le côté et qui d’après ce que je pouvais voir contenaient des choses qui m’appartenaient, la pièce n’avait absolument pas changé. Je restais pendant un moment debout dans l’embrasure de la porte, incapable de faire le moindre mouvement. J’aurai du refermer cette porte, parce que je n’étais pas prêt, et pourtant mes pas me conduisirent jusqu’au berceau en bois qui trônait dans un coin de la pièce. Je me laissais tomber à genou sur le tapis, sentant que mes jambes ne me portaient plus. Dans le berceau se trouvait encore le petit ours en peluche de Charlie. Je l’avais gagné à un de ces jeux de fête foraine où j’avais emmené Juliet. Je lui avais promis de lui gagner un de ces éléphants roses géants qu’elle adorait pour je-ne-savais quelle raison, mais je n’avais pu obtenir que le petit ours en peluche. Alors nous avions décidé d’un commun accord qu’il reviendrait à Charlie, et que je retenterais plus tard le jeu.

Mes doigts se refermèrent sur la peluche que je tins quelques instant devant moi, la fixant sans pouvoir faire le moindre geste. Puis, je l’attirais lentement contre moi avant de la serrer contre mon cœur de toutes mes forces en fermant les yeux. Des tonnes de souvenirs me revinrent en tête d’un seul coup et je ne pus contenir les sanglots qui commencèrent à secouer mon corps. Je n’avais pas pleuré ou presque cette nuit, là, bien trop choqué par la situation, puis j’avais essayé d’oublier. A présent j’avais l’impression qu’hier encore je tenais mon fils contre moi, que je sentais battre mon cœur contre le mien et j’eu l’impression de ne jamais avoir eu aussi mal. J’entendis à peine les pas de Juliet dans le couloir. Je ne voulais pas qu’elle me trouve ici, mais que pouvais-je faire ? J’étais incapable de bouger.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Dim 30 Nov - 21:55


ce qu'il reste de toi
Un jour de février, un invisible froid, des souvenirs à trier, ta chaleur sur le sable, des batailles dans la neige, un sentiment coupable, mon âme qui te protège.
Ce que je fis, m’endormir dans ses bras. Au bout d’un moment, quand même, parce que je n’étais pas non plus assez idiote pour le prendre comme un oreiller et ne pas profiter de ça avant. Alors que je prenais sa main, je l’entendis me dire que j’étais toujours aussi belle, tout comme je lui avais dit qu’il était toujours aussi beau. Je n’étais pas d’accord avec lui, mais on n’était jamais objectifs à propos de soi-même n’est-ce pas ? Je n’allais pas le contredire, mais je n’en pensais pas moins. Il déposa ensuite ses lèvres sur ma tempe et je fermai les yeux de satisfaction. J’avais enfin l’impression de vivre de nouveau et d’être heureuse. Je savais parfaitement que le chemin n’était pas fini, que nous avions encore beaucoup à faire tous les deux, y compris nous faire confiance de nouveau, comme nous l’avions toujours fait. Mais nous étions sur la bonne voie. J’avais hâte que l’on avance, lui et moi. Par la suite, nous vidâmes la bouteille de vin en buvant chacun notre tour et au final, je m’endormais de plus en plus. J’étais bien dans ses bras, alors qu’il me caressait les cheveux. J’aurais pu mourir dans cette position…

C’était la première fois depuis longtemps que je m’endormais de cette façon, aussi calmement, aussi paisiblement. La présence d’Adrian et l’alcool y étaient pour beaucoup. Adrian, plus particulièrement. Il était important pour mon bien-être, et je l’avais retrouvé pour de bon. Alors je ne pouvais que bien dormir. C’était peut-être idiot, mais c’était la réalité. Je dormais mieux avec lui que sans lui. Et j’étais pratiquement sûre que c’était le cas de son côté également. Néanmoins, je me réveillai tout de même, pour me retrouver sur un coussin, qui avait pris sa place. Je ne m’attendais pas à ça. J’avais entendu un bruit, et ça m’avait réveillée en sursaut. Je n’avais pas tout de suite remarqué qu’Adrian n’était plus à côté de moi, et il m’avait fallu quelques secondes pour comprendre qu’il m’avait légèrement déplacée et qu’il avait dû partir. Je pensais qu’il resterait ici pour la nuit au moins. C’était la porte que j’avais dû entendre. En soupirant, je décidai donc de me lever pour rejoindre ma chambre. Je finirais ma nuit là-bas au moins. Ce n’est qu’en arrivant dans le couloir que je vis de la lumière dans la chambre de Charlie. C’était étrange, parce que je n’ouvrais jamais la porte et je n’allumais jamais la lumière. Mais si la pièce était allumée, ça voulait dire qu’Adrian était encore là… et qu’il était entré là-dedans !!!
Lentement, j’avançai jusqu’à la pièce qui était alors maudite pour moi, et je regardai à l’intérieur, inquiète de ce que j’allais y trouver. Je vis Adrian à genoux par terre, la tête penchée vers l’avant, le corps secoué de sanglots. Mon cœur se serra alors que j’avançai encore et que je redécouvrais à mon tour la chambre de mon fils. Ça faisait deux ans que je n’y avais pas mis les pieds et ça me faisait tout bizarre de revoir les murs colorés, le tapis au sol, la table à langer et le berceau. Ca me faisait mal, mais certainement moins qu’à Adrian. En l’observant un peu mieux après m’être rapprochée, je vis qu’il tenait la peluche de Charlie et je sentis mes yeux se remplir de larmes en revoyant notre fils jouer avec alors qu’il était à peine né. J’avais mal au cœur, parce que voir Adrian dans cet état, c’était trop pour moi. Je ne savais même pas quoi faire pour l’aider. Je ne pouvais rien faire, en fait. Il fallait qu’il passe par là pour accepter, comme je l’avais fait, même si visiblement, je n’avais pas du tout passé le cap. En essayant de me calmer un peu, je relevai les yeux et les posai ailleurs dans la chambre. Ce fut le rocking chair qui retint mon attention et qui me donna encore plus envie de pleurer. C’était là qu’on s’asseyait quand Charlie pleurait. Le mouvement de balancier le calmait et il adorait ça. J’adorais ce rocking chair, mais je n’avais pu me résoudre à le changer de place pour le mettre dans le salon alors qu’il aurait pu tout à fait trouver sa place. Il était resté dans cette chambre… et désormais, tout ce que je voulais, c’était qu’il disparaisse. Pour de bon. Comme cette chambre entière. Elle ne nous causait que de la souffrance, elle ne nous apportait que de la tristesse, et nous ne pouvions pas vivre comme ça. Je ne pouvais plus vivre comme ça. Et Adrian ne le supporterait jamais. Il n’y avait qu’à voir dans quel état il se trouvait.

Avec douceur, je finis par m’agenouiller à côté de lui, en posant une main sur son épaule. Il savait que j’étais là, il m’avait entendue arriver, mais rien n’y faisait, il pleurait et pleurait et pleurait encore et encore, en silence. Il me faisait de la peine, mais il fallait que ça sorte. Néanmoins, je fis en sorte qu’il puisse se calmer, et avec détermination, je tentai de lui arracher l’ours en peluche qu’il maintenait contre lui avec force.

« Adrian, lâche le, ça sert à rien… »

A mon grand étonnement, il m’écouta et libéra la peluche de son étreinte. Je la repris, la regardai quelques instants et en refoulant mes propres larmes, je la remis dans le berceau, avant de regarder de nouveau Adrian. Rien n’y faisait et même s’il n’avait plus rien dans les mains, il continuait de sangloter. C’était bien la première fois que je le voyais comme ça, parce que même au théâtre, ce n’était pas aussi intense. Je ne savais pas quoi faire, ni comment réagir face à son comportement. Aussi, je fis la seule chose que je jugeais nécessaire et qui pouvait fonctionner. Je le pris dans mes bras. J’entourai son cou de mes bras, doucement et le forçai à venir contre moi. Je laissai sa tête s’appuyer contre ma poitrine et je lui caressai la joue et les cheveux du mieux que je pouvais, en espérant que ça marche. Je le sentis tressauter de si nombreuses fois que je me demandais s’il allait un jour arrêter de pleurer. Ca me faisait tellement mal de le voir comme ça. Je pleurais moi aussi, silencieusement, sans le montrer. Cette scène était irréelle. Nous étions vraiment dans la chambre de notre fils, mort, en train de pleurer toutes les larmes de nos deux corps. Un tableau que j’aurais préféré ne jamais voir, ne jamais vivre.

« Adrian, murmurai-je d’une voix tremblante et blanche, il faut qu’on sorte d’ici, d’accord ? Tu peux pas rester là. »

Contre moi, je le sentis à peine hocher la tête, mais c’était mon signal de départ et tout doucement, je tentai de me relever en l’entraînant avec moi, du mieux que je pouvais, et en essayant de ne pas le brusquer. Il n’avait pas besoin de ça. Nous devions simplement dégager d’ici, retrouver notre calme et ne plus jamais ouvrir cette satanée porte. Plus jamais.

« Viens. Viens Ad, faut qu’on sorte, sanglotai-je en le tirant par le bras. »

C’était comme s’il me résistait, comme si lui avait envie de rester dans cette pièce, même s’il m’avait pourtant clairement fait comprendre qu’il voulait sortir. Alors il faisait quoi ? Il se repentait pour ce qu’il avait fait par le passé ? C’était ridicule, ce n’était pas comme ça qu’il fallait le faire. Ce n’était pas en restant dans cette pièce, en laissant ces putains de souvenirs le bousiller de l’intérieur qu’il allait réussir à avancer. Il fallait qu’il vienne, et je tirai plus fort sur son bras, prête à le gifler s’il continuait. Finalement, il se laissa faire, un peu à contrecœur et dès qu’il fut sorti de la pièce, j’éteignis la lumière et refermai la porte, presque en la claquant.
Je me retournai vers Adrian, qui gardait la tête obstinément baissée vers le sol, une main posée sur son front pendant qu’il reprenait ses esprits et son souffle. Je vins me mettre juste en face de lui et caressai une énième fois sa joue, en essayant de le rassurer. J’étais aussi furieuse qu’inquiète pour lui et quand je vis encore une larme rouler sur sa joue, je ne pus m’empêcher de fondre sur lui et de l’embrasser. Je capturai ses lèvres avec envie, l’envie qu’il pense à autre chose, qu’il cesse de pleurer et qu’il redevienne l’Adrian normal, celui que j’avais l’habitude de voir et de fréquenter. Je passai alors une main dans ses cheveux en lui tirant légèrement, sans lui faire mal, et l’autre main se glissa dans son cou. Evidemment, ce n’était pas approprié, mais que faire d’autre ? J’avais l’impression que si je ne prenais pas les devants, il ne pourrait jamais s’arrêter de pleurer. Et je voulais qu’il arrête de pleurer, je le voulais plus que tout au monde…

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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Jeu 4 Déc - 1:01

Ce qu'il reste de toi ✩
What good could I do in a life without you? What more could I lose than what I found in you? What words could I use to tell all this to you?


De ma vie, je n’avais jamais ressentis quelque chose de comparable. J’avais soudainement l’impression que tout s’écroulait autour moi. Pendant ces deux années, j’avais réellement fait comme si rien ne s’était passé ? Comme si je n’avais pas perdu mon fils ? Comment avais-je pu ? Comment, alors que Charlie venait de mourir, j’avais pu reprendre une nouvelle vie, comme si il suffisait de ne pas y penser pour repartir à zéro ? Je n’avais même pas assisté à son enterrement ! Celui de mon propre fils ! Quel genre de père j’étais ? J’avais abandonné deux de mes enfants, et j’avais décidé d’oublier le dernier parce que j’avais trop difficile à faire face à son décès. Et maintenant que j’étais là, agenouillé devant son berceau, serrant contre moi la peluche avec laquelle il jouait si souvent, je me prenais une sacrée claque. Toutes les larmes que j’avais retenues jusque-là semblaient avoir décidé de sortir maintenant et je ne pouvais plus m’arrêter de pleurer. En fait, je réalisais seulement. Je réalisais ce que la mort de Charlie impliquait. Je ne le verrais jamais faire ses premiers pas. Je ne l’entendrais jamais dire « papa ». Je ne le verrai jamais rentrer à l’école, en sortir diplômé, jouer au ballon, je ne lui apprendrais jamais à faire du vélo, à jouer au base-ball, à faire de la guitare. Je ne le verrais pas grandir, murir, rencontrer l’amour, avoir des enfants à son tour… Il était mort.

Je sentis soudain que Juliet cherchait à me prendre l’ours en peluche des mains et je la laissais le remettre à sa place sans protester, sans faire aucun geste pour tenter de le garder. Je n’avais pas assez de forces pour ça, j’étais complètement anéanti. Elle s’accroupit ensuite près de moi, me prenant dans ses bras. Une fois encore, je me laissais faire comme un pantin, la laissant me caresser les cheveux. En réalité je n’étais qu’à moitié conscient de sa présence. Tout ce que je voyais devant mes yeux, c’était le film des deux mois passé avec Charlie à nos côtés. De sa naissance au dernier soir. Je distinguais à peine sa voix dans le hoquet de mes sanglots quand elle me dit que je ne pouvais pas rester là. Je hochais la tête comme je pouvais pour lui faire comprendre que je voulais sortir, il le fallait parce que si je restais là j’avais l’impression que je pourrais tout simplement mourir de tristesse. Elle se releva alors, tentant de m’entrainer avec elle mais je ne parvins pas à me redresser. Mes jambes ne pouvaient pas me porter et j’étais encore incapable du moindre mouvement. Juliet tira plus fort sur mon bras et finalement, je me retrouvais sur mes deux pieds, étonné d’arriver à garder l’équilibre. Une fois en dehors de la pièce, Juliet éteignit la lumière et ferma rapidement la porte alors que je fixai le sol, tentant de me calmer comme je le pouvais. Ma tête me faisait à nouveau atrocement mal. Était-ce possible que le chagrin provoque une telle souffrance physique ? Visiblement, oui.

Juliet s’approcha à nouveau de moi et sa main atterrit délicatement sur ma joue. Je relevais la tête vers elle alors que des larmes coulaient encore sur mes joues et j’eu à peine le temps de croiser son regard que ses lèvres s’emparaient des miennes alors que je ne m’y attendais pas le moins du monde. Je restais quelques instants presque stoïque alors que l’une des mains de Juliet passait dans mes cheveux et l’autre se posait dans mon cou avant de pouvoir faire quoi que ce soit. Puis, je fermais les yeux et commençais à répondre à son baiser avec passion, l’entourant de mes bras qui se placèrent naturellement autour de sa taille. Comme à chaque fois, cet instant me parut trop court et pourtant quand nous nous détachèrent l’un de l’autre, nous restèrent immobiles quelques secondes pour reprendre notre souffle, les yeux dans les yeux. Dans les siens, je voyais de l’inquiétude, un peu de colère, de l’envie et puis encore un tas d’autre choses que je ne pouvais pas identifier. S’ils étaient vraiment « les miroirs de l’âme », comme on disait parfois, alors je me demandais ce que l’on pouvait voir dans les miens. J’avais vécu tellement de choses, c’était un peu comme si j’avais eu plusieurs vies. Est-ce que ça se voyait dans mes yeux ? Nos visages se trouvaient encore à quelques centimètres l’un de l’autre et je décidais d’arrêter de me poser des questions. Ce fut à mon tour de capturer ses lèvres pour un second baiser, alors que je la poussais contre le mur d’en face. Je ne pleurais plus à présent, je ne pensais même plus à Charlie. Je savais juste que j’aimais Juliet, et que je pouvais endurer n’importe quoi pour pouvoir l’embrasser encore, sentir encore sa peau sous mes doigts, son odeur et sa chaleur. Parce que rien, absolument rien, ne pouvait rivaliser avec l’amour que j’avais pour elle. Et si la revoir, revenir dans cet appartement où notre fils avait vécu était difficile, vivre sans Juliet était impossible. Mes lèvres descendirent dans son cou et je sentis ses mains s’infiltrer sous mon t-shirt.

Une fois encore je me détachais d’elle, comme si je reprenais soudain conscience. Qu’est-ce qu’on était en train de faire, là ? C’était seulement la deuxième fois que l’on se voyait depuis que… depuis que je l’avais abandonnée. Je n’étais pas certain que le moment soit bien choisi, et je n’avais aucune envie qu’elle pense que je revenais pour ça ou quoi que ce soit d’autre. Si je revenais c’était parce que je m’étais rendu compte de mon erreur après l’avoir revue au théâtre, et parce que je l’aimais !

« Je.. Juliet.. Je ne sais pas si.. Peut-être que je ferais mieux de rentrer… »

Je n’avais aucune envie de rentrer, évidemment, j’aurai voulu ne plus jamais la quitter, j’aurai voulu pouvoir m’enfermer quelque part avec elle et que l’on puisse vivre seulement à deux, hors du temps. Mais je n’étais plus certain que tout était comme avant, et je ne savais pas vraiment quoi faire.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Jeu 4 Déc - 12:51


ce qu'il reste de toi
Un jour de février, un invisible froid, des souvenirs à trier, ta chaleur sur le sable, des batailles dans la neige, un sentiment coupable, mon âme qui te protège.
Alors que je l’embrassais comme si demain n’existait pas, je me demandais si c’était réellement la meilleure des choses à faire. Adrian ne semblait pas répondre à mes avances, et j’avais l’impression qu’il n’allait pas le faire, qu’il était sous le choc, qu’il était trop perturbé pour ça. Ca me faisait mal, et en même temps, j’aurais dû m’y attendre. Il était entré dans la chambre de son fils, il avait revécu tous nos souvenirs et il était en larmes. Comment pouvais-je croire une seule seconde qu’il allait réussir à se changer les idées aussi rapidement ? J’étais idiote de le penser.
Cependant, alors que j’allais me détacher de lui pour que l’on reprenne nos distances et que l’on puisse éventuellement passer à autre chose, je sentis ses mains s’enrouler autour de ma taille, alors qu’Adrian me serrait contre lui. Le choc était passé, et il pensait réellement à autre chose. Ca avait fonctionné, alors ? Je me perdis alors dans ses bras, prête à tout pour que ça ne s’arrête jamais. Je voulais rester ici, dans ce couloir et contre ce mur, enserrée contre lui jusqu’à la fin des temps. J’étais là où je devais être, enfin. Et rien ne pourrait m’empêcher de rester là, de le garder avec moi, de ne plus jamais le quitter. La magie s’arrêta lorsque nos lèvres se séparèrent, alors que nous manquions d’air. J’aurais voulu mourir asphyxiée, ça n’aurait pas eu d’importance, tant que c’était Adrian qui me prenait mon dernier souffle.

Nous nous regardâmes pendant quelques instants, qui me parurent des heures mais qui furent si courts à la fois… Je ne savais pas où nous allions tous les deux. On était en train de s’embarquer dans un bazar incroyable, et pourtant, ni lui ni moi n’avions envie de reculer, d’après ce que je pouvais voir. Je bouillonnais d’envie, et ce baiser n’avait fait que réveiller le désir qui brûlait en moi déjà auparavant. Je savais que c’était une mauvaise idée, qu’il ne fallait pas que l’on fasse ça, mais je l’aimais, il m’aimait… c’était la suite logique des choses. Je me fichais du fait que ce ne soit sûrement pas ce que nous devrions faire. J’avais envie qu’il me possède, là tout de suite, et je le voulais absolument. Aussi, j’accueillis avec plaisir et joie ses lèvres une deuxième fois, tandis qu’il me poussait carrément contre le mur, celui de la chambre de Charlie. La douceur de ses gestes contrasta avec la violence du heurt et j’en eus presque le souffle coupé. Je n’étais pas en reste non plus, et pour bien lui faire comprendre ce que je voulais et comment je le voulais, je lui tirai une fois de plus les cheveux, doucement, et laissai mes mains glisser jusqu’à sa taille, où je m’arrêtai pour les passer sous son t-shirt, et éventuellement lui retirer, s’il se laissait faire. Je voulais le revoir, complètement, entièrement. Comme avant, quand bien même notre « comme avant » n’existait plus et que tout avait changé. Je frissonnai d’envie alors que sa barbe chatouillait mon cou et déjà, mon souffle se saccada.

Cependant tout s’arrêta d’un coup, sans que je le comprenne réellement. Il s’écarta de moi, en arrêtant de m’embrasser, et je le regardai d’un œil interrogateur, un mélange de défi et de tristesse dans le regard. Il ne pouvait pas s’arrêter maintenant, vraiment pas. Je lui interdisais tout bonnement de ne pas aller plus loin avec moi. C’était proscrit, parce qu’on avait commencé quelque chose et qu’il fallait le finir.

« Je.. Juliet.. Je ne sais pas si.. Peut-être que je ferais mieux de rentrer… »

Rentrer où ? Chez lui ? C’était ici chez lui, désormais ! Ca l’avait toujours, ça le serait toujours. J’étais triste qu’il puisse penser que je ne voulais pas qu’il reste. Il n’avait donc rien compris ? Je ne voulais plus qu’il parte, plus jamais, et s’il partait ce soir-là, ça me ferait mal. Je savais que pour l’instant, nous ne pourrions pas rester toute la journée ensemble, vivre ensemble, dormir et manger ensemble, tout faire ensemble… mais il fallait qu’il reste, au moins pour cette nuit. En plus, il était trois heures du matin. Il n’allait quand même pas sortir maintenant, qui savait ce qu’il pouvait lui arriver ?! Qui me disait qu’il n’allait pas faire une bêtise, hein ? Il sortait de la chambre de notre fils ! Il était chamboulé ! Il était mal en point ! Et de fait il était hors de question que je le laisse partir, c’était mon devoir de le protéger contre lui-même et en deux nouvelles entrevues, au théâtre et ici-même, j’avais compris à quel point il était fragile…

« Reste… »

Ma voix n’était plus qu’un souffle, alors que je caressai doucement l’arrière de son crâne, soucieuse. Quand il avait une idée derrière la tête il était très difficile de la déloger, et s’il voulait vraiment partir, il le ferait. Mais je ne disais pas mon dernier mot. Je ne savais pas exactement quelle technique serait la meilleure pour cela et j’hésitais entre l’embrasser et pleurer pour qu’il reste avec moi. Les deux fonctionneraient très certainement mais l’une impliquait une nuit plus calme que l’autre. Mais avait-il vraiment le cran pour ça ? La question pouvait se poser.

« Si tu m’aimes, reste… »

J’avais décidé d’adopter la technique larmoyante pour commencer. Si ça ne fonctionnait pas, je n’avais plus qu’à l’embrasser pour qu’il comprenne. Si ça fonctionnait, j’allais l’embrasser de la même façon. Il n’avait pas à partir, il devait rester avec moi et ne plus jamais s’enfuir. Il voulait vraiment rentrer ? Il pouvait le faire, mais il devait avoir une vraiment bonne raison. Et ne pas être sûr de lui, ce n’était pas une bonne raison. Aussi, je repris possession de ses lèvres et l’attirai vers moi pour le convaincre. Je repris mes gestes là où j’avais été arrêtée, et tentai de retirer ce fichu t-shirt, qui me résistait. Néanmoins, si j’essayais de faire avancer les choses, ce n’était plus du tout le cas d’Adrian, et je fus bien obligée d’admettre rapidement qu’il n’avait pas prévu cette nuit-là comme ça. Alors il voulait vraiment rentrer chez lui ? Soit…
Légèrement déçue et énervée que tout ne se passe bien comme je l’avais imaginé au départ, je le relâchai de nouveau et m’écartai de lui sans le regarder. S’il voulait partir, qu’il parte, mais alors qu’il ne me fasse pas le coup du mec qui faisait ça pour mon bien, pour me protéger ou je ne savais quoi. Il pensait peut-être que ça allait trop vite, moi je trouvais que ça n’avait pas d’importance ! On se connaissait par cœur, quel était le mal à vouloir se retrouver pour de bon ? Il pouvait assumer, non ?!

« Fais ce que tu veux, Ad soupirai-je. Je serais dans ma chambre, si jamais tu veux me rejoindre… »

J’avais dit ça d’une petite voix, comprenant que je n’aurais pas le choix avec lui, de toutes façons. Je n’allais pas me battre contre lui pour qu’il se comporte de la façon que je voulais, quand même. Je n’avais pas d’emprise sur lui, et j’étais triste que l’on ne soit pas sur la même longueur d’ondes. Néanmoins, j’acceptais tout cela. Ce ne serait pas la première fois où je m’endormais toute seule, et ce ne serait pas la dernière. J’espérais juste, en voyant Adrian arriver ici plus tôt dans la soirée, que pour cette nuit-là, je ne serais pas seule… parce que je ne voulais pas l’être.. et que c’était synonyme d’échec !
Sans un regard de plus, je tournai les talons et pris le chemin de ma chambre, en m’enfonçant plus loin dans le couloir, tandis qu’Adrian restait planté là, à me regarder. Je n’avais aucune idée de ce qu’il allait pouvoir faire et je savais que mon cœur se briserait encore un peu plus si j’entendais la porte d’entrée se refermer sur lui…

(c) AMIANTE

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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Sam 6 Déc - 14:00

Ce qu'il reste de toi ✩
What good could I do in a life without you? What more could I lose than what I found in you? What words could I use to tell all this to you?

Dès que je vis la déception dans son regard, je sus que j'aurai mieux fait de continuer ce que j'étais en train de faire sans me poser de questions. Nous étions encore l'uns contre l'autre, même si je m'étais légèrement écarté pour pouvoir la voir en lui parlant et je failli oublier ce que je venais de dire et l'embrasser à nouveau. Mais je laissai passer cette occasion. Je me demandais réellement si c'était une bonne idée. Je ne voyais pas trop pourquoi elle pourrait être mauvaise pourtant, si nous étions de nouveaux ensembles tous les deux, ce n'était pas comme si on venait de se rencontrer. Je connaissais Juliet, je savais quel jour de la semaine elle préférait, ce qu'elle prenait au petit-déjeuner, ce qu'elle aimait faire le dimanche après-midi, comment elle mangeait sa viande, quelles fleurs elle adorait, ce qu'elle aimait et ce qu'elle n'aimait pas. Elle aussi, elle me connaissait. Ou du moins elle connaissait ce qu'elle devait connaitre sur moi, et c'était bien assez. Quand j'y repensais, je me disais qu'elle était à la fois la personne qui en savait le plus sur moi, qui me comprenait le mieux, et à la fois celle à qui je cachais le plus de choses. Enfin, je ne lui cachais pas vraiment. Je ne lui en avais jamais parlé, et pour moi c'était deux choses totalement différentes. Peut-être qu'un jour, je serais prêt à tout lui dire, même si j'en doutais fortement. Je ne voyais aucune raison de risquer de gâcher ce que nous avions tous les deux. Autant éviter les souffrances inutiles, non ?

« Reste…Si tu m’aimes, reste… »

Sa voix n'était qu'un souffle et elle me regardait avec des yeux presque suppliants. Evidemment que je l'aimais ! Ce n'était pas la question... Je n’eus pas le temps d'y réfléchir plus qu'elle m'attirait vers elle pour m'embrasser encore et que ses mains s'attaquaient à nouveau à mon t-shirt. Mais je restais inéluctablement immobile et il ne lui fallut pas longtemps pour remarquer que je ne répondais pas à ses gestes. Elle abandonna alors et se détacha à nouveau de moi en détournant le visage. Je l'avais blessée visiblement, mais ce n'était pas du tout ce que je voulais ! Pourquoi ne comprenait-elle pas ?

« Fais ce que tu veux. Je serais dans ma chambre, si jamais tu veux me rejoindre… »

A ces mots, elle tourna les talons et se dirigea vers sa chambre alors que je restais planté dans le couloir comme un idiot. Je n'avais absolument pas voulu la vexer ! Et pourtant j'avais l'impression d'avoir fait une énorme connerie. Qu'est-ce qui la dérangeait tant ? Peut-être le fait que j'ai parlé de partir. Peut-être qu'elle craignait ne jamais me voir revenir. Je me mordis la lèvre à cette idée. Peut-être qu'elle allait penser à ça à chaque fois que je quitterais l'appartement. En l’abandonnant, j’avais certainement réduit en miette toute la confiance qu’elle avait en moi. Comment allions nous faire ? Je ne voulais pas qu’elle se pose des questions à chaque fois que j’aurai un peu de retard, un empêchement ou quoi que ce soit du genre. Il fallait absolument restaurer cette confiance. Ce serait certainement un peu long et peut-être laborieux, mais j’y arriverais et elle aurait de nouveau confiance en moi comme avant. Alors qu'elle s'éloignait toujours, je repris l'usage de mes mouvements et me rapprochais d'elle en quelques pas pour lui attraper la main.

« Attends, Juliet ! Je voulais juste qu'on prenne notre temps, tu vois... ? Enfin, pour pas qu'on refasse les même erreurs ou... »

Elle se retourna et me regarda avec un mélange de tristesse et de colère qui  rendirent ma voix hésitante. Maintenant que j'avais de nouveau les yeux plongés dans les siens, je n'arrivais plus à savoir ce que je voulais lui dire. Je perdais mes mots et me demandais soudain ce qu’il m’était passé par la tête quelques secondes plus tôt. Comment j'avais pu penser que j'étais en train de faire une erreur, que nous étions en train de faire une erreur ? Elle était si belle. Et je l'aimais tellement. Voir cette tristesse dans ses yeux, ça me rendait fou, je ne voulais pas qu'elle soit triste et encore moins à cause de moi. J’en avais d déjà assez fait comme ça. Ce que je voulais voir dans ses yeux, c’était du bonheur, de l’amour, de la joie. Je fermais la bouche, me rendant compte que ce que je disais n’avait absolument aucun sens, et qu’en plus je ne le pensais pas. Ou plus. A quoi bon prendre notre temps sur des terrains que nous connaissions déjà par cœur ? En quoi cela pourrait-il être une erreur à présent ?
Nous restâmes quelques instants immobiles à nous fixer. Elle attendait certainement que je termine ma phrase, elle ne bougeait pas d’un millimètre alors que son bras était toujours prisonnier de ma main. Mais je m’étais perdu dans ses yeux, et finalement, quand je repris la parole, ce fut pour dire quelque chose de totalement différent.

« En fait, oublie ça. »

A peine eu-je finis de parler que je tirai un peu sur son bras pour la rapprocher et l'embrasser encore une fois. Ses lèvres étaient si douces, j'aurai voulu l'embrasser pendant des heures entières, si seulement je n'avais pas eu besoin d'oxygène. Ma main passa dans ses cheveux alors que l’autre quitta son bras pour se placer dans le bas de son dos. Quand je l’embrassais, j’avais l’impression que plus rien d’autre ne comptait. Quelques minutes à peine auparavant, j’étais agenouillé devant le berceau qui fut celui de mon fils, et à ce moment j’aurais voulu mourir de chagrin. Mais à présent que je sentais les lèvres de Juliet contre les miennes, sa chaleur et son parfum, je me demandais une énième fois comment j’avais survécu sans elle. Comment j’aurais pu vouloir en finir alors qu’elle était là, et qu’elle était tout ce qui comptait à présent. Je n’étais qu’un idiot.

Quand nos lèvres se détachèrent pour que nous puissions reprendre notre souffle, je ne m’écartais pas d’un centimètre et posait mon front contre le sien. Je ne voulais pas m’éloigner d’elle du moindre millimètre, je ne voulais pas la lâcher, je pouvais même rester comme ça des heures si il le fallait. Tout ce que je voulais, c’était être le plus proche d’elle possible, la toucher, la sentir contre moi. Et ne plus jamais la quitter.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Dim 7 Déc - 13:33


ce qu'il reste de toi
Un jour de février, un invisible froid, des souvenirs à trier, ta chaleur sur le sable, des batailles dans la neige, un sentiment coupable, mon âme qui te protège.
J’arrivais à peine à croire qu’il refusait mes avances, et qu’il allait réellement me laisser retourner dans ma chambre, toute seule. C’était invraisemblable pour moi, parce que je pensais que nous n’allions plus nous quitter. Je pensais qu’il comprendrait qu’il était ici chez lui, que je n’allais pas le mettre à la porte et que de fait, il n’avait pas besoin de partir, de s’enfuir. Si c’était ce qu’il voulait vraiment, alors d’accord, mais il était hors de question qu’il me fasse son petit regard larmoyant ! C’était ma technique, ça ! Aussi, je décidai de ne pas m’arrêter de tout le petit chemin qui menait jusqu’à ma chambre. Je ne devais pas le regarder, me retourner, ni l’écouter, et je devais simplement aller jusque dans la chambre et y rester ! Il comprendrait bien vite le message et soit il ne voudrait pas que je m’énerve, soit il partirait. Il avait le choix désormais et il allait faire un choix.
Alors que je marchais toujours vers la porte de ma chambre, je sentis qu’il me prenait le bras pour m’arrêter et immédiatement, il me demanda d’attendre, ce que je fis, bien malgré moi. Je l’entendis me dire qu’il faudrait que l’on prenne notre temps, que c’était tout ce qu’il voulait, afin que l’on ne refasse pas les mêmes erreurs. A ce moment précis, une bouffée de rage monta en moi et je me retournai vers lui, prête à lui hurler dessus si je ne me retenais pas de le faire. Néanmoins, en voyant mon regard, il comprit que ce n’était pas du tout la chose à dire, et il se tut automatiquement. Quelles erreurs avions-nous faites ? De quoi parlait-il exactement ? Est-ce qu’il regrettait ne serait-ce qu’un seul de nos souvenirs en commun ? J’étais d’accord, tout était allé très vite, quand nous nous étions connus, mais il osait vraiment regretter rien qu’un seul de nos faits et gestes ? Il regrettait que l’on se soit mis ensemble, ou bien il regrettait de m’avoir demandé de l’épouser aussi vite ? Peut-être qu’il regrettait également que j’aie oublié de prendre ma pilule et que je sois tombée enceinte ? Il regrettait Charlie ? Il n’y avait rien à regretter. Le passé était le passé, aussi douloureux puisse-t-il être, et nous n’avions pas fait d’erreurs, du moins, pas de mon point de vue.

Il avait laissé sa phrase en suspens, et en me regardant, il avait refermé la bouche, comme s’il comprenait que ses mots n’avaient pas d’effets positifs sur moi. Ils ne me rassuraient pas, ils n’avaient aucun effet à part me mettre en colère. Nous restions là, à nous regarder en chiens de faïence, sans savoir lequel de nous deux allait faire le premier pas, prononcer le premier mot, esquisser le premier geste. C’était à lui de se faire pardonner, de toutes façons. Moi je n’avais rien fait. Je ne sais pas exactement combien de temps nous restâmes dans cette position, les yeux dans les yeux, sans rien dire, mais quand Adrian reprit ses esprits et l’usage de la parole dans le même temps, il fit quelque chose qui me surprit. Une chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout.

« En fait, oublie ça. »

Tandis que je le sentais tirer sur mon bras pour me ramener vers lui, je décidai de me laisser faire, consciente que si je le repoussais, ce serait à mon tour d’être en tort, et que je perdrais une occasion de me retrouver contre lui. Il m’embrassa à nouveau, d’une façon aussi fiévreuse que passionnée et ses mains retrouvèrent leurs habitudes dans mes cheveux et à ma taille. Je tentais de ne pas me montrer trop envieuse mais c’était peine perdue et plutôt que de parler encore, ou bien même de me retenir, en quelques manières que ce soit, je nouai mes bras autour du coup d’Adrian, tandis qu’il rompait notre baiser pour que l’on puisse respirer de nouveau. Sans me lâcher, il posa son front contre le mien et me fixa droit dans les yeux. Je pouvais lire dans son regard toute l’envie qu’il me portait et je ne voulais pas que ça s’arrête. Sans y réfléchir plus que cela, je considérais que la partie était gagnée, et que nous n’allions plus nous lâcher, du moins, jusqu’à ce que l’on soit obligés de le faire, le lendemain matin. A cette pensée, et avec la volonté incroyable que la nuit ne s’arrête jamais, je capturai de nouveau ses lèvres en y mettant toute ma force et en reprenant le chemin que j’avais commencé à emprunter jusque dans ma chambre. Je voulais qu’on y finisse, dans cette fichue chambre, et j’allais tout faire pour y arriver. Adrian se laissa faire, heureusement et alors que j’avançais à reculons jusqu’à la porte, ce fut lui qui trouva la poignée, dans mon dos, pour l’ouvrir.
C’était la première fois en deux ans qu’il entrait dans cette chambre, et heureusement pour nous deux, il ne s’arrêta pas pour observer la décoration et les changements. De toutes façons, ma chambre, à l’image de l’appartement entier, n’avait pas beaucoup changé. Je n’avais pas changé les meubles, j’avais juste enlevé les affaires d’Adrian. Sa table de chevet était vide, son côté de l’armoire aussi, hormis un t-shirt qui traînait, que je n’avais pas pu me résoudre à mettre dans un carton et que j’utilisais parfois pour dormir.

Debout devant mon lit, nous continuions de nous embrasser, et cette fois encore, je repassai mes mains sous le t-shirt d’Adrian pour réellement lui retirer, pour de bon. Redécouvrir son corps allait être une merveille pour moi. Ca faisait bien trop longtemps qu’il était parti, et je voulais rattraper le temps perdu. J’espérais qu’il ressentait la même chose de son côté. Je ne voulais pas être la seule à vouloir des choses et à tout faire pour les obtenir. Il fallait que l’on soit sur la même longueur d’ondes, et durant ces dernières minutes, j’avais eu l’impression que ce n’était pas le cas. Ca me faisait peur… mais avais-je vraiment à penser à cela maintenant ? Non, certainement pas, et je devais arrêter de me poser des questions dans un moment pareil. Bien avant que j’ai le temps de dire « ouf », mes genoux heurtèrent le bout de mon lit, et je tombai à la renverse sur ce dernier, emportant dans mon élan Adrian, trop heureux de se retrouver au-dessus de moi comme ceci. J’aurais pu rester des heures comme ça, sans rien faire de spécial que de le regarder, pendant qu’il caressait mon visage, et pourtant, mon corps prit le dessus sur mon cerveau, et je fis en sorte de passer mes mains dans son dos, jusqu’à sa taille et de tirer sur son pantalon pour qu’il tombe. Ce que faisant, je découvris qu’il était bien plus difficile d’y parvenir que ce qu’il n’y paraissait et je dus attendre qu’il prenne les choses en main, en réalité. Je n’étais pas spécialement très libre de mes mouvements non plus, dans cette position et ça limitait grandement les possibilités.
Perdue dans des émotions qui ne m’étaient pas parvenues depuis bien trop longtemps, je ne compris qu’à moitié qu’Adrian était en train de me déshabiller, lentement, avec précautions. Une fois de plus, j’eus l’impression d’être toute fragile dans ses bras et qu’il faisait bien attention à moi. Même si je brûlais de l’intérieur, parce que je voulais qu’on aille plus loin tous les deux, je ne pouvais m’empêcher de fondre, de gémir de plaisir en sentant ses doigts caresser ma peau et me chatouiller légèrement. Il m’embrassa avant d’enlever mon t-shirt, et suivit la ligne entre ma mâchoire et ma joue, jusque dans mon cou, où il déposa des dizaines de baisers papillons qui me tordirent les entrailles de plaisir et d’envie. Deux ans et demi n’avaient pas été suffisants pour qu’il perde ses habitudes et ses façons de faire et j’eus l’illusion qu’en réalité, le temps n’avait pas passé, que la boucle était bouclée.
Une fois que je fus entièrement nue devant lui, je vis son regard glisser sur moi, et un sourire se former sur ses lèvres, alors que je rougissais comme une adolescente. Comme d’habitude avec lui, je n’avais plus trente ans mais quinze, et je croyais tout découvrir pour la première fois… Néanmoins, j’avais plus d’assurance que lors de mes quinze ans et je lui fis rapidement comprendre que je n’aimais pas que l’on ne soit pas sur un pied d’égalité. Son pantalon me résistait depuis trop longtemps et il était temps que l’on s’en débarrasse. Pour de bon. Aussi, je le repoussai un peu et il se retrouva à genoux devant moi, pendant que je m’occupais du bouton et de la braguette de son pantalon, afin de le baisser brusquement. Enfin satisfaite, je le laissai l’enlever, ainsi que son boxer en balançant de nouveau mon corps en arrière. Quand il revint vers moi, je crus mourir tant mon envie était forte et je l’obligeai à revenir au plus proche de moi pour l’embrasser, les grands ouverts, plantés dans les siens. Je voulais qu’il agisse, qu’il ne réfléchisse pas pour une fois et qu’il laisse son cœur parler. C’était ce qu’il faisait, deux ans auparavant avec moi. Il ne réfléchissait jamais. C’était sûrement pour cette raison qu’il était parti, aussi, parce qu’il n’avait pas réfléchi… A cette pensée, un éclair de colère me transperça et je mordis la lèvre d’Adrian avant de le repousser sur le côté pour finalement m’installer à califourchon sur lui. Son regard interrogateur me fixa quelques instants, avant que je ne me penche vers lui pour l’embrasser de nouveau et que, dans le même temps, je fasse en sorte qu’il entre en moi. Je gémis contre ses lèvres en sentant enfin le bonheur me parvenir et je m’affaissai sur son torse, sans bouger, profitant simplement de la sensation que j’avais de le sentir en moi après tout ce temps. J’aurais carrément pu m’arrêter à partir de ce point-là, parce que j’étais déjà plus qu’heureuse, mais je savais que ce qui m’attendait par la suite allait être encore meilleur…

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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

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MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Dim 7 Déc - 21:09

Ce qu'il reste de toi ✩
What good could I do in a life without you? What more could I lose than what I found in you? What words could I use to tell all this to you?

Juliet sembla d’abord étonnée de mon geste, puis se laissa aller et passa même ses mains dans mon cou quand je me détachais d’elle. Pour être honnête, j’étais aussi surpris qu’elle, je ne m’attendais pas du tout à faire ça quand je l’avais rattrapée. Seulement, j’avais compris que je me trompais en voyant la colère et la déception dans ses yeux. Et puis, à quoi je pensais quand je parlais d’erreurs ? Je ne regrettais pas la vie que j’avais pu avoir avec Juliet, et même si elle comprenait une issue tragique, pour rien au monde je ne l’échangerais pour une autre. Peut-être que j’avais simplement peur de mal faire, peur que le moment soit mal choisi, mais à voir le regard de Juliet, je savais qu’elle avait tout autant envie que moi. Et ce baiser raya le moindre doute qui pouvait subsister dans mon esprit. Il était un peu plus fiévreux que les précédents et quand Juliet m’embrassa à nouveau après m’avoir fixé quelques instants, elle m’attira vers le bout du couloir. Je n’émis plus aucune résistance, me laissant emporter. Quand son dos heurta la porte de sa chambre, je tâtonnais quelques secondes à peine avant de trouver la poignée pour ouvrir la porte.

Contrairement à ce que j’avais fait en pénétrant dans chaque pièces plus tôt dans la soirée, je ne m’attardais pas le moins du monde à observer les lieux, à repérer ce qui avait bien pu changer ou rester pareil que deux ans auparavant. Toute mon attention était dirigée vers Juliet, et le lit se trouvait toujours au même endroit, ce qui, pour le moment, était le plus important. Nous  nous arrêtâmes une fois devant le lit et les mains de Juliet s’infiltrèrent une nouvelle fois sur mon t-shirt. Je la laissais faire, cette fois, et bientôt il vola sur le sol. Elle m’observa un instant, passant sa main contre moi. Nous tombâmes rapidement sur le lit quand elle le heurta et m’attira avec elle dans sa chute. Je restais alors immobile un moment, me contentant de caresser doucement son visage en savourant la sensation de son corps sous le mien. Au début, j’avais un peu appréhendé ce moment, me demandant si je retrouverais mes réflexes après plus de deux ans. Mais finalement, c’était encore une fois comme si ces années n’avaient pas existé. Alors que Juliet tentait de m’enlever mon pantalon sans vraiment y arriver, je me décidai à commencer à lui enlever ses vêtements.

Mes mains glissèrent délicatement sur sa peau alors que je m’appliquais à prendre tout mon temps, peut-être encore plus que ce dont j’avais l’habitude, pour la déshabiller. J’aimais y aller en douceur et découvrir son corps petit à petit, l’embrassant un peu partout au passage, et c’était exactement ce que je faisais en ce moment, appréciant chacun de ses gémissements.  Une fois qu’elle fut entièrement dévêtue, je ne pus m’empêcher de la regarder un instant, alors qu’un sourire se dessinait sur mes lèvres. Elle rougit légèrement sous mon regard insistant, ce qui me donna encore plus envie de sourire. J’étais toujours en train de la détailler quand elle me fit me redresser sur les genoux pour s’occuper de la fermeture de mon pantalon. Je m’empressai d’ôter celui-ci, tout comme mon boxer, alors que Juliet se rejetait en arrière. Quand je revins vers elle, elle m’attira à elle pour m’embrasser et en sentant la chaleur de son corps sous le mien je ressentis une vague de chaleur dans tout mon corps.

Quand elle me mordit la lèvre avant de prendre le dessus et de s’installer sur moi, je ne pus m’empêcher de la regarder avec un air interrogateur. Je n’avais pas vraiment l’habitude de la voir agir comme ça, surtout si soudainement. J’oubliais cependant tout questionnement interne quand elle se pencha pour m’embrasser à nouveau et que, dans le même temps, elle me faisait entrer en elle. Un râle de plaisir m’échappa alors qu’elle se laissait choir sur mon torse. Nous restâmes ainsi quelques secondes, nous délectant de cette sensation que nous n’avions plus éprouvée depuis trop longtemps, avant que je me décide à agir. Etant un peu bloqué dans cette position, je nous fis rouler sur le côté pour reprendre le dessus. Je n’avais aucun problème avec le fait d’être passif, mais maintenant que j’étais en elle je ne comptais certainement pas en rester là. Aussi lentement que possible, je commençais à mouvoir mon bassin, imprimant un mouvement de va et vient et continuais tout en me penchais sur Juliet pour l’embrasser une nouvelle fois alors qu’elle recommençait à gémir. Je brulais d’envie d’accélérer et d’en finir rapidement pour atteindre l’extase, mais je me forçais à prolonger le plaisir, profitant de chaque seconde, alors que mes lèvres rejoignaient la base de son cou et remontaient vers son oreille. Je mordillais légèrement son lobe et sentit ses ongles s’enfoncer petit à petit dans mon dos tandis que j’accélérais de plus en plus le mouvement, perdant quelque peu le self-control dont je faisais preuve jusque-là.

Mes coups de reins se firent de plus en plus frénétiques et nos respirations se saccadèrent. Je relevais un peu la tête pour pouvoir regarder Juliet. Elle avait les yeux fermés et ses gémissements se faisaient de plus en plus sonores. Je pu sentir tout son corps se contracter sous le mien tandis qu’elle se cambrait en atteignant le point culminant du bonheur en même temps que moi. Je me laissais retomber sur elle le temps de reprendre mon souffle, alors que j’étais encore en elle, puis me retirais et roulais sur le dos à ses côtés, des étoiles encore plein les yeux. Je n’arrivais pas vraiment à penser à quelque chose et profitais simplement de l’état de béatitude dans lequel je me trouvais. Pendant un moment, seules nos inspirations résonnèrent dans la pièce puis quand je fus remis de mes émotions, je me mis sur le flanc face à elle alors qu’elle faisait de même. Encore une fois, nous restâmes silencieux, se contentant de se fixer dans les yeux. D’une main, je replaçais une mèche de ses cheveux, maintenant totalement ébouriffés et laissais glisser ma main dans son cou puis sur son flanc, détaillant chaque parcelle de son corps qui frissonnait sous mes doigts.  Je pouvais l’observer comme ça pour l’éternité.

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Juliet Carlson


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CREDIT : ava : casielsilencio
MessageSujet: Re: [TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian   Mer 10 Déc - 0:49


ce qu'il reste de toi
Un jour de février, un invisible froid, des souvenirs à trier, ta chaleur sur le sable, des batailles dans la neige, un sentiment coupable, mon âme qui te protège.
J’aurais voulu rester des heures comme ceci, dans cette position si agréable. J’aurais voulu mourir dans cette position, Adrian en moi, et tout mon corps collé au sien. C’était impossible, et Adrian n’en avait pas envie, puisqu’il s’empressa de me faire rouler sous lui, comme avant. Je ne savais pas d’où m’était venu l’élan qui avait fait que je m’étais assise sur lui. Je ne faisais jamais ça habituellement… mais je ne faisais jamais l’amour avec mon ex-fiancé deux ans et demi après son départ, habituellement. Quoi qu’il en soit, tout était redevenu à la « normale », puisque j’étais de nouveau à la merci d’Adrian, sous lui, tandis qu’il se mouvait en moi, doucement, lentement, au ralenti, me laissant haletante. Dans l’attente de le sentir enfin démarrer pour de bon, je ne fis rien, trop curieuse de voir ce qu’il allait faire. Cependant, rien ne vint et je compris qu’il avait décidé de prendre des pincettes, de tout faire doucement. J’avais envie de lui crier d’aller plus vite, de me faire mal, de ne même pas me prendre en compte, mais tout ce que j’arrivai à émettre, c’était des gémissements, pratiquement soupirés et expirés dans les oreilles d’Adrian, alors qu’il m’embrassait dans le cou, et mordillait mon lobe. J’étais aux anges et je brûlais en Enfer en même temps, en me disant que j’aurais tout donné pour que notre endurance soit résistante à toute épreuve. Je voulais qu’il continue à aller si doucement que cela, et je voulais qu’il aille le plus vite possible. Nous avions tellement attendu, tous les deux de nos différents côtés, avant de pouvoir goûter de nouveau au plaisir charnel, qu’un mélange de différents sentiments passait en moi.
Néanmoins, Adrian n’était pas du genre à se retenir trop longtemps, et rapidement, il perdit le contrôle de ses mouvements. Il accéléra, et toutes les sensations que je ressentis alors décuplèrent mon plaisir, mes gémissements également. Je plantai mes ongles dans son dos nu sans me rendre compte que j’allais lui faire mal si je le faisais ça. Alors que nous nous perdions petit à petit dans la jouissance que tout cela nous procurait, je sentis Adrian attraper mes hanches, tout en continuant de me mordiller le cou. A travers mes gémissements de plus en plus aigus, de plus en plus stridents, j’entendais Adrian pousser de petits râles, jurer entre ses dents et prononcer mon prénom. Je ne le voyais plus, j’avais fermé les yeux, concentrée sur le plaisir qu’il me procurait, mais j’aurais adoré l’observer durant tout ce temps. Il devait être tellement beau quand il me faisait l’amour… mais je n’étais plus capable d’ouvrir les yeux pour l’instant, totalement submergée par tous les sentiments qui m’enivraient, qui m’attrapaient et m’empêchaient de remonter à la surface. Deux ans et demi avaient été bien trop longs et je remarquai maintenant combien j’avais pu souffrir du manque de lui. Je voulus le prévenir, quand je sentis que j’allais jouir, mais cette fois encore, seuls des gémissements trop sonores parvinrent à dépasser mes lèvres et il dut comprendre le message de toutes façons. Je sentis soudainement le spasme salvateur que nous attendions m’accueillir et, à entendre le bruit que faisait Adrian, j’étais sûre que nous l’avions reçu en même temps. Je le sentis s’affaisser sur moi, sans m’écraser et je passai ma main dans le bas de son dos, juste au-dessus de ses fesses pour le chatouiller un peu. Je savais qu’il était sensible à cet endroit-là, mais cette fois-ci, il devait être tellement ailleurs, sur une autre planète, qu’il ne ressentait rien.
Il reprit son souffle quelques instants, avant de se redresser un peu, se retirer de moi et me laisser seule dans mon corps. Un sentiment de vide me serra la gorge, alors que j’eus envie de pleurer de bonheur et de tristesse en même temps. Quel genre de femme se mettait à pleurer après avoir passé un tel moment ? Je devais être la seule idiote à faire ça ! Néanmoins, je ravalai mes larmes et tentai de retrouver mon souffle, en même temps qu’Adrian, juste à côté moi. Je me concentrai sur lui, sur sa respiration et rapidement, mon rythme se calqua sur le sien et nous pûmes nous calmer ensemble, au même moment. Je le sentis bouger à côté de moi et en tournant la tête pour regarder ce qu’il fabriquait, je vis qu’il se tournait vers moi. Je fis la même chose, désirant rester au plus près de lui, le plus longtemps possible. De toutes façons, cette fois j’étais convaincue qu’il n’aurait plus envie de partir. Il passerait la nuit ici… c’était tout ce que je voulais. En le regardant dans le blanc des yeux, j’eus pratiquement un sursaut. J’avais droit au regard, LE regard. Mon regard. Celui qu’il me réservait toujours, durant nos deux années ensemble. Le regard qui disait qu’il m’aimait du plus profond de son âme. J’eus un choc en me disant que tout était de nouveau comme avant, et je me rappelai alors de ce qu’il avait dit : plus rien ne serait comme avant. Je me fichais du comme avant, en réalité, du moment qu’il me regardait toujours de cette façon. Il m’aimait, c’était tout ce qui importait pour le moment.

Soudain, il caressa mes cheveux, me recoiffant un peu, alors que j’imaginais tout à fait la tête que je pouvais avoir à cet instant précis, et sa main continua sa route sur toute la surface du côté de mon corps, de ma joue à ma hanche, dessinant le contour de mon corps avec délicatesse, laissant mes frissons faire frémir mon corps entier, alors que de mon côté, j’étais toujours enchaînée à son regard, prisonnière de ses faits et gestes, à la fois alerte et hypnotisée. Je voyais ses yeux glisser sur mon corps, analysant chaque centimètre carré de ma peau, et je sus que j’étais là où je devais être. Dans ses bras. J’aurais pu me laisser regarder durant des heures et rester noyée dans ses yeux noirs. J’étais heureuse, j’étais pleinement satisfaite, et le passage dans la chambre de Charlie n’était plus qu’un mauvais souvenir désormais. Je savais qu’il n’y retournerait pas. Il ne jouerait pas avec le feu. Plus avant un bout de temps. A voix basse, je lui murmurai que je l’aimais, avant de caresser doucement sa joue râpeuse. Il était près de quatre heures du matin, je savais que la journée serait bien trop difficile et bien trop longue à supporter, mais je ne voulais pas dormir. Je ne pouvais pas dormir alors que j’avais de nouveau Adrian dans mon lit. Finalement, il aurait peut-être dû partir… mais jamais je n’aurais été capable de le laisser s’enfuir une nouvelle fois. Il était à sa place ici. Et il n’avait plus à en partir… Plus jamais !

(c) AMIANTE

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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

   (c) crackle bones


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[TERMINE] ce qu'il reste de toi / Juliet & Adrian

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