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 [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian

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Juliet Carlson


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CREDIT : ava : casielsilencio
MessageSujet: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Jeu 23 Oct - 0:27



       

       Juliet & Adrian
       how i needed you

   
P
our la première fois en cinq ans, mon père avait osé reprendre contact avec moi. C’était tellement incroyable que j’en aurais débouché une bouteille de champagne pour fêter ça, si j’en avais eu les moyens. Depuis cinq longues années, depuis que j’étais partie de Montréal et que j’avais rencontré Adrian, il n’avait pas décroché un mot. J’avais essayé de l’appeler, pour partager mon nouveau bonheur et mes aventures, en vain. J’avais fini par abandonner, en pensant qu’un jour, il arrêterait de bouder. Plus tard, quand Adrian était parti, j’aurais aimé que mon père comprenne que sa seule fille n’allait pas bien et qu’elle avait besoin de lui. Mais encore une fois, c’était trop demandé. Alors quand j’avais vu son numéro s’afficher sur mon téléphone, j’avais cru halluciner.
Au moins, c’était une bonne nouvelle, en quelques sortes. Ca faisait longtemps que ça n’était pas arrivé. Evidemment, il n’avait pas été très loquace, mais je n’en attendais pas moins de lui. Je n’avais jamais compris pourquoi il ne voulait plus me parler. J’imaginais clairement que c’était parce que j’étais partie de sa ville chérie pour faire ma propre vie… mais quand même, c’était ridicule ! Et puis… j’avais été très heureuse à Toronto, quand j’étais arrivée. Il aurait pu être heureux pour moi. Peut-être même que ça aurait tout changé s’il n’avait pas été égoïste. Peut-être que j’aurais encore ma… famille.

Il m’avait appelé pour me dire qu’il pensait à moi, que c’était l’anniversaire de ma mère ce jour-là et qu’il fallait que je pense à lui envoyer un mail. Elle était restée en France, quand j’avais quinze ans et que mes parents avaient divorcé. Je me demandais bien pourquoi il pensait à l’anniversaire de ma mère, alors qu’ils se détestaient pratiquement. Je me souvins alors que je connaissais encore Adrian par cœur… du moins, ce qu’il avait bien voulu me montrer de lui, alors que je le détestais, si toutefois ma façon de le détester était réelle. Rêver de lui, c’était le détester ? Crier son prénom dans mes cauchemars, c’était le haïr ? Si tel était le cas, alors je le détestais du plus profond de mon âme. Et pourtant…
Il m’avait également appelé parce qu’il avait eu vent des récents événements qui s’étaient déroulés au Eaton Centre. Il avait eu peur que je ne sois là-dedans et qu’il n’ait pas été au courant. Je l’avais bien vite rassuré en lui disant que si je lui répondais, c’était que j’étais en vie. Au fond, j’aurais préféré être dans là-dedans et me faire fusiller. Tout aurait été bien plus simple…
Après cela, il avait raccroché, après m’avoir indiqué qu’il me rappellerait très vite, parce que l’on avait des choses à se dire. Il ne s’était même pas demandé si j’allais bien. Et je me souvins également qu’il avait détesté que je lui annonce que j’étais fiancée en si peu de temps. Quelle avait pu être sa réaction en apprenant que j’étais enceinte, alors ? Est-ce que je lui avais dit que Charlie était… ? Je ne m’en souvenais même plus, et il était fort probable que je ne lui ai rien dit. Merde.

Le soir-même, alors que j’étais encore bien retournée par l’appel de mon père, une de mes collègues m’empêcha de rentrer chez moi, en prétextant qu’elle avait une surprise pour moi. Elle était très protectrice avec moi, elle me connaissait depuis que j’étais arrivée en ville, et j’aurais pu la considérer comme ma meilleure amie, si jamais ce concept pouvait réellement signifier quelque chose de concret. Quoi qu’il en soit, elle prenait soin de moi, et très souvent, elle m’invitait à manger chez elle pour ne pas passer la soirée toute seule. Elle savait quand je rechutais, elle savait quand ça n’allait pas, et je l’aimais beaucoup pour cette raison. Sans elle, je ne savais pas exactement où je serais. Néanmoins, ce fut à cause d’elle que ma soirée vira au cauchemar… autrement dit, au rêve éveillé !
Elle voulut m’emmener au théâtre, en prétextant qu’il y avait une pièce très drôle et que la troupe ne resterait pas longtemps à Toronto. Je ne connaissais pas grand-chose au théâtre américain et canadien. Je venais du pays des dieux du théâtre, tout de même, et elle avait intérêt à être bien, cette pièce !

Une fois au Princess of Wales Theatre, un lieu que je ne connaissais pas vraiment, et où je n’avais jamais mis les pieds, elle me laissa quelques instants pour aller retirer deux tickets pour nous et je regardais autour de moi, sans rien dire. Les gens étaient tous trop différents de moi, et le bruit des conversations m’enivra autant qu’il m’agaça. La pièce commençait une demi-heure plus tard, et dès que Jenny revint vers moi, je pris mon ticket en la remerciant et lui indiquai que j’allais prendre un peu l’air. Je n’avais pas eu de pause depuis le midi et j’avais besoin de fumer une cigarette. Avec un sourire que je voulus rassurant, je lui fis un signe de la main et sortis en agitant mon briquet pour allumer mon poison.
En prenant une bouffée de ma cigarette, je fermai les yeux en savourant la première inspiration de nicotine qui s’insufflait dans ma trachée et emprisonnait mes poumons dans un étau. Je recrachai la fumée par le nez avant de chantonner sans même m’en rendre compte.

En voyant Adrian, j’eus un hoquet de surprise et mes larmes montèrent automatiquement aux yeux. Je me rendis alors compte que ce que je chantonnais sans y prêter attention, c’était notre chanson. La nôtre ; celle qui nous faisait penser à l’autre quand nous étions ensemble. Il avait dû forcément dû m’entendre, j’étais cuite. Ca ne pouvait pas être possible, il ne pouvait pas être là. Je faisais tout pour l’oublier, sans succès, et quand je pensais que j’allais enfin passer une soirée tranquille, il revenait tout foutre en l’air. Que faisait-il à Toronto, en plus ? Je pensais qu’il était parti… Quand il m’avait abandonnée, j’avais cru comprendre qu’il n’allait plus du tout revenir, mais je ne pensais pas qu’il était encore à Toronto. Je l’avais cherché partout et je ne l’avais jamais trouvé… Alors était-il là seulement de passage ? Ou bien vivait-il encore ici ?
Au moment où j’allais écraser ma cigarette par terre et rentrer précipitamment dans le théâtre, je vis qu’il m’avait remarquée et ma colère remonta en même temps que tout l’amour que j’avais pour lui. Je me sentais fiévreuse, et incroyablement heureuse au même moment. Et je n’avais plus qu’une envie : envoyer péter tout le théâtre et me jeter dans ses bras.

Maintenant qu’il savait que j’étais là, en face de lui, et que ses yeux étaient braqués sur les miens, je n’avais pas le choix. Il fallait que je lui parle, il fallait que je lui demande, il fallait qu’on discute, tous les deux. J’allais mourir de chagrin si jamais je rentrais chez moi sans qu’on ait parlé. Il ne pouvait même pas imaginer à quel point il me manquait, et combien je voulais sentir son parfum une fois de plus. Je sentis rapidement mes jambes bouger jusqu’à lui, et en un clin d’œil, j’étais devant lui, juste à quelques centimètres et je pouvais sentir la chaleur irradier de son corps. Ce fut suffisant pour que je flanche et que je... le gifle ? Non… non ce n’était pas ça que je voulais faire, pas du tout !
Ma main était partie toute seule contre sa joue, qui devenait rouge instantanément et forcément, le son que cela produisit attira l’attention des gens autour de nous. Mes larmes débordèrent immédiatement sur mes joues et je regrettai déjà amèrement ma gifle. Dans un sens, c’était ce qui devait arriver… il était parti, sans rien dire, et je m’étais demandée pendant des jours, des semaines même s’il allait revenir ou non. C’était logique que je le frappe… le problème, c’était que je n’en avais pas eu envie, au départ. Mais j’allais me rattraper, parce que j’allais lui dire combien je l’aimais encore, et combien je voulais qu’il revienne…

« Pourquoi t’es parti ? Pourquoi tu m’as laissée toute seule hein ? Pourquoi t’es parti, pourquoi ??! »

Merde. Non, c’était pas du tout ça. Juliet, tu commences très mal la conversation, à crier comme une hystérique, et il va te laisser en plan sans que tu ne t’en rendes compte. Soudainement, je me sentis mal et je m’éloignai de lui en baissant les yeux, passant discrètement mes mains sur mes joues pour effacer mes larmes. Y avait-il réellement une bonne réponse à cette question. Il était parti parce qu’il souffrait, ou bien parce qu’il était lâche, ou parce qu’il ne voulait pas faire face à cette perte… mais avait-il pensé une seule fois à moi depuis qu’il était parti ? Qui me disait qu’il n’avait pas refait sa vie, et que ma tentative était déjà vaine ?

Mais je l’aimais. Il ne pouvait pas avoir refait sa vie. Parce qu’il devait m’aimer aussi, c’était obligatoire
WILDBIRD
     

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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

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Adrian Alpert


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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Jeu 23 Oct - 2:53

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Broken this fragile thing now and I can't, I can't pick up the pieces. And I've thrown my words all around but I can't, I can't give you a reason.



J’ai toujours eu tendance à penser que si les choses n’arrivaient pas sans raison, profondément convaincu par l’existence d’une forme de destin régissant nos vies malgré nous. Sinon, comment pourrais-je admettre et accepter tout ce qu’il a pu m’arriver ? C’était peut-être défaitiste comme comportement, mais je préférais croire à la fatalité. Au moins j’arrivais à me persuader que rien n’aurait pu se dérouler différemment. Je n’aurais pas pu sauver mes parents. Ni l’homme de la bombe, ou encore James et Marty. Je n’aurais pas pu dire au revoir à mes enfants et à ma femme avant de partir. Je n’aurais pas pu sauver Charlie. Ni soutenir Juliet. Je n’avais pas choisi tout ça, j’y avais été contraint par une force obscure. Dans ma tête, j’entendais des voix me souffler que je me trompais, que je me contentais de nier tout en bloc pour me donner bonne conscience, que je choisissais la facilité. Mais si je me trompais, alors qu’est-ce qui me retenais de me tirer une balle dans la tête ? Si, vraiment, j’avais une part de responsabilité dans tout cela ? Je ne supportais plus ces interrogations constantes. Je changeais d’avis toutes les deux minutes, mes propres arguments se contredisaient, et tout ça me donnait mal à la tête. Alors j’avais trouvé ce qui me semblait la meilleure solution. Je ne réfléchissais plus. Je n’y pensais plus.

Jusqu’à ce que je reçoive cette fichue lettre. Je ne pu retenir un ricanement un peu fou en lisant la première ligne : « Vous êtes chanceux, Adrian ! Vous êtes l’heureux gagnant de notre concours ! ». Chanceux ? Heureux ? Je n’avais même pas participé à ce concours. Dans l’enveloppe, se trouvait une place pour une pièce qui avait lieu plus tard dans la semaine. Je n’aimais même pas le théâtre, ou en tout cas, je ne m’y étais jamais intéressé. J’avais rangé le ticket au fond d’un tiroir et n’y avait plus vraiment pensé. Pourtant, quelques jours plus tard, je me retrouvais devant le Princess of Wales Theatre sans réellement savoir pourquoi. Je n’avais pas vraiment envie d’aller voir cette pièce, mais je n’avais rien de mieux à faire non plus. Et puis, pour une fois que j’avais de la « chance », je me devais d’en profiter, non ? Quoiqu’il en soit, j’étais là maintenant, devant l’entrée. Je n’étais pas encore certain de vouloir entrer quand j’entendis un air familier s’élever dans l’air non loin de moi.

Instantanément, un tas d’images me revinrent à l’esprit. C’est marrant, le pouvoir que peut détenir une mélodie sur le subconscient. Tout ce que je m’efforçais d’oublier depuis presque deux ans et demi refit surface comme si à peine quelques heures s’étaient écoulées depuis le drame. Mes efforts réduits en poussière par un simple fredonnement. Mais il n’y avait pas vraiment que ça. Il y avait aussi cette voix. Je savais pertinemment de qui elle émanait, mais je refusais de lever les yeux. Cependant, le besoin se fit trop fort quand elle se stoppa soudainement, et je cédais. Elle était là. Juliet était à quelques mètres de moi seulement. Elle m’avait vu elle aussi.

Deux ans et demi. Deux ans et demi que j’étais parti et je la croisais par hasard, à cause de ce foutu concours ! J’aurai du me douter que ça ne pouvait pas être de la chance, qu’il y avait autre chose. Bien évidemment, je savais qu’il était possible que je la revoie. Pourquoi étais-je resté à Toronto ? Si j’étais parti comme j’en avais l’habitude, je ne l’aurais jamais revue et je ne me serais jamais retrouvé dans une telle situation. Et pourtant, je n’avais pu m’y résoudre. J’avais simplement changé de quartier, arrêté de fréquenter les lieux où j’avais l’habitude de me rendre, trouvé un nouveau boulot,... Mais j’étais toujours là. Encore une fois, je refusais de m’interroger sur la raison qui m’avait poussé à rester. A présent, j’éprouvais à la fois l’envie de m’enfuir en courant et celle de serrer Juliet dans mes bras. Je n’avais pas réalisé à quel point elle me manquait. Mais aussi à quel point ça faisait mal de la voir. Comment je pouvais gérer de tels sentiments contraires ?

Son regard happa le mien et l’espace de quelques instants, je ne pensais plus à rien, comme si le monde était simplement mis sur pause. Je n’arrivai pas à lire quoique ce soit dans ses yeux, mais après tout je n’essayais même pas. J’aurai du partir à ce moment là, car je savais parfaitement que la discussion qui allait suivre allait être éprouvante, pour elle comme pour moi. Seulement mon corps refusait d’obéir et bientôt Juliet était près de moi. Tellement proche que je cru un instant qu’elle allait briser la distance restante et poser ses lèvres sur les miennes qui n’attendaient que ça. Le claquement sonore que produisit sa main en atterrissant sur ma joue me ramena à la raison. Je portais lentement une main sur ma joue maintenant brulante. Je n’arrivais pas à me dire que je l’avais mérité, parce que ça voudrait dire que j’avais quelque chose à me reprocher. Et je ne pouvais pas m’y résoudre.

« Pourquoi t’es parti ? Pourquoi tu m’as laissée toute seule hein ? Pourquoi t’es parti, pourquoi ??! »

Elle avait crié et je cru bien que j’allais me prendre une seconde gifle avant qu’elle ne baisse soudainement les yeux et ne s’éloigne un peu. Pourquoi ? Evidemment, que c’était la première chose qu’elle allait me demander. Mais que répondre à ça ? La vérité, que je ne pouvais pas faire face à un malheur de plus et que je voulais partir loin de tout ce qui pouvais me faire penser à Charlie ? Mentir et lui dire que je ne l’aimais pas ? Parce qu’une chose était certaine, même si j’aurai préféré que ce ne soit pas le cas pour nous éviter, à elle comme à moi, un tas de souffrances inutiles, j’étais fou d’elle. Depuis que je l’avais rencontrée et encore à présent. Mais est-ce qu’une de ces réponses allait lui convenir de toute façon ? Que je lui dise n’importe quoi, elle sera blessée et moi aussi. Il était encore temps que j’évite ça, si je partais maintenant. Mais cette fois, il fallait que je m’explique. Même si je ne savais pas quoi dire, même si quelques mots n’allaient rien arranger.

« Juliet... , commençais-je d’une voix étouffée. Je... Je ne pouvais pas... C’était trop dur de... »

Ma voix mourut au fond de ma gorge. J’avais déjà fuis plusieurs fois, mais je n’avais jamais eu à m’expliquer. C’était une première, et je ne voyais absolument pas quoi faire. Je sentais que j’étais sensé m’excuser d’une façon ou d’une autre. Parce que j’aurai du rester avec elle, et je le savais. Même si je m’étais persuadé du contraire, en la voyant devant moi à présent, je le savais. Seulement, je ne pouvais admettre m’être trompé. Parce que ça ne s’appliquait pas seulement à cette fois. Mais ça, elle ne pouvait pas le savoir. D’ailleurs, elle ne savait rien de moi, pas même mon véritable nom ! Ma réaction était purement injuste, car elle n’aurait pu le savoir. Je ne lui avait jamais rien dit, et j’avais évité chacune de ses questions, précisément pour qu’elle ne sache rien.

« Tu ne peux pas comprendre !  m’exclamais-je soudain énervé. Quand.. quand j’ai vu Charlie j’ai... »

Une fois encore, je ne parvins pas à achever ma phrase. Qu’est ce que je pouvais lui dire ? Que j’avais non-seulement perdu mon fils, mais que ça m’avait en plus rappelé la mort de mes parents, la victime de la bombe, mes autres enfants dont elle ignorait l’existence ? Ou que j’avais eu trop mal ? Elle aussi elle avait eu mal. Je n’étais pas le seul à souffrir dans l’histoire. Seulement voilà, j’avais pris l’habitude de me protéger avec le temps. Une sorte d’instinct de survie qui me poussait à partir. Moi-même je ne pouvais pas m’expliquer mes réactions. Je finis par réussir à aligner une phrase plus ou moins cohérente. Pour moi du moins.

« Je suis parti parce que c’est ce que je fais. »

C’était à peu près la seule explication que j’avais. J’étais comme ça, et donc j’avais agit de la sorte, point. Une fois encore, ce n’était pas réellement ma faute, puisque c’était dans ma nature. Parce que le contraire serait trop dur à supporter.


made by pandora.




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life can do terrible things
Made my mistakes, let you down, and I can't hold on for too long. Ran my whole life in the ground and I can't, I can't get up when you're gone. You are my only one.


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Juliet Carlson


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CREDIT : ava : casielsilencio
MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Jeu 23 Oct - 20:27



       

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L
orsque sa voix parvint jusqu’à mes oreilles, j’eus un frisson parcourant mon échine, de ma nuque au bas de mon dos, me laissant ailleurs, perdue dans des souvenirs qui n’appartenaient qu’à nous. Sa voix rauque, suave et envoûtante, était comme une drogue pour moi, et j’avais été tout bonnement en manque pendant tout ce temps. Je me délectais et m’abreuvais durant quelques secondes de ce son si mélodieux qui effleuraient mes oreilles. Je l’avais toujours connu parlant lentement, avec douceur, et ça m’avait toujours donné l’impression d’être au Paradis. Avant lui, je n’avais jamais entendu une voix pareille. C’était comme si cet homme était fait pour apporter du bonheur auditif et pourtant, je n’avais jamais autant souffert qu’avec lui… ou plutôt sans lui ! Quand il prononça mon prénom, une larme qu’il ne put voir m’échappa de nouveau. Qu’est-ce que ça m’avait manqué ! J’aurais donné cher pour l’entendre soupirer mon prénom rien qu’une fois et là, sans même avoir à le demander, j’y avais le droit et étais servie.

« Juliet... Je... Je ne pouvais pas... C’était trop dur de...
-De … ? »

Un sanglot me parcourut, et toute frissonnante que j’étais, je lui en voulus. Je lui en voulus de ne pas savoir trouver les mots justes du premier coup alors que je savais que, si j’avais été à sa place, je n’aurais pas fait mieux. Mais j’avais besoin qu’il me parle, j’avais besoin qu’il me dise. Etait-ce de ma faute s’il était parti ? Après la mort de Charlie, est-ce qu’il me trouvait nulle, odieuse peut-être ? Est-ce qu’il m’aimait encore à ce moment-là ? Mes doutes, qui avaient fait surface pour la première fois ce jour-là, ne m’avaient alors plus quittée et je souffrais en silence à l’idée que ce puisse être moi qui aie tout fait foirer. Pourtant, dans un sens, ses paroles me « rassuraient » parce qu’il disait que rester était trop dur pour lui. Comme si ça n’avait pas été dur pour moi. J’avais porté notre fils pendant neuf mois et j’avais passé plus de huit heures en salle de travail pour qu’il naisse… il avait été là, il s’en souvenait aussi bien que moi, la douleur en moins. Mais s’il disait que ça avait été difficile, alors peut-être que c’était seulement la perte de notre bébé qui l’avait fait partir… et pas moi ! Alors peut-être qu’il y avait encore une chance pour nous, non ? Pouvait-on vraiment remettre le couvert lui et moi après ce que nous avions vécu ?

« Tu ne peux pas comprendre ! Quand.. quand j’ai vu Charlie j’ai... »

Alors qu’il n’arrivait pas une seconde fois à parler, j’eus un sursaut. Il s’énervait sur moi, tout à coup, et je comprenais que, peut-être, j’avais fait une erreur et que je n’aurais pas dû le frapper. Nous étions entourés encore, et même s’il s’énervait sur moi, il ne pourrait pas me faire de mal.. et pourquoi Adrian me ferait du mal de toutes façons ?
Sa colère était légitime… quand j’avais finalement compris que plus jamais je ne tiendrais mon fils dans mes bras, j’en avais voulu à la Terre entière, et j’avais dévasté mon appartement entier, en cassant plusieurs vases avec l’onde de choc. Si le temps avait passé et que la douleur était devenue sourde, elle n’en était pas moins présente, et je souffrais jour et nuit du manque que j’avais. Si seulement Adrian n’était pas parti, alors j’aurais pu me reposer sur quelqu’un… sur lui. C’était le seul dont j’avais besoin. Ou mon père, mais puisqu’il ne voulait pas me parler à ce moment-là … En attendant qu’il parle pour de bon, et qu’il réussisse à me dire ce qu’il avait envie de me cracher à la tête, je regardai ma cigarette, qui s’était éteinte, et je la rallumai en tremblotant, avant de tirer frénétiquement une latte dessus. La nicotine me fit trembler un peu plus mais me détendit légèrement.

« Je suis parti parce que c’est ce que je fais.
-Tu es par… Quoi ?! »

J’allais l’insulter de lâche et de crétin, mais l’intensité et le fond de son propos m’en empêchèrent. J’étais surprise qu’il me dise quelque chose d’aussi philosophique, d’aussi profond et en même temps de complètement incohérent. Il me disait donc clairement qu’il avait fui parce qu’il avait l’habitude de faire ça ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? Qu’avait-il fui, avant cette épreuve ? Je pensais pourquoi qu’il était tout à fait réglo… je ne connaissais pas son passé, mais à l’époque, je m’en fichais, je l’aimais pour ce qu’il était, je vivais ma vie et je ne pensais ni au passé, ni au futur… Alors quoi ?

« C’est ce que tu fais ? Tu abandonnes les gens quand tu ne veux pas faire face ? Je t’ai attendu des semaines, Ad’, des semaines… et j’ai cru que tu allais revenir au bout d’un moment … »

Cette fois, je lâchai ma cigarette pour de bon et la laissai s’éteindre par terre. Je voulais que l’on finisse cette conversation et qu’on joue carte sur table. Je n’avais pas beaucoup de temps, parce que Jenny m’attendait à l’intérieur et que nous devions voir cette pièce et … d’ailleurs, que fichait-il ici ? Devant un théâtre ? C’était bien la première fois que je l’y voyais, bien qu’il puisse dire la même chose pour moi, bien entendu.
En face de moi, son regard s’était voilé, comme s’il était furieux que je puisse l’avoir attendu. Il croyait peut-être que j’avais refait ma vie comme lui l’avait fait ? Je n’étais malheureusement pas de ce genre-là, et je n’étais pas aussi forte que lui voulait faire croire qu’il était. En me sentant comme une étrangère face à ses yeux, je baissai de nouveau la tête, sans comprendre ce qu’il nous arrivait.

« Je t’aimais, Adrian. »

Ce n’était que la pure vérité, et même si je l’avais dit au passé, rien n’était encore plus vrai que ce que je venais de lui dire. Je l’aimais encore de tout mon cœur et de tout mon corps, et je n’avais jamais cessé de l’aimer. Il avait été la meilleure chose qui m’était arrivée dans toute ma vie. Je ne savais pas ce que j’imaginais que ça allait produire comme effet, de lui dire une chose pareille. Il me rirait au nez ou bien il serait attendri peut-être. Ou bien ça ne lui ferait ni chaud, ni froid, et il repartirait sans rien ajouter. Comme deux ans et demi auparavant…
WILDBIRD
   

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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

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Adrian Alpert


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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Ven 24 Oct - 1:07

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J’aurai du me douter qu’il y avait anguille sous roche en recevant ce ticket. L’idée que je puisse gagner quelque chose un jour était totalement ridicule. Ou du moins, sans aucune conséquence. Chaque fois qu’il arrivait un truc relativement positif, les ennuis suivaient. Même gagner à un putain de concours, c’était pas le genre de truc qui m’arrivait. Pourquoi la vie s’acharnait autant sur moi ? Je pouvais pas simplement gagner un billet pour une pièce de théâtre sans que cela implique de croiser la fille que j’ai abandonné ? Evidemment, ça devait bien arriver un jour. En restant à Toronto, je devais m’y attendre. Et au fond de moi, je savais que c’était pour cette raison que je n’avais pas été plus loin. Je n’éprouvais aucun attachement pour cette ville ou pour le Canada, j’aurai très bien pu rassembler mes économies et prendre le premier avion qui allait décoller. Je l’avais déjà fait après tout. Partir loin sans rien dire, vers l’inconnu. Mais j’étais encore à Toronto. Parce que si je n’appréciais pas particulièrement l’endroit, il y avait quelque chose qui, malgré moi, m’avait retenu ici. Juliet.

Est-ce que ça faisait de moi quelqu’un d’horrible ? Enfin, je n’avais pas hésité une seconde avant de quitter les état-unis cinq ans plus tôt. Pourtant j’aimais ma femme et mes enfants, vraiment. Ca à été difficile, évidemment, mais je savais que je devais le faire et rien n’aurait pu me détourner de ma décision. Aujourd’hui, Anthony avait treize ans et Lisa en avait neuf. Le premier me détestait probablement alors que ma fille devait à peine se souvenir de moi. Je pensais à eux le moins possible, toujours dans la même optique d’instincts de survie. Je ne savais rien de leur vie actuelle d’ailleurs. Est-ce qu’ils allaient bien ? A quoi passaient-ils leur temps libre ? Est-ce que Mathilde s’était retrouvé quelqu’un ? Comment avait-elle bien pu réagir en apprenant que j’étais recherché ? Et les enfants alors, comment me voyaient-ils maintenant ? Je savais que je laisserai ces questions sans réponse. Je ne m’étais jamais renseigné et ne le ferais probablement pas. A quoi bon ? Mieux valait laisser cette partie de ma vie derrière moi et ne plus y penser.

Je ne sais pas vraiment à quoi je m’attendais en répondant à Juliet de la sorte. Certes, ça faisait très théâtral comme déclaration, et dans un sens je me comprenais parfaitement dans ces quelques mots. Mais elle ne pouvait pas comprendre ce à quoi je faisais allusion. Il y avait bien trop de choses qu’elle ignorait sur moi. Aussi sa réaction rapide était tout à fait compréhensible. Elle n’avait jamais vraiment cherché à en savoir plus sur moi, ce qui me convenait très bien. Seulement, maintenant qu’elle me demandait des explications, j’étais incapable de lui donner.

«  C’est ce que tu fais ? Tu abandonnes les gens quand tu ne veux pas faire face ? Je t’ai attendu des semaines, Ad’, des semaines… et j’ai cru que tu allais revenir au bout d’un moment … »

Elle termina sa phrase en baissant les yeux sur la cigarette qu’elle venait de lâcher au sol. Des semaines ? Je ne voulais pas entendre ça, je ne voulais pas qu’elle me fasse comprendre que je l’avais fait souffrir ! Evidemment, je le savais déjà, mais il y avait une différence fondamentale entre le supposer et l’entendre le dire. En restant dans le doute, je pouvais imaginer ce que je voulais, c’était plus facile à supporter si je me disais qu’elle s’en était remise. Lorsqu’elle releva les yeux vers moi, elle du lire quelque chose sur mon visage parce qu’elle les détourna à nouveau.

«  Je t’aimais, Adrian.  »

Sa voix basse et l’emploi du passé me perfora le coeur instantanément. Pendant deux ans et demi, je m’étais efforcé de me persuader qu’elle ne m’aimait pas vraiment, et que moi non plus, sans réel succès. Et maintenant qu’elle parlait à l’imparfait, je me rendais compte à quel point ça faisait mal. Alors, pour elle, c’était terminé ? Elle était parvenue à faire un trait sur toute notre histoire ? Comment avait-elle pu ? Les pensées qui me venaient en tête étaient pires qu’égoïstes, je ne pouvais certainement pas lui en vouloir alors que c’était bien moi qui était parti sans laisser de nouvelles. Seulement ça me faisait mal de l’entendre dire ça, horriblement mal. Plus que ce que je n’aurais voulu, et une fois encore ça me prouvait bien que j’étais encore fou amoureux. Et que ça n’aurait pas du arriver, je le savais très bien. A chaque fois que j’étais heureux pendant un moment plus ou moins long, il arrivait quelque chose. Le bonheur, c’était pas fait pour moi.

« Moi aussi...Et encore maintenant, je... Merde, pourquoi c’est si compliqué ?!  »

Bien entendu, je ne lui posais pas vraiment la question. Peut-être même qu’elle ne voyait pas à quel point c’était compliqué pour moi. Habituellement, je n’avais plus à m’occuper de tout cela quand je quittais un endroit. Je me contentais de faire comme si rien ne s’était passé et de commencer une nouvelle vie. Je ne me posais plus de questions sur mes connaissances, admettant qu’elles faisaient de même de leur côté. Je n’étais indispensable à personne après tout ! Pourquoi cherchait-elle à comprendre un truc qui, de toute façon, la dépasserait ?

« Je ne sais pas ce que tu veux que je te dise, Juliet !  »

Mon ton avait été un peu plus agressive, et je m’en voulu de lui parler comme ça. Elle cherchait simplement des réponses. Pour ma part, j’avais compris depuis longtemps que c’était inutile. Du coup je ne me posais plus de questions, du moins je m’y efforçais. Je vis bien que ma réaction l’avait blessé et je tendis machinalement la main vers son visage pour le redresser. Quand ma peau entra en contact avec la sienne, j’eu l’impression que plus rien d’autre n’avait d’importance. Je relevais légèrement son menton pour fixer ses yeux et je me perdit un instant dans son regard alors que quelques mots m’échappèrent presque malgré moi, d’une voix bien plus douce que précédemment.

« Je... je t’aime encore.»

En quelques secondes, je venais de changer totalement de comportement. C’était plutôt habituel chez moi, et pourtant je n’arrivais toujours pas à m’y faire. Quelques secondes auparavant, j’étais presque en colère contre Juliet, et l’instant d’après, je lui disais que je l’aimais. Qu’est ce qui ne tournait pas rond chez moi ?


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Juliet Carlson


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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Ven 24 Oct - 13:49



       

       Juliet & Adrian
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C
omme j’avais baissé la tête, je ne perçus qu’un dixième des mouvements qu’Adrian pouvait faire. Mais je remarquai bien l’espèce de sursaut, la sorte de de mouvement de dégoût qui le prit quand il comprit ce que je venais de lui dire. C’était le moment de vérité pour moi. En fonction de sa réponse, je connaîtrais ce qu’il pensait réellement. Je saurais s’il se fichait de moi, s’il en était toujours foutu de moi. Au fond, je croisais les doigts. Je n’avais pas envie de souffrir encore en comprenant qu’il m’avait pris pour une conne. J’espérais qu’il le prenne mal, je voulais qu’il s’énerve et qu’il me dise que tout n’était pas terminé, mais je savais presque à l’avance que ça n’allait pas arriver. S’il était parti, c’était qu’il ne voulait plus de moi, et je l’avais accepté. Pourtant… même si j’avais essayé de tourner la page, de trouver quelqu’un d’autre, je n’avais jamais réussi à aller plus loin. Adrian avait été et était encore l’homme qui avait changé ma vie, et il était comme une idole pour moi. Il m’avait tellement apporté de choses que je ne pouvais tout simplement pas le renier d’un geste, comme ça. Et ma provocation dernière, celle de lui faire miroiter le fait que je ne l’aimerais plus… c’était du dernier recours, c’était la dernière chance. Tout un symbole mais toutefois, le comprendrait-il ? Il n’était pas idiot, mais se pouvait-il qu’il n’avait jamais rien compris aux sentiments et qu’il avait joué avec moi ? Je m’étais toujours dit que non, mais tout était possible…

« Moi aussi...Et encore maintenant, je... Merde, pourquoi c’est si compliqué ?! »

Qu’est-ce qu’il entendait par « moi aussi et encore maintenant » ? Encore maintenant ?! En gardant la tête baissée, je tendis l’oreille pour être sûre de ce qu’il avançait. Encore maintenant, ça ne pouvait signifier qu’une chose : qu’il était dans le même cas que moi, et qu’il m’aimait. Ca ne pouvait être que cela et pourtant, la vie nous avait bien démontré qu’elle n’était pas un conte de fées, et qu’elle se vengeait toujours du bonheur que l’on pouvait avoir à deux. Donc quoi que ce fut… ce n’était pas une si bonne nouvelle que cela. Et je ne devrais pas me réjouir à ce point.
Cependant, je me réjouis quelque peu lorsque je l’entendis s’énerver, en me répliquant qu’il ne savait pas ce qu’il devait me dire. Il le prenait mal, donc, et ça le rendait furieux, ou presque. Comme je le voulais précédemment, il était en colère, et c’était bon signe ! C’était le symbole que mes mots le touchaient et qu’il n’était pas en accord avec la situation. Néanmoins, ça m’inquiétait aussi un peu. Quand nous nous étions rencontrés, Adrian et moi, il avait parfois quelques coups de sang, des moments d’énervement, où il en voulait au monde entier… mais c’était quand même très rare. Là, ça me paraissait plus exacerbé, ça semblait se produire plus souvent, et en soi, ce n’était pas une si bonne chose.

Néanmoins, je n’eus pas plus de temps pour me poser des questions. Mon frissonnement reprit dès lors qu’il toucha ma joue de sa main. Je ravalai mes larmes avant de me laisser faire, de me laisser porter par ses doigts, qui roulèrent jusque sous mon menton et m’obligèrent à relever les yeux vers lui. Son regard était doux, en totale contradiction avec le comportement qu’il venait d’avoir, et j’eus l’envie de le serrer dans mes bras du plus fort que je pouvais, durant une seconde.

« Je... je t’aime encore. »

J’eus un moment d’absence, et tout à coup, mon cerveau se mit à tourner à deux mille à l’heure. C’était tout ce que je voulais, qu’il me dise qu’il m’aimait encore, et pourtant, je n’arrivais pas à me persuader qu’il disait la vérité. Avec lui, tout sonnait faux dans ma tête. Depuis qu’il était parti, j’étais incapable de me dire que tout pourrait être comme avant. C’était impossible bien sûr, parce que nous avions quand même vécu l’horreur.. mais même entre nous, rien ne pourrait plus aller aussi bien que ce que nous avions eu l’habitude de vivre avant. Néanmoins, mon cœur battait la chamade dans ma cage thoracique, et l’envie de l’embrasser occulta toutes mes pensées. Il me manquait tellement… et je voulais tellement qu’il revienne…
Pouvais-je vraiment tomber dans ses filets une deuxième fois, même si c’était ce que je voulais par-dessus tout ? Si je le faisais, je serais la femme la plus heureuse du monde, mais pour combien de temps ? Et si je ne le faisais pas, j’avais bien conscience que peut-être je ne le reverrais plus jamais, et cette fois pour de bon. Si jamais je décidais de ne rien répondre, de ne pas foncer dans ses bras, si jamais je décidais de le planter là, devant le théâtre et de rejoindre Jenny à l’intérieur, sans rien lui dire de plus... il le prendrait comme tel : un abandon de ma part, et il partirait de nouveau. Peut-être même que cette fois, il partirait de Toronto, et mon cœur se briserait une nouvelle fois en mille morceaux. Mais je devais me protéger, je devais apprendre à ne pas être aussi stupide et fragile que je l’étais alors. Pourtant… je n’avais qu’une envie : que lui me protège.

« Je… Adrian… Je suis désolée, on m’attend à l’intérieur… »

A contrecœur, et en ayant pris ma décision – sûrement la mauvaise, mais les deux me semblaient aussi bonnes que mauvaises, au fond – je m’arrachai à l’emprise d’Adrian sur moi, et sa main quitta ma joue et mon menton. Sans un regard, je tournai les talons et commençai à avancer vers le théâtre, en sentant directement de nouvelles larmes affluer dans mes orbites. J’avais envie d’hurler de tristesse, en comprenant que plus jamais je ne le verrais. J’aurais pu lui faire croire qu’il y avait quelqu’un d’autre. J’aurais pu lui dire que j’étais amoureuse d’un autre. J’aurais pu lui faire du mal, le faire souffrir, mais je n’avais pas le cœur à ça. Il suffirait simplement d’un regard pour qu’il me fasse tomber sous son charme, et moins je lui parlais, mieux c’était, de fait.
Cependant, alors que j’allais entrer dans le théâtre pour finalement voir cette foutue pièce – qui ne me remonterait certainement plus le moral ! – je sentis qu’on me retenait par la main, et je savais d’avance qu’il s’agissait d’Adrian. Qui d’autre ? Je me retournai vers lui, les yeux baignés de larmes, et je voulus me dégager de son étreinte, en vain.

« Laisse-moi… Tu peux pas revenir comme ça, comme une fleur, pas après ce que t’as fait ! Les sentiments sont pas des jouets ! »

A l’extérieur, je devais ressembler à une grosse tomate bien mûre, toute rouge et prête à exploser. A l’intérieur, tous mes sens, tous mes organes, toutes mes hormones criaient à Adrian de m’embrasser, de me kidnapper et de m’emmener loin de toute cette vie. Un véritable duel au sommet, entre mes sentiments et ma raison. Malheureusement, je savais déjà à l’avance qui des deux gagnerait…  
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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Ven 24 Oct - 18:23

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En la regardant à présent, je me demandais ce qui m’avait pris de la laisser seule. Comment avais-je pu l’abandonner, alors que la seule envie que je ressentais en ce moment, c’était la serrer dans mes bras pour ne plus jamais la lâcher ? J’avais toujours voulu la protéger, et pourtant j’étais la cause de sa souffrance. Ce que je n’assumais absolument pas. Je m’étais habitué à ne pas être heureux, en tout cas sur le long terme. Mais l’idée qu’à cause de moi, Juliet ait été malheureuse était insupportable. Est-ce que j’étais vraiment parti en me disant que c’était ce qu’il y avait de mieux pour nous deux ? Ou bien plutôt parce que je considérais cette réaction comme logique venant de moi ? Après tout, c’était ce que j’avais toujours fait, quand quelque chose allait mal pour moi, je fuyais. Je ne pouvais pas changer qui j’étais. Mais... si je me trompais ? Et si, au fond, je me cachais derrière cette fatalité pour ne pas avoir à me chercher d’autre explication ? Cette histoire de déterminisme convenait parfaitement à mon histoire, et il était si facile de s’appuyer sur cette théorie pour nier la vérité. Mais ça n’en faisait pas la réalité pour autant. Je ne pouvais pas l’admettre, je ne pouvais pas, en plus de savoir que je ne vivrais jamais heureux, me sentir coupable. Je serais incapable de le supporter.

Qu’allais-je faire après sa réponse ? Si elle me disait qu’elle ne m’aimait plus ? Ou qu’elle aussi m’aimait encore ? Je n’arrivais pas à savoir quelle réponse serait plus difficile à entendre. Dans le premier cas, au moins, cela signifierait qu’elle avait tourné la page et qu’elle irait mieux bientôt. Mais ça me ferait tellement mal. Et dans le second cas, je ne saurais que faire. Pour beaucoup de gens, c’était simple, si nous nous aimions encore il n’y avait pas de raison de se séparer, n’est-ce pas ? Mais si ça nous faisais souffrir tout les deux, était-ce la bonne solution ? En voyant Juliet, je ne pouvais m’empêcher de penser à Charlie. C’était trop dur d’oublier si elle était là. Or, je ne pouvais faire autre chose qu’oublier. Parce qu’accepter sa mort était impossible. Mes réflexions s’arrêtèrent quand elle pris la parole, et je la fixais intensément en attendant sa réponse.

«  Je... Adrian... Je suis désolée, on m’attend à l’intérieur... »

Je restai interdit devant ces mots. Quoi ? Mais, elle ne pouvait pas... Il fallait que je sache, maintenant que je lui avais avoué que je l’aimais encore ! Il fallait que je sache si c’était réciproque ! Je m’attendais à tout, sauf à ce qu’elle parte. Je croyais qu’elle voulait des réponses ? Bon, je n’avais pas vraiment été capable de lui en donner jusqu’à présent mais... Mon bras retomba mollement le long de mon corps quand elle se détourna de moi. Alors voilà ? C’était terminé ? Deux ans et demi que l’on ne s’était plus vu et c’était tout ce qu’elle avait à me dire ? Elle ne pouvait pas simplement s’enfuir ! En réalisant que ce qu’elle était en train de faire était similaire à ce que je lui avais fait subir quelques années plus tôt, j’eu l’impression qu’elle venait de me poignarder en plein coeur.

Comme si je reprenais soudain le contrôle de mon corps, je fis quelques pas en avant pour la rattraper et lui attrapai la main pour la retenir. Je ne voulais pas qu’elle parte. Pas maintenant, pas tout de suite. Quand elle se retourna, son visage était rougit par les larmes et elle essaya de se dégager. Je ne lâchais pas sa main, trop apeuré à l’idée de perdre ce contact avec elle.

«  Laisse-moi... Tu peux pas revenir comme ça, comme une fleur, pas après ce que t’as fait ! Les sentiments sont pas des jouets ! »

La peine que j’entendis dans sa voix me blessa profondément. Et maintenant que je l’observait plus en détail, je pouvais voir qu’elle avait vraiment souffert. Ses cheveux étaient ternes et à peine coiffés, son visage était pâle et des cernes soulignaient ses yeux dans lesquels je ne retrouvais pas l’éclat d’autrefois. C’était moi le responsable de cette transformation ? C’était vraiment ma faute si elle avait eu si dur ? Ces questions étaient totalement ridicules. Evidemment que c’était ma faute. Je l’avais abandonnée, laissée seule et sans explication alors qu’elle venait juste de perdre son enfant. Notre enfant. Comment avais-je pu me dire que ce serait mieux pour nous deux ? D’ailleurs, est-ce que j’avais même pensé à elle en partant ? C’est ce dont je m’étais toujours persuadé, m’appuyant sur cette idée pour me donner bonne conscience. Mais j’avais tort, j’étais dans le déni total.

«  Je ne voulais pas te faire souffrir ! Je n’ai jamais voulu ça ! »

Evidemment, dit comme ça c’était ridicule. Comment pouvait-elle comprendre que j’étais vraiment persuadé que c’était la seule chose à faire ? Tout ce que je disais sonnait faux, alors que dans mon esprit c’était la pure vérité. Pourtant il fallait qu’elle me croie. Je devais la convaincre que j’avais fait ce qu’il fallait que je fasse. Je me convaincrais peut-être par la même occasion. Je continuais sur ma lancée, serrant toujours sa main dans la mienne.

«  Il faut que tu me croies, Juliet... Rien ne se serait mieux passé si je n’étais pas parti... Je le sais d’expérience ! »

Je ne pouvais pas lui expliquer ce que j’avais vécu, c’était impossible. Si elle savait que j’avais changé d’identité, que j’avais une autre famille, quelque part aux états-unis... Ca ne ferait qu’aggraver la situation. Découvrir que je lui cachais tant de choses n’allait pas l’aider à me croire, au contraire. J’avais l’impression de m’enfoncer dans des tentatives d’excuses déguisées qui ne rimaient à rien. Qu’est-ce que j’espérais ? Qu’elle me dise qu’elle allait oublier ces dernières années juste parce que je lui disais que je n’avais pas voulu lui faire du mal ? J’essayais de lire ce qu’elle pensait dans son regard mais je n’avais jamais été doué à cet exercice et ce n’eut comme effet que de me perdre un peu plus.

«  Je suis incapable d’être heureux, Juliet, tu comprends ?  Il n’arrive que des choses horribles quand j’ai une once d’espoir ! Charlie est mort !»

J’avais presque crié ces derniers mots. Je lâchais finalement la main de Juliet, et finit par détourner mes yeux qui me brulaient de son visage. Je ne pouvais pas soutenir son regard plus longtemps, c’était bien trop dur.


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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Ven 24 Oct - 19:26



       

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M
algré mes efforts, je n’arrivais pas à le faire me lâcher la main. J’étais déçue par son comportement. S’il croyait qu’il pouvait aller et venir dans ma vie comme bon lui semblait, il se trompait lourdement. Peut-être qu’il avait réussi à surmonter la mort de Charlie, et qu’il se disait qu’on repartirait pour un tour, tous les deux, il se trompait lourdement. Je ne désirais qu’une chose : qu’il m’aime autant que je l’aimais… mais je ne voulais pas d’une relation malsaine comme celle que j’imaginais alors. Je voulais être heureuse de nouveau, mais pas être utilisée comme lui l’entendait. Alors que j’essayais vainement de partir, de m’enfuir et ne plus avoir à supporter sa présence qui me rappelait tant de souvenirs qui étaient partis en fumée, il semblait réfléchir en silence, ce qui me rendit encore plus folle. Qu’il parle ou se taise à jamais, bon sang !

«  Je ne voulais pas te faire souffrir ! Je n’ai jamais voulu ça ! »

Eberluée, je cessai tout mouvement, brutalement. Il se moquait de moi, là, n’est-ce pas ? Il n’avait jamais voulu me faire souffrir, et tout ce qu’il avait trouvé d’intelligent à faire, c’était de me quitter sans explications ?? Non mais il en voulait une deuxième, de claque ?! J’allais lui donner avec plaisir. Mon regard le foudroya et il remarqua immédiatement qu’il n’aurait pas dû dire cela de cette façon. N’empêche que j’étais attentive maintenant, que j’étais à l’écoute, et que ses explications – si explications il y avait – je les entendrais avec joie ! Une fausse joie, certes, mais au moins, ça serait le début de quelque chose pour se justifier.

«  Il faut que tu me croies, Juliet... Rien ne se serait mieux passé si je n’étais pas parti... Je le sais d’expérience ! »

Je ne pouvais même plus détacher mon regard du sien. J’étais à la fois captivée et furieuse. De quoi parlait-il quand il évoquait de l’expérience ? Son passé me faisait de plus en plus peur, parce que je ne savais pas à quoi m’attendre, avec lui. Il m’avait toujours paru être un homme tout à fait normal, et si en fait, ce n’était pas le cas ? S’il avait des cadavres planqués dans les placards ? Tout le monde avait des secrets, moi la première, mais pas de gros. Et lui savait pas mal de choses importantes sur moi. Il n’avait jamais vu mes parents, mais il savait qui ils étaient, où ils étaient. Il connaissait ma vie, pas en détails, mais la globalité de la chose… et moi je ne savais rien de lui. Si à l’époque, ça ne m’avait pas dérangée, maintenant je trouvais cela horrible, et ma curiosité s’était réveillée… en même temps que mon besoin incontrôlable de tout savoir à son propos. Il ne me dirait pas de choses comme ça s’il ne cachait rien d’important. C’était qu’il y avait quelque chose dont il avait peur, ou dont il avait honte. C’était mon rôle de l’apaiser non ? Du moins, avant que l’on se sépare. Désormais, je ne connaissais plus mon rôle. Je ne savais plus rien, je n’étais plus sûre de rien.

«  Je suis incapable d’être heureux, Juliet, tu comprends ?  Il n’arrive que des choses horribles quand j’ai une once d’espoir ! Charlie est mort !
-Je sais qu’il est mort, criai-je, à présent hors de moi et ignorant les regards autour de nous. Je le sais !! Je l’ai enterré, sans toi ! Ne t’avise plus de parler de lui, d’ailleurs !! Tu ne mérites pas d’être son père ! »

Je me fichais pas mal qu’il ne soit pas fait pour le bonheur. Je commençais à croire la même chose à mon sujet. Je ne l’avais jamais été pleinement, et si j’avais cru l’être avec Adrian, ça n’avait été qu’une question de temps avant que notre joie nous soit arrachée brutalement. Charlie s’était étouffé dans son sommeil… l’ironie du sort, vraiment, parce que nous dormions nous aussi sur nos deux oreilles, cette nuit-là. Adrian m’avait lâché la main, et je pus enfin prendre de la distance par rapport à lui. J’étais en larmes, à présent. Penser à Charlie n’amenait vraiment pas de sourire sur mes lèvres, et il aurait fallu être fou pour croire le contraire. Pourquoi fallait-il que l’on se dispute, alors même que nous nous retrouvions à peine ? Enfin, je n’avais pas envie de le retrouver. Je voulais qu’il parte. J’avais beau l’aimer, je ne pouvais pas supporter sa présence plus longtemps ! Tant qu’il resterait persuadé d’avoir pris la bonne décision en me quittant, en m’abandonnant lâchement, je n’allais pas pouvoir lui pardonner quoi que ce soit. Il ne semblait pas vouloir comprendre, alors tant pis pour moi… je n’allais pas faire d’efforts. Ca me déchirait le cœur en plus d’un million de morceaux, mais je n’avais pas le choix. Je devais me protéger.

« Est-ce que c’est le bonheur qui ne veut pas de toi, Ad’ ? Ou bien c’est toi qui ne supportes pas d’être heureux et qui te monte la tête ? »

Je voulais le faire réfléchir, parce qu’il semblait persuadé que le sort s’acharnait sur lui, mais moi je pouvais le contraire. S’il était sûr et certain en disant que le destin n’était qu’un connard avec lui, il se trompait. Ce n’était pas le destin qui s’acharnait, c’était lui qui se convainquait comme un con ! Dans ce cas, je pourrais le dire aussi. Le divorce de mes parents, la mort de mon fils… ça pouvait bien être le destin qui jouait à la roulette russe avec moi. Néanmoins, si je commençais à croire ça, que me restait-il ? Je pouvais tout aussi bien ingérer tous les médicaments de Toronto et attendre de crever toute seule. J’y avais pensé, trois semaines après le départ d’Adrian, après la mort de Charlie… et je n’avais pas pu m’y résoudre, j’étais trop lâche pour ça et j’étais convaincue qu’il allait revenir vers moi.

« Tu crois pas que ton enculé de destin, pour une fois, c’était de me retrouver ? Ce serait trop dur pour toi d’y croire ? Sinon, pourquoi tu m’aurais dit que tu m’aimais encore hein ? »

Après tout, il y avait bien une raison à cela. S’il n’avait pas voulu me parler, il ne l’aurait pas  fait, s’il n’avait pas voulu me dire qu’il m’aimait, il ne l’aurait pas fait non plus. S’il fallait croire en une force supérieure – et de ce point de vue, j’avais cessé d’y croire dès l’école primaire ! – alors mieux valait que l’on croit au fait que nous étions supposés nous retrouver…  
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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

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Adrian Alpert


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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Sam 25 Oct - 21:57

How I needed you
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La colère que j’avais vu dans ses yeux m’avait fait détourner le regard, trop intense pour que je puisse la supporter. Elle m’en voulait, ça se voyait mais je refusais encore d’admettre que j’avais eu tort. Je n’avais fait que ce que je devais faire. Même si elle était difficile, c’était la bonne décision.

« Je sais qu’il est mort, Je le sais !! Je l’ai enterré, sans toi ! Ne t’avise plus de parler de lui, d’ailleurs !! Tu ne mérites pas d’être son père ! »

Sa dernière phrase me fit relever vivement la tête vers elle. Est-ce qu’elle était sérieuse ? Je ne méritais pas d’être son père ? Elle le pensait vraiment ou elle disait ça pour me blesser ? Quoiqu’il en soit, ça fonctionnait. La douleur que je ressentais était physique, j’avais mal à la tête, et l’impression d’avoir un poids qui tentait d’écraser ma cage thoracique. Juliet recula un peu, me fixant toujours avec des yeux brulants de reproche. J’avais été idiot de penser que peut-être elle pouvait comprendre sans plus d’explication. Et puis parler de Charlie... même si c’était involontaire, c’était la pire chose à faire. Pour elle comme pour moi. J’aurai du m’en tenir à ma toute première idée et partir sans parler à Juliet. C’est d’ailleurs ce que j’allais faire, incapable de répondre à ce qu’elle venait de lancer, quand elle repris la parole.

« Est-ce que c’est le bonheur qui ne veut pas de toi, Ad’ ? Ou bien c’est toi qui ne supportes pas d’être heureux et qui te monte la tête ? »

J’avais à peine bougé mais je me stoppais dans mon mouvement instantanément. Non, il ne fallait pas qu’elle dise ça. Elle ne pouvait pas me faire douter. Je devais avoir raison. Si j’avais pu être heureux, pourquoi je m’en serais privé, hein ? Ce qu’elle insinuait était ridicule ! J’avais vécu en me persuadant du contraire depuis mes dix ans, si j’avais tort cela signifiait que je m’étais mépris pendant vingt-cinq ans. Pendant toute ma vie en somme ! Des images de ces moments ou j’avais réussi à tenir en refusant d’admettre une part de culpabilité me revinrent en tête, se mélangeant entre elles. Cette explosion qui avait tué un homme. L’emprisonnement de mes amis. Ma famille. Et finalement, la tête de ma mère, quand elle m’avait crié que tout était ma faute. Le psychiatre qui m’avait suivi après le drame, c’était lui qui m’avait dit que je ne devais pas m’en vouloir ! Je n’avais fait que suivre ce qu’il m’avait dit ! Mais au lieu d’en rester là, Juliet continua.

« Tu crois pas que ton enculé de destin, pour une fois, c’était de me retrouver ? Ce serait trop dur pour toi d’y croire ? Sinon, pourquoi tu m’aurais dit que tu m’aimais encore hein ?

- Arrête ! »

J’avais crié, désespéré. Chacun de ses mots me retournait le cerveau, et le doute s’infiltrait dans mon esprit. Et si elle avait raison ? Qu’est ce que je devais croire ? Tout était très clair dans ma tête jusque là. Mes arguments étaient imparables. Et en quelques secondes, elle les faisaient tous valser en éclat. Je ne pouvais pas nier que c’était ce que je considérais comme le destin qui m’avait amené ici. Après tout c’était à cause de ce ticket, gagné dans un concours auquel je n’avais même pas participé, qui m’avait amené là. Si ça c'était pas le destin ! Mais était-ce pour que je retrouve Juliet ? D'un côté cela confirmait ma thèse, vu la tournure qu'avait pris la situation. D'un autre, cela me montrait qu'il n'apportait pas que des mauvaises choses. Et je savais qu'elle avait raison, au fond je le savais.

Je me pris la tête dans les mains et fermé les yeux, presque paniqué. Qu'est-ce que je devais faire ? Mon esprit était totalement embrouillé, je n'arrivai plus a réfléchir, mais était-ce parce que c'était trop dur, ou parce que je refusais de comprendre ? Un peu des deux certainement. Mon crâne me faisait de plus en plus souffrir, j'avais l'impression que ma tête allait exploser. J'entendais à nouveau ces voix qui me soufflaient que j'avais tort, et tout à coup j'en reconnu l'une d'entre elle, qui m'accusait. Celle de ma mère, ses derniers mots qui se répétaient en boucle dans mon esprit.

« Ça ne peut pas être ça Juliet, c'était pas ma faute ! Elle était folle ! »

Forcément, elle ne comprendrait pas de quoi je parlais. J'avais l'impression d'être fou moi aussi. Juliet allait croire que j'étais fou. D'ailleurs, comment être sur que je ne l'était pas ? Pourquoi j'avais dit ça à voix haute ? Je rouvris les yeux pour essayer d'échapper à la scène qui repassait en boucle devant mes yeux. Je n'avais pas sentit les larmes couler mais j'avais à présent un goût salé en bouche. Je ne voulais pas pleurer, parce que je ne voulais pas me sentir coupable, ni triste, ni malheureux. Mais au fond c'était tout ce que j'étais. Je me sentais constamment triste et malheureux.


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Dernière édition par Adrian Alpert le Dim 26 Oct - 20:09, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Dim 26 Oct - 1:02



       

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B
rusquement, Adrian me hurla d’arrêter et ce fut suffisant pour que je cesse tout mouvement et pour que je n’aie plus du tout envie de parler. J’étais pratiquement choquée qu’il se mette à crier, mais il fallait dire que je n’en menais pas large non plus, vu que ma voix partait dans les aigus, signe de mon énervement, non, pire, de ma colère. Mais je ne pensais pas qu’il s’énerverait lui aussi. J’en avais le souffle coupé, et surtout, j’avais encore plus envie de m’enfuir pour de bon, de lui faire subir à son tour ce que j’avais subi quand il était parti. Il m’aimait encore ? Eh bien, il ferait mieux de s’accrocher, parce que je n’étais pas prête de lui accorder mes faveurs. Je ne pouvais pas, même si j’en crevais d’envie, c’était tout bonnement impossible. Il me manquait, mais pas au point que je fasse des efforts vains. Il devait bien l’avoir compris et c’était pour ça qu’il s’accrochait autant à moi. Il ne voulait pas me laisser partir ? Mais lui ne m’avait pas laissé le choix, trente mois auparavant, et je n’avais pas l’intention d’être plus douce, même si je savais que c’était peine perdue. J’allais lui céder, je le savais à l’avance !

Alors que j’hésitais à m’éclipser pour de bon pendant qu’il ne me regardait pas, je le vis passer ses mains dans ses cheveux et presque se les tirer, paniqué et en proie aux doutes. Mais qu’est-ce qu’il se passait ? Je ne l’avais jamais vu comme ça, et son allure me fit peur. Il avait changé, et pas en bien, visiblement, mais pourtant je n’arrivais pas à me persuader que c’était mauvais signe, comme j’aurais dû le faire en temps normal. Il semblait presque habité par des démons qui le torturaient, et en fait, je me disais que c’était possible. Il n’avait jamais été très net, même s’il était quand même tout à fait sain d’esprit, et parfois, il criait dans ses cauchemars des choses incompréhensibles, des noms que je ne connaissais pas, des trucs invraisemblables. Je m’y étais habituée, et à l’époque, lorsqu’il faisait des cauchemars, je me contentai de le secouer pour le réveiller, le prendre dans mes bras et caresser sa joue pour qu’il se calme avant de me rendormir dans ses bras.

« Ça ne peut pas être ça Juliet, c'était pas ma faute ! Elle était folle ! »

De sa faute ? Elle était folle ? Qui était folle ? C’était encore incompréhensible, comme charabia ! De quoi parlait-il, bon sang ?! J’avais comme l’impression qu’il était parti dans ses pensées, qu’il était assailli de souvenirs qui le torturaient et c’était rarement bon, tout cela. Je ne cherchais même plus à comprendre ; je voulais que tout cela s’arrête pour de bon. Quand je remarquai qu’il pleurait, désormais, j’eus des remords. Je n’aurais pas dû me comporter comme je l’avais fait. Même s’il le méritait. Pourquoi on se mettait à pleurer tous les deux ? Moi, c’était parce qu’il me manquait et le revoir me faisait remonter de bons et de mauvais souvenirs… Lui, j’avais l’impression que c’était pour bien d’autres choses et ça me faisait peur. En soufflant par le nez pour me calmer, je m’avançai vers lui et montai ma main jusqu’à hauteur de sa joue. Et je franchis le pas, je caressai sa joue pour le calmer. J’avais oublié combien il était plus grand que moi. Pas qu’il soit gigantesque, mais j’étais plutôt une petite femme et il faisait une bonne tête de plus que moi. C’était ce qui m’avait plu chez lui, en plus de ses qualités. Il était grand, et je percevais tout cela comme une protection supplémentaire. J’adorais me retrouver dans ses bras, spécialement quand il était derrière moi et qu’il me parlait à l’oreille. C’était ce que je voulais retrouver. C’était tout ce que je voulais. Et je ne voulais absolument pas de l’homme incroyablement perdu que j’avais sous les yeux. Cet homme-là me faisait pratiquement pitié.

« Adrian calme-toi… Si tu parles de Charlie, ce n’était pas de ta faute… »

J’y avais peut-être été un peu fort, moi aussi, à lui dire qu’il ne méritait pas d’être son père. Mais c’était sous le coup de l’énervement, et je ne le pensais pas. Adrian serait toujours le père de mon enfant, même s’il n’avait pas été là pour … la fin. C’était avec lui que j’avais conçu Charlie, et c’était avec lui que j’aurais voulu l’élever, si ça avait été possible. Malheureusement, la vie en avait décidé autrement, à nos dépends.
Cependant, je sentais que c’était autre chose qui le torturait. « Elle était folle. » Qu’est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ? Qui était folle ? Qui lui avait du mal au point qu’il en pleure ? Je ne l’avais jamais vu pleurer, sauf lorsque nous avions retrouvé Charlie. Qu’est-ce qu’il pouvait bien se passer dans sa tête ?!

« Ad’, explique-moi si tu veux ! De qui tu parles ? »

Comme s’il allait me répondre. Si j’avais bien compris, ça faisait cinq ans qu’il me mentait sur certaines choses, qu’il m’en cachait plein d’autres, et qu’il n’était pas près de tout me révéler, parce que ça ne changerait probablement rien. Il n’admettait même pas que ça puisse lui faire du bien de me raconter ce qui l’ennuyait et ça me rendait malade, déjà, alors que nous venions à peine de nous retrouver. Je commençais réellement à penser que c’était une très mauvaise idée d’éprouver encore de l’affection pour lui. Néanmoins, mon cœur ne me disait pas la même chose et continuait de prendre le pas sur mon cerveau en caressant la joue de l’homme à qui j’avais un jour été fiancée. En voyant qu’il ne parlait toujours pas, je tentais une autre approche. Je m’avançai encore un peu plus vers lui, et déposai ma deuxième main, toujours libre, sur son torse en reprenant la parole :  

« Tu sais tout à l’heure… je disais que je t’aimais, à l’époque, quand tu es parti… ça n’a pas vraiment changé, en fait. »

Presque honteuse d’avoir gardé ça pour moi si longtemps alors que lui m’avait tout avoué de but en blanc, je baissai de nouveau la tête alors que de son côté, je l’avais senti tressauter, par la surprise et l’émotion, très certainement. Tout ce que je voulais, c’était qu’il ne joue pas avec moi. Parce que s’il faisait cela… je ne m’en remettrais probablement jamais.  
WILDBIRD
 

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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Dim 26 Oct - 23:40

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A cet instant, j'étais à nouveau dans la peau du petit garçon de dix ans qui avait assisté au suicide de sa mère. J'étais dans le même état que vingt-cinq ans plus tôt. Après le drame, j'étais resté debout devant les corps sans vie de mes parents, à pleurer en ressassant les dernières paroles de ma mère, à me demander ce que j'avais fait, à essayer de comprendre, en vain. C'était un voisin qui, alerté par les coups de feux, avait appelé la police. Je n'avais pas bougé quand ils avaient frappé sur la porte en sommant de l'ouvrir, ni quand ils l'avaient défoncée pour entrer. C'était seulement quand un des policiers m'avait pris par les épaules pour m'emmener loin de la scène d'horreur de je fixais depuis un moment que j'avais pu retrouver le contrôle de mes mouvements. Par la suite, en faisant tout pour oublier, j'avais réussi à ne plus penser à tout ça. Je n'avais plus jamais vraiment été aussi perdu que ce jour là, même si j'avais parfois des mauvaises passes et des moments de déprime assez impressionnante. D'ailleurs je ne pleurais jamais, ou presque. L'attitude que j'avais à présent n'était pas habituelle chez moi et d'ailleurs Juliet paraissait étonnée, voire choquée de me voir ainsi bouleversé. Au bout de quelques instants, elle se rapprocha de moi et je sentis sa main venir doucement se poser sur ma joue. Même ce contact ne parvint pas à me sortir de mon trouble.

«  Adrian calme-toi… Si tu parles de Charlie, ce n’était pas de ta faute… »

Alors que tout se mélangeait encore dans mon esprit, je nous revis soudain, Juliet, Charlie et moi, presque heureux. Puis je revis son corps inanimé dans le berceau. J'étais sensé le protéger, c'était mon rôle de faire en sorte que rien ne lui arrive. Alors si c'était ma faute. Comme la mort de mes parents. Comme la bombe. Tout était de ma faute. C'était bien ça, non ? Si ce n'était pas la fatalité, il devait bien y avoir un responsable ? Qui d'autre que moi ? Mais non, je ne pouvais pas être responsable de tout ça ! Je ne pouvais pas supporter cette idée ! J'entendis vaguement Juliet me dire que je pouvais lui expliquer, me demander de qui je parlais, mais je restais incapable de répondre, malgré le son de sa voix, malgré sa main sur ma joue. Je ne pouvais arrêter le flot de souvenirs qui affluaient dans mon esprit, ni toutes ces questions douloureuses et encore moins les doutes dont j'étais proie à présent. Pouvais-je vraiment les appeler doute d'ailleurs ? Je savais ou était la vérité après tout, je refusais simplement de l'admettre. Je sentis la seconde main de Juliet se poser sur mon torse alors qu'elle reprenait la parole.

«  Tu sais tout à l’heure… je disais que je t’aimais, à l’époque, quand tu es parti… ça n’a pas vraiment changé, en fait. »

Cette fois, je parvins à relever les yeux vers elle. Je devais lui paraitre complètement fou, je ne doutais pas qu'elle puisse lire mon égarement dans mon regard. Généralement, je ne laissais pas vraiment mon visage exprimer mes émotions, mais cette fois il m'étais impossible de tenter de dissimuler quoique ce soit. L'esprit encore embrouillé par tout les souvenirs qui me revenaient en mémoire, je tentais de comprendre ce qu'elle venait de me dire. Ca n'avait pas changé ? Est-ce qu'elle voulait dire qu'elle m'aimait toujours elle aussi ? Oui, c'était bien ça. C'était tout ce que j'attendais, qu'elle me dise un truc pareil. Et pourtant je n'arrivai pas à me réjouir. Je l'aimais, et j'avais envie de rester avec elle pour le restant de mes jours. Mais quand je voyais dans quel état j'étais, dans quel état nous étions, je n'était pas certain que ce soit une bonne idée. Il aurait certainement mieux valu qu'elle ne m'aime plus. Les choses auraient été plus simple, surtout pour elle. Je ne souhaitais à personne d'éprouver de l'affection pour quelqu'un comme moi. J'étais au bord de la folie, j'entendais des voix, j'étais hanté par des souvenirs trop douloureux pour être partagés, comment quelqu'un pouvait supporter ça ? Surtout si je continuais à tout garder pour moi comme ça. Je plongeais mon regard dans celui de Juliet, cherchant y cherchant un indice quand à ce que j'étais sensé faire.

«  C'est pas ma faute, murmurrais-je.  C'est pas ma faute si elle s'est tuée. Elle était folle... Ma mère était folle. »

J'étais seulement à moitié conscient de ce que j'étais en train de faire. Pour la première fois depuis des années, je parlais de ma mère à quelqu'un. Ma première femme n'avait jamais rien su d'elle, seulement que je n'avais plus de famille. Je sentis les larmes recommencer à couler sans que je puisse faire quelque chose pour les arrêter. Comment en étais-je arrivé là ? Pourquoi mon subconscient s'était-il efforcé de faire remonter tout ça à la surface ? Mais de toute façon, maintenant, je ne pouvais plus ne plus en parler à Juliet. Je ne devais pas tout lui dire, je pouvais me contenter des grosses lignes... et seulement concernant mes parents. J'avais du mal à avoir des pensées construites et cohérentes, des images défilant encore dans ma tête, mais je tentais tout de même de construire des phrases compréhensibles.

«  Elle m'a dit que c'était à cause de moi, Juliet... Elle m'a dit ça puis elle a tiré... »

Ma voix s'étrangla alors que je terminais ma phrase. C'était dur d'en parler, autant que d'y penser. Je repoussais doucement la main que Juliet avait toujours posé sur ma joue et je reculais de quelques pas pour m'adosser au mur. J'avais besoin de prendre appui sur quelque chose, j'avais l'impression que mes jambes ne me porteraient plus très longtemps. Je passai mes mains sur mon visage puis dans mes cheveux, il fallait que je me calme, que j'arrive à être cohérent dans mes paroles comme dans mon esprit. Cette douleur devait s'arrêter, c'était tout ce que je voulais, que ma tête se repose. Mais je n'avais aucune idée de comment faire pour que ça s'arrête.


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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Lun 27 Oct - 19:28



       

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A
u moins, mes derniers mots eurent un effet sur lui, pas comme ce que j’avais pu lui dire avant. Lui parler de Charlie n’avait rien fait, lui demander de m’expliquer non plus… alors j’avais été quelque peu poussée dans mes retranchements et j’avais pensé que c’était le seul moyen que j’avais. Ce n’était pas totalement faux… si même parler de Charlie ne fonctionnait pas, alors lui dire que je l’aimais encore, c’était forcément une bonne idée. Néanmoins, même s’il me regarda, il ne parut pas réaliser et j’en fus légèrement vexée. Je pensais que ça aurait au moins l’effet de le calmer, de le faire cesser de pleurer mais j’avais tort, visiblement.
Dans ses yeux, je voyais de la peur et de l’incompréhension. Son regard me fuyait et il était vraiment paniqué. Pourtant, je ne voyais pas de raison particulière pour ça, pour laquelle il serait si mal. Tout avait commencé quand j’avais crié sur lui, en lui parlant de Charlie, en lui parlant du bonheur et du destin, et je ne pensais vraiment pas que ça aurait cet effet sur lui… Maintenant, j’avais honte de m’être comportée comme ça avec lui, mais je croyais qu’il allait s’énerver à son tour, et ne pas se mettre à pleurer ainsi. J’avais tort. Et alors que j’attendais qu’il parle, qu’il réagisse, je vis son regard s’accrocher au mien, me suppliant de mettre fin à sa douleur et je ne sus que faire pour l’aider. J’étais impuissante, tant que je ne comprenais pas ce qu’il se passait dans sa tête.

« C'est pas ma faute. C'est pas ma faute si elle s'est tuée. Elle était folle... Ma mère était folle. »

J’avais dû tendre l’oreille pour entendre le début de sa phrase, mais même s’il me manquait des mots, je sus de qui il parlait au moins. Et je n’arrivais pas à croire ce que j’entendais. Sa mère s’était suicidée ? C’était la première fois que j’entendais cette histoire, pourquoi ne me l’avait-il jamais dit ? C’était étrange, et en même temps, je comprenais qu’il ne l’ait pas fait. Il n’avait jamais voulu me raconter quoi que ce soit sur son passé, et désormais, je comprenais mieux pourquoi. C’était horrible… Mais il n’évoquait jamais son père, non plus… avait-il été là ce jour-là ? Quand elle avait fait ça ? Je n’osais plus rien dire, et surtout, je n’osais plus poser de questions, parce que j’avais peur des réponses qu’il pourrait me donner, j’avais peur que ça lui fasse du mal, et je ne voulais pas qu’il s’enfuit une seconde fois.

« Elle m'a dit que c'était à cause de moi, Juliet... Elle m'a dit ça puis elle a tiré... »

J’eus un mouvement de recul, même si je ne le lâchai pas pour autant. De sa faute ? Mais elle avait complètement débloqué ? Quel âge pouvait-il avoir quand elle avait fait ça et qu’elle l’avait accusé ? Je n’eus pas le temps de faire quoi que ce soit qu’Adrian me repoussait déjà et partait s’installer contre un mur en vacillant. Je me sentis trembler et en regardant autour de moi, je vis que pas mal de gens nous observait.

« Vous voulez notre photo, peut-être ??! »

Automatiquement, les regards changèrent de direction et nombre d’hommes et de femmes reprirent leurs conversations où rentrèrent dans le théâtre. Nous attirions l’attention sur nous sans même le vouloir mais le plus étrange, c’était que je n’avais rien remarqué. J’étais captivée par ce que faisait et disait Adrian et ça me rendait barge. Je passai une main dans mes cheveux pour les remettre en arrière et réfléchir. En fait, je ne voyais pas vraiment pourquoi il me racontait cela, alors que ça n’avait rien à voir avec nous, mais je me disais aussi que la psychologie humaine était bien souvent difficile à comprendre. Il suffisait d’un rien pour que l’on repense à nos plus vieux souvenirs et pour qu’ils nous détruisent en deux minutes. Aussi, je n’allais pas faire ma mijaurée et l’embêter avec ça, bien au contraire. En quelques pas, j’étais de nouveau devant lui et j’étais prête à l’aider, tant bien que mal.
J’aurais pu – ou j’aurais dû – m’enfuir, entrer dans le théâtre et rejoindre Jenny, qui devait m’attendre maintenant et le laisser en arrière. J’aurais pu le laisser sur ce trottoir, tout sanglotant et tremblant qu’il était, mais quelle sorte de monstre aurais-je été en faisant une chose pareille ? J’avais beau être furieuse contre lui parce qu’il s’était comporté comme le plus idiot des hommes, je n’étais pas une sans-cœur non plus. Il était tellement important pour moi… je ne pouvais tout simplement pas lui faire de mal.

« Dis-moi ce que je dois faire, Adrian… Dis-moi ce que je peux faire pour t’aider… »

Ce n’était pas grand-chose, et ça ne servirait à rien, mais avant qu’il ait le temps de me demander quoi que ce soit, je posai mes deux mains sur ses tempes et sur ses joues en même temps, et j’essayais de le calmer du mieux que je pouvais. Ma mère faisait ça quand j’étais plus jeune, elle m’obligeait à la regarder, en me tenant le visage, et ça fonctionnait plutôt bien. Avec Adrian, ce ne serait peut-être pas le cas, mais je pouvais toujours essayer, ça ne coûtait rien.

« Ce n’est pas de ta faute, si ta mère s’est tuée… Et comment ça pourrait être de ta faute si c’est elle qui a tiré ? Tu n’as rien fait, chéri, rien du tout. C’est pour ça que tu penses que tu ne peux pas être heureux ? C’est à cause d’elle ? C’est faux, et tu dois t’en rendre compte ! Je t’en prie… »

J’avais peur d’aller trop loin et de dire des choses qu’il ne fallait pas, mais plus je parlais, plus j’avais envie de parler. Au moins, il m’écoutait et ça ne pourrait que lui changer son fil de pensées et les idées… ce n’était pas une si mauvaise idée…

« Tu sais bien que c’est faux de toutes façons… on a été très heureux tous les deux. Et même avec Charlie. On serait encore heureux maintenant, mais ce n’est pas de ta faute si ce n’est jamais arrivé… C’est pas de ta faute s’il est mort… »

Je murmurai en prononçant ces derniers mots et j’étais à présent collée à lui, les mains toujours sur son visage et mon front collé au sien, puisqu’il avait la tête baissée vers moi dans cette position. Je m’en voulais de l’avoir giflé, et je m’en voulais d’avoir été si dure avec lui, même si ça n’avait rien à voir avec moi, en réalité. J’étais mal pour lui, je contenais difficilement mes larmes, mais tout ce que je voulais, c’était que tout s’arrête pour de bon.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Mer 29 Oct - 0:48

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Mais qu'est-ce qu'il m'arrivait ? Je contrôlais difficilement les tremblements de mon corps et je ne parvenais toujours pas à mettre de l'ordre dans mes pensées. Des images sorties tout droit du passé me sautaient encore devant les yeux, je ne savais plus trop comment j'en étais arrivé là. Pourquoi je pensais à tout ça maintenant ? Pourquoi j'avais une espèce de crise d'angoisse là, en public, devant Juliet ? Qu'est-ce qu'il pouvait bien se passer dans ma tête pour qu'elle me fasse si mal, que je ne puisse plus aligner deux pensées cohérentes, et que j'aie l'impression de sombrer dans la folie ? Je me savais proie à des sautes d'humeur, des moments de déprime, mais là... ça dépassait tout ce que j'avais pu vivre. Peut-être était-ce du à l'accumulation ? Peut-être que c'était juste ça, revoir Juliet aurait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase...

Je fermais les yeux, toujours dans l'optique de me calmer. De toute façon, les garder ouverts pour échapper à mes visions ne fonctionnait pas. J'entendis vaguement Juliet crier aux gens qui devaient nous observer de dégager. Nous avions du pas mal attirer l'attention avec notre altercation, même si je n'avais rien remarqué, complètement à l'ouest. Je n'avais aucune envie de me faire remarquer, j'étais quelqu'un de plutôt discret et attirer les regards n'était absolument pas mon intention, mais pour le moment j'avais vraiment autre-chose à penser. Juliet aurait très bien pu partir maintenant, après tout je délirais à moitié et j'avais bien compris que je l'avais profondément blessée et qu'elle était en colère. Pourtant, je l'entendis se rapprocher de moi, et prendre la parole.

«  Dis-moi ce que je dois faire, Adrian… Dis-moi ce que je peux faire pour t’aider… »

J'étais incapable de répondre, encore trop bouleversé. De toute façon je n'avais aucune idée de ce qu'elle pouvait faire, comme je n'avais aucune idée de ce que moi je pouvais faire pour que je me sente mieux, que je me calme et que j'arrive à avoir les idées claires. J'ouvris les yeux en sentant ses mains se poser sur mon visage pour m'obliger à la regarder, les yeux dans les yeux. Elle n'avait plus vraiment l'air en colère, plutôt inquiète d'après ce que je pouvais lire dans son regard. Je tentais de respirer de manière plus régulière pour ralentir mon rythme cardiaque alors que sa voix s'élevait à nouveau.

«  Ce n’est pas de ta faute, si ta mère s’est tuée… Et comment ça pourrait être de ta faute si c’est elle qui a tiré ? Tu n’as rien fait, chéri, rien du tout. C’est pour ça que tu penses que tu ne peux pas être heureux ? C’est à cause d’elle ? C’est faux, et tu dois t’en rendre compte ! Je t’en prie… »

Tentant de faire le vide dans mon esprit encombré, je me concentrais sur le son de sa voix, qui me semblait si rassurante. Ce n'était pas ma faute, non. Ce n'était pas ma faute. Je me répétais cette phrase tel un mantra, et je sentais que je parvenais à retrouver peu à peu des idées plus claire. Non, je n'avais rien à me reprocher, évidemment ! Comment aurais-je pu être responsable de ce geste ? Je n'avais que dix ans, bon sang ! Même si quelques larmes continuaient de couler sur mes joues, je sentais que je commençais à reprendre pied.

«  Tu sais bien que c’est faux de toutes façons… on a été très heureux tous les deux. Et même avec Charlie. On serait encore heureux maintenant, mais ce n’est pas de ta faute si ce n’est jamais arrivé… C’est pas de ta faute s’il est mort… »

Tout en parlant, elle avait peu à peu approché son visage, jusqu'à poser son front contre le mien et ses derniers mots étaient semblables à un murmure. Elle avait raison. Je devais le croire. Nous avions été heureux. Vraiment heureux. Je pouvais en témoigner, ces deux ans et demis avaient été les meilleures années de ma vie, particulièrement les deux derniers mois. Qui étais-je pour prétendre ne pas pouvoir être heureux ? Je restais convaincu que ça ne durait jamais longtemps, mais après tout, ça en valait peut-être la peine. Mon mal de tête s'était presque entièrement estompé, et je ne tremblais plus à présent. Pendant un court instant, nous restèrent immobile, front contre front, yeux dans les yeux et je pouvais sentir le souffle de Juliet sur mon visage. Qu'avais-je fait avec elle ? Pourquoi étais-je parti comme ça ? Noyé dans ses yeux clair, je ne parvenais plus à trouver la réponse à cette question. J'avais fait une erreur. Ca ne signifiait pas pour autant que chaque choix que j'avais fait dans ma vie était le mauvais, et je le réalisais seulement maintenant.

«  Juliet, je suis vraiment désolé, fis-je, d'une voix encore légèrement enrouée par les sanglots.  J'avais pas le droit de partir comme ça. J'aurai du rester auprès de toi... je suis désolé. »

Je me tu, ne sachant pas quoi ajouter d'autre. Je n'avais pas d'excuse, je ne pouvais rien dire pour ma défense. Je ne savais pas si elle le pardonnerait, mais tout ce que je voulais à présent, c'était la retrouver. Peut-importe les souvenirs douloureux que ça pouvait faire remonter. Nous pourrions surmonter ça, ensemble. J'y croyais à présent, c'était possible. Ce ne serait certainement pas facile tout les jours, pour moi comme pour elle, mais il fallait essayer. Je l'aimais encore, et elle m'avait dit qu'elle aussi. Peut-être qu'il était temps que j'arrête de me poser des questions...

Lentement, je baissais la tête jusqu'à ce que mes lèvres se trouvent à la même hauteur que les siennes puis m'arrêtais l'espace d'une demi-seconde, hésitant, avant que mes lèvres vinrent chercher les siennes. Elle m'avait tant manqué, et je m'en rendais compte seulement maintenant. Notre baiser, salé par les quelques larmes qui coulaient encore sur mes joues, me sembla durer une éternité, et pourtant fut bien trop court. Une de mes mains se posa sur sa joue et l'autre passa dans ses long cheveux blonds. L'embrasser me semblait si naturel, je me sentais comme si ces dernières années n'avaient pas existé, comme si nous ne nous étions jamais quittés. Je détachais doucement ma bouche de la sienne et relevais les yeux vers elle. Est-ce qu'elle ressentait la même chose ? Elle m'avait dit qu'elle m'aimait toujours mais, avec ce qu'il venait de se passer, avec mon comportement... Et puis ce que je lui avais dit sur ma mère... Peut-être qu'elle ne voudrait plus jamais me revoir de son côté.


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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Mer 29 Oct - 20:27



       

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P
lus je parlais, plus j’avais l’impression qu’Adrian m’écoutait et se calmait. En réalité, j’avais peur. Je le voyais sous une forme que je n’avais auparavant jamais rencontrée. C’était comme si c’était un autre Adrian qui se trouvait devant moi, tout contre moi. Et ça ne me plaisait pas vraiment. Avais-je réellement un jour aimé cet homme au point de faire un enfant avec lui ? Avais-je réellement connu ce même homme, qui me semblait pourtant si fragile, désormais ? J’avais bien du mal à le reconnaître. D’ailleurs, s’il n’avait pas eu la même tête si adorable, je ne l’aurais probablement pas reconnu. Il avait tant changé. Auparavant, il n’aurait jamais pleuré devant moi. Il n’aurait jamais laissé apparaître ses faiblesses. Alors, quand bien même la mort de Charlie l’avait changé, je comprenais désormais que c’était faux. Il était déjà comme ça avant de me rencontrer. Il était comme ça depuis le début et ne m’avait rien dit. Il m’avait tout caché. Ce n’était pas parce qu’il n’avait pas envie de m’en parler qu’il ne disait jamais rien sur ses parents, c’était parce qu’il en avait honte et peur. A l’époque, je lui accordais une confiance aveugle, mais maintenant… je voulais de la stabilité, pas un type qui mentait comme il respirait et qui passait dans des crises de démences très intrigantes et perturbantes pour moi. Je ne méritais pas de le retrouver. Ou plutôt, ce devrait être lui qui ne me méritait pas, et j’aurais mieux fait de partir et de le laisser tout seul. Mais pour autant… je l’aimais, je le voulais et je ne pouvais rien faire contre ça. Il me faudrait quelqu’un de bien, de plus riche que lui, de plus « normal » mais cette personne idyllique, ce serait quelqu’un que je n’aimerais même pas au quart, par rapport à l’amour que j’avais porté et que je portais encore à Adrian. Personne ne pouvait faire le poids contre lui malheureusement pour moi.

«  Juliet, je suis vraiment désolé. J'avais pas le droit de partir comme ça. J'aurai du rester auprès de toi... je suis désolé. »

Non, décidément, personne ne pouvait faire le poids. Je n’en connaissais pas beaucoup, des hommes qui s’excusaient. Et même si c’était vraiment peu, comparé à ce que j’aurais aimé entendre, je trouvais ça déjà bien, pour un début. En réalité, mon jugement était faussé, parce que je le voyais au plus mal, et ça me brisait le cœur. J’aurais pu le pardonner en deux secondes, mais mon instinct m’en empêcha. Néanmoins, le voir s’excuser en pleurant, en regrettant amèrement ce qu’il avait fait, ça me faisait quelque chose, au fond du cœur. J’étais bien incapable de ne plus lui en vouloir pour avoir fait ce qu’il avait fait : m’abandonner, mais j’étais quand même satisfaite qu’il s’en veuille… Maintenant, à savoir si c’était vrai ou non, j’avais encore du boulot ! Il me fallait plus que cela pour être sûre de lui, et pour pouvoir ne serait-ce que lui faire confiance.

Mon cœur tressauta quand il m’embrassa. Tout en réfléchissant, mon cerveau avait fait en sorte que mes sens soient concentrés sur ce que je ressentais à l’époque, sur mes souvenirs, et je n’étais plus du tout connectée au monde réelle et à Adrian. Je ne l’avais pas senti bouger, et je ne l’avais pas vu faire. Ce ne fut que lorsque je sentis ses lèvres sur les miennes que je compris ce qu’il se passait et, à ma grande surprise, je me laissai faire, et je dégustai même le moment que j’avais attendu pendant deux ans et demi. Je n’avais jamais vraiment fait de comparaison entre Adrian et les autres hommes que j’avais pu fréquenter, et cette fois-ci, je le fis. J’eus honte de le faire, mais j’étais perdue dans mes doutes et je ne savais pas quoi faire : le laisser et avancer sans lui, ou bien le garder et avancer avec lui. Malgré tous les défauts que je pouvais lui trouver ce soir-là, il y avait bien une chose qui ne changeait pas, c’était sa façon de m’embrasser et encore une fois, j’eus l’impression d’être une petite chose toute fragile. Si en temps normal, je détestais cette sensation, pour ce moment, j’eus envie que ça dure encore et encore. Dans ses bras, j’aurais voulu n’être qu’une poupée de chiffons, et qu’il me fasse valser comme lui le désirait. C’était totalement en contradiction avec le contrôle que je voulais avoir sur la situation, mais eh … je ne lui avais pas demandé de m’embrasser non plus, et cette initiative, oh combien osée et peut-être déplacée, était à la fois adorable et parfaite.
Alors que ses mains s’étaient déposées à des endroits stratégiques de mon corps, à savoir ma joue et mes cheveux – et j’adorais qu’il me touche les cheveux, mais uniquement lui ! –, les miennes se retrouvèrent rapidement sur le col de son t-shirt. Si nous n’avions pas été en public, j’aurais pu lui déchirer, en oubliant totalement mon envie de retrait, de distance. Heureusement pour moi, nous étions encore entourés, et j’étais presque sûre que certaines personnes se rinçaient l’œil en nous regardant. Une de mes mains relâcha le t-shirt pour passer dans sa nuque et caresser ses cheveux avant qu’il ne se retire et me laisse respirer. Je faillis protester, mais je baissai les yeux pour ne pas me laisser tenter. Cette mascarade avait assez duré, et il fallait qu’on arrête là, pour le moment, du moins. Au fond de moi, ma raison et mon cœur se battaient et mon cerveau attendait de savoir lequel des deux emporterait la bataille. Je faisais tout pour raison garder et ne pas faire quelque chose d’insensé, mais il fallait bien avouer que mon cœur se battait bien. Sentir de nouveau ses lèvres contre les miennes, ses mains sur moi, la chaleur émaner de son corps pour se propulser et s’écraser contre le mien, c’était plus que ce que je pouvais supporter. Deux ans et demi sans lui, c’était long, bien trop long, plus long que ce que j’étais capable de tenir. Je devais lui dire…

« Adrian, on peut pas faire ça, ok ? Tu es parti sans rien dire, et moi j’ai attendu… je t’en veux, d’accord ? Vraiment, vraiment beaucoup. Tu peux pas faire ça, revenir dans ma vie comme ça, même si c’était du hasard… »

Ses yeux posaient les mêmes questions que mon cœur : qu’est-ce que j’étais en train de faire ? En vérité, j’essayais de gagner du temps pour moi, pour que je puisse tout poser à plat, pour dégriser un  peu et pour me rendre bien compte de la situation. Là, ce n’était pas une décision à prendre à la légère, comme toutes celles que nous avions prises par le passé. Notre emménagement, nos fiançailles… ça avait beau être des idées géniales sur le moment, en y repensant, je me rendais compte que nous n’étions que des imbéciles. Alors nous devions réfléchir, désormais. J’avais vingt-cinq ans, j’étais une gamine à l’époque, mais entretemps, j’avais bien grandi, et mûri surtout. Adrian en avait sûrement fait autant, et il pourrait donc comprendre ce que j’avançais.

« J’habite toujours au même endroit… tu… tu n’auras qu’à venir un de ces jours, si tu veux. »

S’il se posait des questions, j’imaginais tout à fait ce que ça pouvait donner. Il pouvait penser que j’avais quelqu’un, maintenant, et peut-être qu’une fois encore, j’aurais dû lui faire croire que j’étais plus heureuse avec quelqu’un d’autre que lui, mais ça m’aurait fait bien trop mal de le faire souffrir. Il pouvait également se dire que je ne voulais pas de lui, mais si c’était le cas, alors pourquoi lui aurais-je dit de venir chez moi, un peu plus tard ? Il ne fallait pas qu’il se méprenne sur mes intentions, bien au contraire.

« Ce que je veux dire, Ad, c’est que j’ai besoin de temps. Mais je veux pas laisser deux ans et demi passer. Je veux plus jamais ça ! »

Je sentis ma colère revenir précipitamment alors que je repensais aux années que je venais de passer. De longs mois, quasiment interminables. Son absence avait été un calvaire, elle m’avait dérangée jusqu’à me rendre folle, et même si ma seule envie, c’était alors de faire en sorte qu’Adrian ne me lâche plus d’une semelle et que l’on reprenne tout là où on l’avait laissé, je savais que ce serait une mauvaise idée. Très mauvaise. Si nous allions trop vite, nous ferions les choses dans le mauvais ordre, et ça nous mènerait à notre perte.
Néanmoins, je lui laissai un indice quant à ce que je voulais en me hissant sur la pointe des pieds et en l’embrassant de nouveau, plus chastement et plus légèrement aussi, d’une façon moins passionnée disons, et en le relâchant au bout de quelques secondes.

« Je dois vraiment y aller… mon amie m’attend. »

Le théâtre, c’était réellement le dernier de mes soucis pour le moment. J’avais bien d’autres choses en tête et même si j’allais être présente physiquement devant la pièce, je savais à l’avance que je n’allais rien en écouter et ne pas la voir. C’était déjà trop tard, tout mon être me criait de penser et d’adorer Adrian et c’était ce que j’allais faire. Me rendre de nouveau folle de lui, sans prendre de précautions. Sans sa présence, je pourrais le faire sans avoir peur qu’il ne me fasse du mal. Quant à notre prochaine rencontre… tout ne dépendait que de lui, désormais. Mais j’étais confiante. Il allait venir, et il ne laisserait pas passer sa chance. Je le connaissais encore bien, et j’avais lu de la détermination dans ses yeux. C’était rare qu’il en ait, alors c’était bon signe !
WILDBIRD


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Y a des souffrances qui pèsent des tonnes et pour ne pas que tout espoir nous abandonne on joue le rôle de celui pour qui tout va bien pourvu que les autres n'en sachent rien. On fait au mieux pour sauver la face pour que notre entourage ignore par où l'on passe. Les blessures qui ne se voient pas nous font du mal bien plus que toutes les autres.

   (c) crackle bones


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Adrian Alpert


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MessageSujet: Re: [TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian   Ven 31 Oct - 1:30

How I needed you
Broken this fragile thing now and I can't, I can't pick up the pieces. And I've thrown my words all around but I can't, I can't give you a reason.



En l'espace de quelques minutes, je devais avoir totalement changé l'image que Juliet devait avoir de moi. Durant les deux années et demi que nous avions passé ensemble, j'avais toujours veillé sur elle et sur Charlie, j'avais les nerfs plutôt solides et je faisais face à tout nos soucis du quotidien du mieux que je le pouvais, sans me dégonfler. J'étais d'ailleurs persuadé d'être cet homme, un peu mystérieux, sur qui ma famille pourrait toujours compter quoiqu'il arrive. C'était idiot en y repensant, vu comment j'avais abandonné Mathilde, Anthony et Lisa, je savais bien que je n'étais pas un mec de confiance. Mais j'avais préféré jouer à l'aveugle et continuer à être comme je l'avais toujours été, taisant mes faiblesses pourtant bien trop importantes pour être dissimulées à la femme que j'aimais. Jusqu'à la mort de Charlie, à laquelle je n'avais pu faire face. Moi qui m'étais promis de toujours être là pour Charlie et Juliet, je m'étais enfui au moment ou cette dernière avait le plus besoin de moi. Je l'avais abandonnée, et je m'étais convaincu que c'était la bonne chose à faire. Comment avais-je pu penser un truc pareil ?

Maintenant, l'homme qu'elle avait devant elle était bien différent. En réalité, j'étais bien plus perturbé que ce que je laissais penser. Je n'étais pas aussi fort, pas aussi sur de moi, tout ça n'était qu'une façade, tellement bien construite que j'y croyais moi-même. Si le rappel à la réalité avait été difficile pour moi, je n'osais imaginer ce que ressentais Juliet à présent. Elle ne me connaissait pas. Ou plutôt, elle connaissais une version de moi, et ce n'était pas la bonne. Est-ce qu'elle pouvait encore m'aimer, même si j'étais différent de ce qu'elle croyait ? Evidemment, je ne faisais pas de crises telles que celle que je venais d'avoir tous les jours, je pouvais aussi me montrer fort, mais je ne pouvais plus prétendre être intouchable. Par ce que c'était faux. J'étais très sensible, tellement sensible que je me mentais à moi-même pour ne pas souffrir, pour ne pas me sentir mal. En fait je n'étais pas certain moi-même de ce que j'étais. Je pouvais réagir de façons très différentes à la même chose, selon mon état d'esprit à ce moment là. J'étais complètement inconstant dans mes réaction, instable. Est-ce ça voulait dire que j'étais schizophrène, un truc du genre ? A vrai dire, je ne pouvais même pas répondre par la négative avec certitude. Peut-être que j'avais un problème. Peut-être que j'étais à moitié fou. Après tout, comment on peut le savoir ? Ne dit-on pas qu'un fou continuera de nier sa folie jusqu'au bout ?

Après l'avoir embrassée, j'avais voulu la regarder dans les yeux pour essayer d'y lire ce qu'elle pensait, mais elle avait baissé le regard. Etait-ce parce qu'elle ne voulait pas que je le fasse ? Je ne m'étais pas posé de questions, ça m'avait paru tellement naturel, mais en y repensant le moment n'était pas vraiment bien choisi. Juliet venait de comprendre que je n'étais pas vraiment celui qu'elle croyait, j'avais encore des larmes qui coulaient sur mes joues et je devais encore ressembler à un évadé de l'asile, y'avait mieux comme situation pour un baiser passionné...

«  Adrian, on peut pas faire ça, ok ? Tu es parti sans rien dire, et moi j’ai attendu… je t’en veux, d’accord ? Vraiment, vraiment beaucoup. Tu peux pas faire ça, revenir dans ma vie comme ça, même si c’était du hasard… »

A ces mots, je sentis mon coeur se serrer dans ma poitrine. Sa voix restait douce, et pourtant ce qu'elle disait me faisait mal. Parce que dans un sens, je m'y attendais. Evidemment, elle n'allait pas sauter dans mes bras comme ça après seulement un "désolé"... Je l'avais abandonnée, il lui fallait du temps pour s'en remettre... Et puis deux ans et demi s'étaient écoulés. Il pouvait se passer une multitude de choses en tant de temps. Et puis... qu'est-ce qui me disait qu'elle n'avait pas quelqu'un ? Peut-être qu'elle avait rencontré un autre type, quelqu'un qui serait bien mieux que moi. Quelqu'un avec qui elle pourrait être heureuse. C'était ce que je voulais, qu'elle soit heureuse, et si pour cela il fallait qu'elle soit avec un autre alors... Non, c'était trop dur. Elle ne pouvait pas avoir... Enfin je n'avais même pas envisagé de me trouver quelqu'un d'autre pour ma part ! Mais en même temps, ce n'était pas moi qui avait été abandonné... mais bien elle. Des pensées contraires recommençaient à s'entremêler dans mon esprit mais Juliet repris la parole, me stoppant net dans mes réflexions.

«  J’habite toujours au même endroit… tu… tu n’auras qu’à venir un de ces jours, si tu veux. »

Elle n'avait pas déménagé donc. Je ne pu m'empêcher de me demander si c'était au cas ou je revenais. Ou alors si elle avait voulu s'accrocher à ce qu'il restait de nous. Ou bien, peut-être que je me montais la tête et qu'elle n'avait simplement pas eu envie de changer d'appart. Quoiqu'il en soit, je savais très bien où il se trouvait. Je n'y avais plus mis les pieds depuis cette nuit là, quand nous avions retrouvé Charlie... Elle me proposait de passer, mais est-ce que j'étais prêt à retourner là-bas ? Il le fallait bien. Deux ans et demi s'étaient écoulés, je devais m'en remettre ! Rien ne pourrais changer ce qu'il était arrivé à notre fils. J'avais du mal à comprendre ce que Juliet voulait. Je ne pouvais pas revenir dans sa vie comme ça, je l'avais compris, mais alors... pourquoi me proposer de passer chez elle ?

«  Ce que je veux dire, Ad, c’est que j’ai besoin de temps. Mais je veux pas laisser deux ans et demi passer. Je veux plus jamais ça !  »

Je sentis l'énervement poindre dans sa voix, et une fois encore je réalisais à quel point je l'avais blessée. Et pourtant elle me disait qu'elle avait besoin de temps... pas qu'elle ne voulait plus de moi... Donc tout n'étais pas perdu. Devais-je m'en réjouir ? Bien sur, c'était ce que je voulais, mais était-ce qui était le mieux pour nous ? Rien était moins sur. Je ne pouvais pas me résoudre à renoncer à nous deux, pas après ce que je venais de réaliser, pas après avoir compris mon erreur. Et pourtant je savais qu'il était peut-être trop tard. Si j'étais certain de quelque chose, c'est que rien ne serait plus comme avant, c'était impossible, pas après aujourd'hui, pas après tout ce temps où je l'avais laissée sans nouvelles. Je ne lui avais même pas dit que j'allais bien, elle avait peut-être imaginé le pire... Je préférais ne pas y penser. J'avais déjà assez de mal à supporter le fait de lui avoir fait du mal comme ça... Mais alors, qu'est-ce que j'étais sensé faire ? Combien de temps lui fallait-il ? Etait-ce une façon de me dire qu'elle voulait que je revienne, plus tard, ou plutôt qu'elle allait encore me demander des explications ? J'étais encore dans le flou total par rapport à nous deux quand elle se hissa sur la pointe des pieds pour poser un baiser sur mes lèvres. Un petit bisou, court et simple, qui pourtant me sembla une explication bien plus efficace que ce qu'elle avait pu dire jusque là.

«  Je dois vraiment y aller… mon amie m’attend.  »

Elle me fixa un instant. Je n'avais pas envie qu'elle parte, j'aurais voulu qu'elle reste encore, mais je savais que je ne devais pas la retenir cette fois. Elle l'avait dit elle-même, elle avait besoin de temps. Alors je devais la laisser rejoindre son amie, la laisser aller voir cette pièce, la laisser reprendre sa vie et réfléchir un peu à tout ça. Et dans quelques temps, je retournerai chez nous, enfin chez elle plus tôt. Il le fallait, parce que si j'avais réussi à supporter ces années sans elle, c'était parce que j'étais persuadé que je ne pouvais rien faire pour changer quoi que ce soit. Maintenant que je m'étais rendu compte de mon erreur, tout allait être plus compliqué...

Au bout d'un moment, Juliet recula, se détachant peu à peu de moi, puis se retourna pour entrer dans le théâtre. Pendant quelques temps, je fixai le vide qu'elle avait laissé derrière elle en partant, comme si elle allait soudain sortir pour revenir vers moi. Mais, ne voyant pas sa tête blonde réapparaître, je baissais les yeux et enfonçait ma main dans ma poche pour sortir le billet que j'avais gagné. Je l'observais durant de longues minutes. C'était grâce à lui que j'étais arrivé ici, grâce à lui que j'avais revu Juliet, et que j'avais compris à quel point je m'étais trompé. Peut-être que je me méprenais sur le destin après tout. Il ne m'apportait pas que des mauvaises choses. Je n'avais jamais été plus heureux qu'avec Juliet après tout, et je ne l'aurais jamais rencontrée si je n'avais pas vécu toutes ces horribles choses.  La vraie question étant, est-ce que ça en valait la peine ?
Je rangeais soigneusement le billet dans ma poche et tournais les talons pour rentrer chez moi. Je n'avais plus rien à faire ici, après tout.


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Made my mistakes, let you down, and I can't hold on for too long. Ran my whole life in the ground and I can't, I can't get up when you're gone. You are my only one.


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[TERMINE] how i needed you - Juliet & Adrian

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